Regards Décembre 1998 - La Cité

Secteur Public
L'avenir en questions

Par Henri Guaino*


Dans son numéro de novembre, Regards a ouvert le débat sur l'avenir du secteur public par neuf questions posées par neuf personnalités. Il se poursuit par une contribution de l'ancien commissaire au Plan, Henri Guaino. N'hésitez pas à écrire: 15, rue Montmartre, 75001 Paris ou web http://www.regards.fr

Le penseur unique me dit: il faut réformer le service public pour le sauver.

D'accord, mais encore ?

Le statu quo est impensable. Il faut garder les missions mais il faut changer l'organisation, il faut moderniser, bouger, ne pas rester immobile.

Soit, mais bouger pour aller où ?

Pour aller vers la concurrence, bien sûr !

Je ne vois pas très bien... Mais si, mais si, voyons, la concurrence: la fin des monopoles publics, la suppression des rentes de situation, le recul des corporatismes qui dénaturent le service public, la disparition des déficits, le client mieux servi...

Mais ce n'est pas si simple, parce que... Mais si, c'est simple: plus il y a de concurrence, plus il y a d'incitation à améliorer la performance.

Et puis, c'est facile: on privatise tout ce qui est privatisable et après les choses bougent toutes seules et le client est content, la contribuable aussi.

Mais tout est privatisable ! La police, l'école, la sécurité sociale, la retraite, la santé, la poste... Oui, oui, et ça marchera mieux. Et pour les grandes entreprises à réseaux: le chemin de fer, l'électricité ? On les coupe en deux: on garde un monopole sur les infrastructures et on livre l'exploitation à la concurrence...

Est-ce que c'est plus efficace ? Oui, oui forcément. Regardez l'Angleterre...

Précisément, quand on regarde le chemin de fer anglais depuis le démantèlement du service public, le résultat n'est pas brillant... Peut-être, peut-être, mais regardez l'électricité aux Etats-Unis...

Eh bien justement, c'est plutôt moins bien qu'EDF et avec les rendements croissants, il y a une forte propension à la reconstitution de monopoles privés...

Peut-être, mais nous ne sommes pas aux Etats-Unis ni en Angleterre, on mettra des garde-fous, de toute façon on n'a pas le choix: il faut être moderne, il ne faut pas regarder dans le rétroviseur, on ne peut pas avoir raison contre le monde entier avec notre modèle de service public à la française. On imposera des cahiers des charges stricts et voilà tout.

Bon, et la péréquation dans tout ça ? La quoi ? La péréquation, la clé de voûte de l'égalité devant le service public ! On n'a qu'à la mettre dans les cahiers des charges !

D'accord, mais c'est antinomique avec la concurrence.

Alors on abandonne la péréquation ! Donc, on abandonne le principe même du service public !

Tant pis. Ce qui compte c'est que le client soit content !

Pardon, ce qui compte pour le service public, c'est le citoyen, pas le client.

Le quoi ? Le citoyen ! Ce qui compte c'est la manière dont le service public contribue à l'exercice de la citoyenneté.

Mais dans mes cours de marketing il n'a jamais été question de ce, comment vous dites ? Citoyen...

Et la République, ça vous dit quelque chose ?

La quoi ?:

La R. E. P. U. B. L. I. Q. U. E ...

 


* Ancien commissaire au Plan, vient de publier l'Etrange Renoncement, éditions Albin Michel, 230 p., 98 F.

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