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Histoire d'élection
Par Robert Storm |
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Titre du Figaro Economie à la veille de l'élection présidentielle du 4 octobre 98: " Cardoso, l'homme qui a réhabilité le Brésil.
L'ancien sociologue marxiste avait sauvé la monnaie en 1994.
Aujourd'hui, il est devenu aux yeux des capitalistes du monde entier, un rempart du libéralisme.
La trajectoire de Fernando Henrique Cardoso, qui vient d'être réélu à la présidence du Brésil (avec 53,06% des suffrages), est ainsi parfaitement résumée. Ce satisfecit repose sur le Plan Real lancé par FHC en février 1994, quelques mois avant sa première élection à la tête du pays. Ce plan créait une nouvelle unité monétaire, le Real, arrimé au cours du dollars et eut, dans un premier temps, un effet bénéfique, jugulant une inflation endémique et astronomique, de plus de 2 000% certaines années. Les couches sociales les plus pauvres (les plus nombreuses dans le pays), en profitèrent dans la mesure où le prix des aliments de base se stabilisèrent. Rien de plus, mais ce n'était pas rien. Le Plan Real vient de révéler ses limites dans la crise financière qui secoue les économies des pays émergents. Ces limites sont celles d'une politique monétariste, d'une dollarisation de l'économie, d'une ouverture sans contraintes aux capitaux extérieurs. Le Brésil est aujourd'hui rappelé à l'ordre, traité comme s'il n'avait suivi aucune des prescriptions des Institutions internationales de contrôle et de décision économiques mondiales, FMI, Banque Mondiale, G7, etc. Or, le Plan Real était aussi un plan d'allégeance à ces prescriptions, accompagné, comme toujours, d'un coût social particulièrement sévère. Les conditions mises par le FMI à l'aide qui sera apportée au Brésil, le ramène au point de départ. Un strict encadrement a été signé le 8 octobre qui porte sur le régime des changes, la politique des prélèvements sur les intérêts, la liberté de sortie des capitaux, le paiement intégral du service de la dette publique et privée (la dette interne se monte à 300 milliards de dollars, 37,5% du PIB), la poursuite des réformes touchant le système de prévoyance sociale, des institutions et du processus budgétaire, du système financier, du marché du travail et des privatisations, " entre autres ", précise l'accord. Quant au déficit public, aujourd'hui dépassant 7% du PIB, il devra être ramené entre 2,5% et 3% d'ici l'an 2000. Le Brésil, où les inégalités sociales sont violentes, s'engage dans une phase d'extrême rigueur économique et d'austérité budgétaire, de récession et de chômage intensif. Le début de la campagne électorale avait été marqué par des discours et des engagements sur les thèmes de la justice sociale. Les lendemains de l'élection sont consacrés à la mise au point d'un plan de " sacrifices ". La crise financière internationale qui a connu sa phase la plus aiguë au cours du dernier mois de la campagne électorale, n'a pu être amenée au centre du débat politique par le candidat du Bloc des Oppositions, Inácio Lula da Silva, le gouvernement ayant tout fait pour minimiser cette crise, aidé par une presse qui lui est dans l'ensemble favorable. C'est le journal conservateur anglais The Daily Telegraph qui le 16 septembre titrait: " Les médias brésiliens aident à occulter les informations sur la crise " Il reste en consolation le résultat des candidats Lula et Ciro Gomes, ce dernier présenté par le PPS, l'ex-Parti communiste brésilien, qui ont ensemble atteint 42,68% des votes... |