Regards Novembre 1998 - La Cité

Ecole
Espoirs d'élèves, défi pour tous

Par Brigitte Dionnet *


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Répondre aux demandes des lycéens, recruter et former les maîtres, développer l'école maternelle dès deux ans, relancer les ZEP... Cela coûte cher. C'est un investissement dont la nation ne peut faire l'économie, même si la tâche ne se résume pas aux moyens.

L'an dernier, les jeunes de Seine-Saint-Denis participaient aux côtés de leurs parents et enseignants à un mouvement qui posait à la société la question de leur réussite à l'école et dans la vie. En ce début d'année scolaire, c'est dans toute la France qu'ils exigent avec force d'avoir les moyens d'étudier. Ce qui touche à l'école exprime les angoisses de la jeunessse face à l'avenir, mais aussi ses espoirs et ceux des parents. Certes, l'école ne peut résoudre à elle seule tous les maux dont souffre notre société. Mais elle doit contribuer à apporter des solutions, à penser la société de demain. Ne faut-il donc pas avoir de grandes ambitions pour notre système éducatif ? Celles qui permettent une nouvelle avancée démocratique dans le développement des formations, de la culture, de la citoyenneté. Relever ce défi, c'est être capable aujourd'hui de penser une société plus juste, plus égale, de partage des savoirs et des pouvoirs. Notre système éducatif a des atouts, mais on ne peut attendre de recette miracle dans le retour au mythe des hussards noirs de la troisième République. L'essor des connaissances, la liberté, l'exigence de citoyenneté sont des leviers pour améliorer l'accès du plus grand nombre aux connaissances et leur appropriation.

 
Les urgences du système éducatif

Oui, il faut transformer le système éducatif dans son contenu et dans ses moyens. C'est urgent pour les jeunes, urgent pour l'école, urgent pour la société. Le gouvernement ouvre des chantiers de transformation indispensable, notamment avec la Charte pour l'école du XXIe siècle, la relance des ZEP, le projet U3M, la réforme des lycées. Il faut s'atteler au travail par tous les côtés et les acteurs du système éducatif sont concernés, les collectivités territoriales et la représentation nationale aussi. Le débat démocratique doit se développer plus largement et sur les objectifs et sur la façon de les atteindre. En même temps, un tournant dans l'investissement éducatif national devient un besoin; ce financement étant aussi l'objet de débats. Pour gagner le pari de l'égalité, de la réussite pour toutes et tous, de la gratuité, de la démocratisation, écoutons ce que disaient les lycéens de Raymond-Naves à Toulouse: "Le centre de la politique de l'Education nationale ne doit plus être son budget auquel elle adapte ses élèves, mais les besoins des élèves auxquels elle adapte son budget." La tâche est telle qu'on ne peut la résumer à une question de moyens; il faut rénover les contenus et les pratiques d'enseignement. Mais on ne s'en sortira pas à moyens constants matériels et humains. Comment, par exemple, favoriser des équipes éducatives au plus près des enfants et des jeunes, une aide et un suivi appropriés à chacun, sans s'interroger sur les effectifs par classe ? Déconcentrer ne peut suffire. Préparer l'avenir et reconstruire le présent suppose de réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour combattre durablement l'échec scolaire et donner confiance à toutes et à tous. Est-ce franchement déraisonnable d'envisager un futur où tous les jeunes, quelle que soit leur origine, puissent accéder à des formations supérieures ? L'évolution des métiers et des carrières ne l'exige-t-elle pas ? Ne serait-ce pas le signe d'un progrès général ?

 
Transformation de l'école et de la société

S'interroger sur la transformation de l'école mérite de s'interroger en même temps sur celle de la société. L'évolution de cette dernière est une chose, la loi des marchés financiers en est une autre. Il ne s'agit pas de changer l'école pour l'adapter à la société telle qu'elle est; il s'agit de changer l'une et l'autre. L'existence d'un gouvernement et d'une majorité de la gauche plurielle est l'occasion pour travailler ensemble, élus, gouvernement, jeunes, parents, enseignants, à la transformation dont ont besoin l'école, la société.

 
Des pistes pour le changement

Des pistes existent, elles sont soumises au débat: Instaurer une véritable gratuité, de la maternelle à la fin de la scolarité obligatoire, qui doit être portée à 18 ans. Améliorer l'aide sociale, les bourses, pour tenir compte du fait que l'allongement de la scolarité concerne plus d'adolescents de milieux modestes. Elaborer un statut de l'étudiant qui prenne en compte tous les aspects de la vie étudiante: enseignement, logement, culture, transport... Rénover les contenus d'enseignement et les pratiques professionnelles. Cela nécessite un travail en collaboration étroite entre les enseignants et la recherche universitaire. La formation initiale et continue des enseignants est l'une des grandes questions. La formation continue doit représenter 10% du temps de travail. La formation initiale doit déboucher sur une qualification professionnelle reconnue. Le service public d'enseignement a la responsabilité de développer une grande filière technologique dès le collège et dans l'enseignement supérieur.

 


* Responsable des questions d'enseignement et de formation au Comité national du PCF.

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Notes de lecture


PAR DENIS CADENEL

L'inconscient dans l'école

Une psychanalyste rend compte de son activité professionnelle face aux enfants, parents et enseignants. Elle s'efforce de cerner au plus près les causes et les effets du malaise qu'éprouvent certains d'entre eux, confrontés à l'échec scolaire, bousculés à l'intérieur du couple enseignants-enseignés. Le vocabulaire employé est souvent celui de la psychanalyse; il est rendu accessible par les récits concrets illustrant l'ouvrage. Une telle démarche, comme le souligne l'auteur, est paradoxale car incommunicable; elle révèle, cependant, le rôle que l'inconscient peut jouer dans l'échec ou la réussite scolaire. L'ouvrage montre que la formation des enseignants néglige cet aspect, que l'institution entretient la confusion sur le rôle respectif des différents intervenants au lieu de travailler leur complémentarité. Cette étude a le mérite d'apporter un éclairage inédit sur certaines interrogations. On ne peut nier ni leur pertinence, ni leur ampleur. n

Anny Cordié, Malaise chez l'enseignant. L'éducation confrontée à la psychanalyse, Editions du Seuil, collection Champ freudien, mars 1998.

L'utopie d'enseigner: face réaliste

Après une véritable explosion, pas seulement démographique, succès et insuffisances font de l'école une grande affaire nationale. Des sociologues tentent un état des lieux et mettent à jour des résultats en bousculant quelques idées reçues. Ainsi, perpétuant la ségrégation sociale par le biais des filières, l'école est néanmoins intégratrice, notamment pour les enfants d'immigrés. Si le soutien familial est un apport précieux, l'échec des enfants des milieux populaires n'est pas une fatalité. Les ZEP déçoivent, peut-être souvent par l'abandon d'un niveau d'exigence. De même la chasse au diplôme, indispensable dans la quête d'emploi, se substitue fréquemment à un véritable apprentissage des connaissances. La conclusion prône une sortie par le haut: la construction d'une école de la réussite pour tous, capable de transmettre de vrais savoirs sans en rabattre. Rompre avec une logique scolaire qui prend acte des inégalités sociales et contribue à les perpétuer est une entreprise utopique et réaliste. Aujourd'hui, les enseignants possèdent la dynamique nécessaire à assumer ce grand tournant. L'ouvrage, dans sa cohérence, a le grand mérite d'apporter, liés aux éléments facilitant une indispensable remise en cause, les points de vue des parents et des élèves sur l'institution.

Elisabeth Bautier, Serge Boulot, Danièle Boyzon-Fradet, Dominique Glasman, Annette Jobert, Alain Léger, Catherine Marry, Jean-Yves Rochex, Roxane Silberman, sous la direction de Jean-Pierre Terrail. La Scolarisation de la France. Critique de l'état des lieux, Editions La Dispute. Septembre 1997.

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