Regards Octobre 1998 - Points de vue

La musique concrète de 1948 à 1998

Par Catherine Wagner


Juin 1948, Pierre Schaeffer, polytechnicien, ingénieur des Télécommunications, élève en analyse musicale avec Claude Arrieu et Nadia Boulanger, de 1935 à 1940, responsable de la radio pendant la Libération de Paris, donne à entendre pour la première fois le premier concert de bruits, retransmis ensuite à l'antenne de Radio-Paris Club d'essai. C'est dans le cadre de la radio, et non dans celui de l'évolution musicale de l'époque, que naît la musique concrète. Issue en effet du travail sur des sons enregistrés et élaborés avec la technologie des studios, la radio est un moyen de diffusion idéal pour cette musique de sons, sans l'intervention des instruments.

De ses Etudes de bruits (1948, avec Pierre Henry), jusqu'au Triède fertile (1975), en passant par les Etudes aux objets (1959), Pierre Schaeffer s'intéresse systématiquement aux pouvoirs expressifs des sons enregistrés, à leur valeur sonore, indépendamment de l'origine ou de l'instrument. Il rassemble une masse de fragments de prises de sons et s'efforce de les faire dialoguer par la technique du montage. Apparaît ainsi une musique de sons et de bruits non identifiables.

Il veut faire progresser une musique dont l'incongruité le fascine. Avec Pierre Henry, il réalise, en 1950, la Symphonie pour un homme seul, dont Maurice Béjart tire cinq ans plus tard un ballet resté célèbre. Pierre Schaeffer fonde, au sein de la Radiodiffusion française, le Groupe de Musique Concrète qui devient en 1958 le Groupe de recherches musicales (GRM). Si de nombreux compositeurs se trouvent démunis devant ce matériau brut, un son à l'état natif, tel que le fournissent la nature, la ville, un environnement sonore quelconque, d'autres musiciens, techniciens et philosophes sont attirés par ces recherches.

En inventant la musique concrète, Pierre Schaeffer change la conception du son et élargit l'imaginaire de nombreux compositeurs, notamment François Bayle, Claude Ballif ou Luc Ferrari, François-Bernard Mâche, Bernard Parmegiani, Michel Chion, Jean-Michel Jarre, Jean-Claude Eloy. Révolution calme ou expériences isolées, la musique concrète a toujours eu une place singulière dans l'histoire de la musique contemporaine. L'art des sons fixés se définissant comme un art à part semble toucher actuellement davantage la sensibilité des musiques dites non savantes, ainsi la musique dite " Techno ". Disparu en 1995, Pierre Schaeffer est aujourd'hui célébré à l'occasion du 50e anniversaire du 1er " concert de bruits ".

 
Ecole normale de musique de Paris-Alfred Cortot. Du 8 au 11/10, La musique concrète jubile à Paris. Une dizaine de concerts, un colloque, Du sonore au musical, 50 années de recherches concrètes, et 5 Ateliers. Ces quatre journées sont organisées par le Centre d'études et de recherche Pierre Schaeffer. Informations: 01 48 18 05 07.

 
Radio France, salle Olivier-Messiaen. Le 3/10 1998 à 20 h 00, cinquantième anniversaire du premier concert de bruits (oeuvres de Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Bernard Parmegiani). Le 24 octobre 1998 à 20 h 00, oeuvres de François Bayle. Le 25/10, oeuvres de Robert Cahen. Concerts gratuits. Informations: 01 42 30 15 16

 
Cité de la Musique, Amphithéâtre du Musée. Le 17/10 à 15 h 00, Hommage à Pierre Schaeffer (Variations autour de 5 Etudes de bruits. Projection du film de Nat Lilenstein). Le 18/10 à 15 h 00, Quarantième anniversaire du GRM (Forum musical autour de François Delalande, Jean-Claude Risset, Daniel Terrugi). Projection des films de Piotr Kamler, Lignes et points, musique de François Bayle et le Labyrinthe, musique de Bernard Parmegiani). Prix des places: 35 F. Informations: 01 44 84 44 84.

 
Informations sur sites Internet Centre d'études et de recherches Pierre-Schaeffer: Groupe de recherches musicales: Ircam-Centre de documentation de musique contemporaine: (rubrique " Serveurs ") Cité de la Musique:

 


* Journaliste algérien.

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