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Contre l'arabisation en Algérie Par Noureddine Zenine* |
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En Algérie, l'enseignement du primaire jusqu'au lycée, la justice et l'Etat civil sont déjà arabisés.
La loi oblige désormais tous les acteurs des secteurs économiques, commerciaux, sociaux, les médecins, les représentants des partis politiques à ne communiquer par l'écrit ou la parole qu'en langue arabe, sous peine de sanction.
L'université bénéficie d'un sursis.
Elle devra être arabisée en l'an 2 000.
A ceux qui prétendent que la loi portant généralisation de la langue arabe opposerait les " Arabes " qui lui seraient favorables aux " Kabyles " qui la combattraient, rappelons que c'est " l'Arabe " Boudiaf qui a suspendu cette loi et que c'est le " Kabyle " Ouyahia, premier ministre en exercice, qui l'a remise à l'ordre du jour. Elle est condamnée par des intellectuels algériens parmi lesquels des arabophones éminents de réputation mondiale comme Ouassini qui a publié son avis en français dans les colonnes du quotidien algérien El Watan. Cette loi doit être combattue par toutes les forces démocratiques algériennes, quelles que soient leur région natale, leur langue maternelle et de travail, pour quatre raisons. D'une part, elle porte préjudice à l'économie nationale. La majorité des cadres du secteur public a été formée et travaille en français et aucune mesure sérieuse n'a été prise pour leur arabisation. L'application stricte de la loi signifie, donc, leur mise à l'écart. Ainsi, ceux d'entre eux qui n'ont pas fui le pays à cause du terrorisme islamiste et n'ont pas été licenciés suite à l'application des plans destructeurs du FMI, risquent de quitter le pays. Si on voulait accélérer la fuite des cerveaux, on n'agirait pas autrement. Ce qui ne signifie, en aucun cas, bloquer la promotion des cadres, quand elle est justifiée, pour la seule raison qu'ils sont formés en langue arabe. D'autre part, cet apartheid linguistique condamne des millions d'Algériens émigrés à ne plus revenir dans leur pays pour y travailler. En troisième lieu, elle favorise les diversions et entrave l'unité d'action en faveur d'une Algérie démocratique où l'amazighité aura pleinement droit de cité avec tamazight reconnue comme langue nationale et officielle aux côtés de la langue arabe ainsi que contre la corruption qui prend une ampleur inégalée et le processus d'appauvrissement de la majorité du peuple algérien. Enfin et surtout, elle permet au pouvoir de consolider son compromis avec l'intégrisme pour mieux faire face à toute explosion sociale. Ne soyons pas étonnés d'apprendre que les décideurs tenteront, une fois de plus, de libérer Abassi Madani. Ce n'est pas la langue arabe qui doit être condamnée mais l'usage qui en est fait. Elle a été utilisée pour diffuser des idées rétrogrades et réactionnaires comme celles d'Ibn Taymia qui est la référence des intégristes et terroristes islamistes et non la pensée rationnelle d'un Ibn-Rochd ou celle plus récente de Hussein M'roua, assassiné par les intégristes islamistes et auteur de l'ouvrage remarquable au titre significatif les Tendances matérialistes dans la philosophie arabo-islamique. On peut rêver d'un jour où tout Algérien pourra, à la fois, apprécier el-Moutannabi, Cheik Mohand ou Mhand, les poèmes en arabe populaire, en chaoui, chenoui, targui et mozabite aussi bien que ceux d'Aragon, de Pablo Neruda, de tous les poètes de la culture mondiale. On doit rêver, en un mot, à l'émergence de cet Algérien à la fois authentique enrichi par la diversité de son identité en même temps qu'ouvert sur lOEuniversel, tant il est vrai que l'authenticité et l'universel sont les deux faces de l'humanisme de notre époque. On doit y rêver, les yeux ouverts.. |
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* Journaliste algérien. |