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Mois de la science
Par Pierre-Henri Gouyon * |
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Voir aussi La Terminator technology |
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Avec l'introduction des organismes génétiquement modifiés, les risques environnementaux qui ont pu être identifiés sont multiples, divers et difficiles à généraliser.
Nous assistons à l'émergence de graves problèmes de santé publique. Il s'agit des effets des résistances aux antibiotiques, qui, actuellement, font 10 000 morts par an environ en France. De ce point de vue, le fait qu'un maïs porte un gène de résistance à un antibiotique ne créera pas un problème majeur. Il y a bien plus grave: l'ajout massif d'antibiotiques dans la nourriture du bétail, en médecine vétérinaire, leur utilisation anarchique en médecine humaine... On devrait d'urgence décider qu'on ne joue plus avec les antibiotiques. Dans cette optique, il est regrettable - alors qu'il suffisait d'attendre un tout petit peu plus - que les sociétés agro-alimentaires aient créé un maïs avec une résistance aux antibiotiques car, quelques années après, elles auraient pu faire autrement.
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Quand toutes les plantes cultivées résisteront aux herbicides...
En ce qui concerne l'environnement agricole, les firmes qui produisent des plantes transgéniques mettent pour le moment les mêmes gènes de résistance dans la plupart des plantes. On ne voit donc pas très bien comment elles réfléchissent à la manière dont l'agriculteur gérera ses assolements, une fois que toutes les plantes cultivées résisteront à tous les herbicides. En effet, on parle beaucoup des croisements entre plantes cultivées et plantes sauvages, mais les croisements entre plantes cultivées elles-mêmes vont fabriquer des plantes possédant des résistances multiples qui seront de plus en plus difficiles à gérer dans les champs. Partout, au bord des routes, on voit du colza car il se ressème tout seul (ce qui n'est pas le cas du maïs). Un colza résistant en même temps à de nombreux herbicides peut devenir un problème réel. Au voisinage des champs, il y a aussi des mauvaises herbes. Dans un premier temps, on pouvait penser que les transferts de gènes seraient extrêmement rares. Or, on s'est rendu compte que cela se produisait aussi bien pour le colza que pour la betterave. Si jamais ce sont des gènes de résistance à un herbicide, cela risque de rendre ce dernier inopérant. On s'est rendu aussi compte que les betteraves mauvaises herbes trouvées dans les champs de betteraves (plutôt dans le nord de la France) étaient en fait les filles des betteraves cultivées pour faire de la semence (dans le sud). On le savait déjà plus ou moins, mais cela a été prouvé depuis par des méthodes de marquage moléculaire. On ne peut donc espérer mettre un gène de résistance à un herbicide dans une betterave cultivée sans le retrouver très rapidement dans les plantes sauvages. Il faut savoir qu'une graine de betterave sauvage peut rester une dizaine d'années dans le sol. Si des betteraves sauvages deviennent résistantes à des herbicides majeurs il sera difficile de s'en débarrasser pour la culture des betteraves. Une autre inquiétude pour l'environnement porte sur le fait qu'en produisant des résistances à des insectes nuisibles, on ne sait pas comment cela perturbera la faune des insectes existant autour des champs et, en particulier, les insectes prédateurs qui étaient naturellement des agents de contrôle des variétés nuisibles. Ce problème mérite des recherches. Elles sont lancées pour le maïs actuellement accepté à la commercialisation. Cela permettra d'estimer les risques encourus. Comme beaucoup de ces risques sont malheureusement à long terme, il faudra attendre assez longtemps pour voir l'effet de ces cultures.
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L'impact des mesures que prendront les gouvernements européens
Il y a également des enjeux et des risques économiques divers. Le risque de se faire distancer par les voisins est ennuyeux. De ce point de vue, il est normal de défendre les OGM. Si les autres pays développent les OGM et pas nous, qu'y perdrons-nous ? D'un autre côté, développer les OGM dans les conditions actuelles contribue à la centralisation du pouvoir de décision de quelques grosses firmes dans le domaine agricole. En conséquence, on aimerait être sûr que ces firmes obéissent à une logique d'agriculture durable. Elles n'en donnent pas l'impression. En effet, il n'existe que deux herbicides totaux, c'est-à-dire pour lesquels on ne connaît pas de résistance naturelle chez les plantes. Le jour où on aura transféré ces gènes de résistance à des plantes cultivées, ces herbicides ne seront plus totaux, c'est-à-dire qu'il existera des plantes résistantes. On l'a dit, cette résistance sera probablement transmise à des plantes sauvages apparentées, colza ou betterave. Perdre l'efficacité de ces herbicides ne pourra conduire qu'à l'utilisation d'herbicides plus polluants. Enfin il existe des problèmes sur lesquels nous ne savons rien actuellement. Des espèces sauvages apparentées vont recevoir des gènes de plantes transgéniques cultivées, par exemple des gènes de résistance aux insectes. Ces plantes sauvages seront franchement avantagées car elles résisteront aux insectes à l'extérieur, dans leur milieu qui donc s'en trouvera modifié. C'est encore plus vrai pour les plantes sauvages qui sont très précieuses. Par exemple, les maïs viennent d'un ancêtre, le téosinte, plante qui pousse en Amérique centrale. Cette plante constitue une sorte de patrimoine pour l'humanité puisqu'elle contient la réserve de diversité génétique de l'espèce maïs. La perdre serait très grave. Evidemment ce n'est pas en cultivant du maïs en France qu'on risque de faire du mal au téosinte en Amérique centrale. Mais si on produit un maïs avec certaines particularités, comment éviter qu'il soit cultivé au Mexique ? Peut-on décemment utiliser les ressources génétiques d'un pays du Sud et lui demander de ne pas s'en servir lui-même ? |
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* Professeur de biologie à l'université de Paris Sud (Orsay). |
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La Terminator technology
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" L'USDA (United States Departement of Agriculture) et une compagnie privée du Mississipi, Delta and pine land Company, ont déjà enregistré conjointement dans 78 pays un brevet (dont seule D & PLCo empochera les royalties, appelé " contrôle de l'expression du gène des plantes ", enregistré aux USA sous le N° 5 723 765) portant sur une manipulation génétique applicable à n'importe quelles semences et visant à les rendre biologiquement stériles.
L'objectif annoncé est d'en vendre les droits d'exploitation au plus grand nombre possible de firmes semencières avec un retour de 5% sur toutes les semences vendues.
Aux USA, cela s'appelle la Terminator technology.
Le hold-up sera planétaire."
René Riesel, secrétaire national de la Confédération paysanne.
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