|
PAF
Par Xavier Delrieu et Pierre Courcelles |
|
|
|
Du côté de France 2
En juin, France 2 était mal en point. L'été n'a pas arrangé les choses. La direction de la chaîne a profité du déménagement au nouveau siège de France Télévision, dans le XVe arrondissement de Paris, pour abandonner sur le bord de la route quelques-uns de ses protégés. Exit donc, mais nous sommes déjà dans l'histoire ancienne, Albert du Roy, le directeur général adjoint chargé de l'information. Il est désormais remplacé par Pierre-Henri Arnstam, ancien conseiller auprès de la présidence. Il n'est jamais que le troisième directeur de l'information en quatre années. Exit Jean-Pierre Cottet, le directeur général de l'antenne, qui s'est fait remercier par son "ami" Xavier Gouyou-Beauchamps. A sa place, on retrouvera celui qui occupait le même poste sur France 3, Patrice Duhamel, lui-même remplacé par Jean Réveillon, ancien directeur des sports de France Télévision, auquel succédera Patrick Chêne, présentateur du journal de 13 h... Combien de temps resteront-ils en place ? Si tout se passe bien, au moins jusqu'en juin 1999, date de la fin de mandat de Xavier Gouyou-Beauchamps. Autant dire une éternité pour une chaîne où chaque siège est éjectable et où chaque individu est le fusible d'un autre. Au delà de simples questions de personnes, c'est tout le système qui donne dans la cacophonie. France 2 n'est pas une PME qui peut s'adapter en un mois: modifier une image nécessite du temps, de la patience et surtout de la persévérance. Après la démission d'Albert du Roy, Jean-Pierre Cottet était en première ligne pour concevoir les programmes et la couleur de la chaîne dès la rentrée. Il était médiatiquement le plus exposé: pas un quotidien ne lui a demandé sa recette pour redorer le blason de France 2. Son licenciement, le 20 juillet, afin de donner un nouvel "élan" à la chaîne publique, est donc étonnant, d'autant qu'une grille de rentrée ne se fabrique pas en un mois. De plus, ironie du sort, Patrice Duhamel a déjà succédé à Jean-Pierre Cottet en...1985. Les chaises sont les mêmes et les joueurs n'ont pas changé. En attendant, la rentrée 98 sur France 2 devrait être mouvementée. Patrice Duhamel et Pierre-Henri Arnstam se sont trouvés dans l'obligation de travailler dans l'urgence. Les résultats devront en effet être visibles dès Noël, et même avant, notamment en ce qui concerne " l'accès prime-time " et le journal de 20 h, puisque France 2 suit la logique mercantile de l'audimat. L'échec de l'émission de Jean-Luc Delarue a sans doute coûté la place de Jean-Pierre Cottet et les atermoiements du journal (éviction de Bruno Masure, relookage discutable...) celle d'Albert du Roy. Il faudra donc remonter les indices d'écoute. Pour ce faire, la rédaction compte sur Claude Sérillon qui reprend le 20 h, ce qui est a priori plutôt une bonne nouvelle. " L'accès prime-time " devrait poser plus de difficultés, les jeux testés cet été n'ayant pas emballé les foules. Une autre mission incombe à la direction, restaurer un semblant de confraternité au sein de la chaîne. Les propos de Laure Adler après son éviction du " Cercle de Minuit " (" Je suis choquée, sonnée par tant de brutalité ") ou encore ceux de Jacques Martin ("Ils m'ont tiré dessus, ils m'ont lessivé comme un chien") ne sont pas les symptômes d'une grande sérénité.
|
|
Rachat et licenciements
Le rachat de RMC et de Nostalgie par Sud Communication (holding détenue par les Labos Fabre, 53%, par NRJ, 27% et la Dépêche du Midi) associée pour l'occasion à LV & Co (voir Regards 07/98) crée des vagues dans le monde de la radio. Déficitaire depuis de nombreuses années, le groupe monégasque (RMC, Radio Montmartre, 51% du réseau Nostalgie et la régie publicitaire Gem) a été vendu après les approbations du gouvernement et du CSA. Mais dans le paysage radiophonique français à l'équilibre précaire, les mécontents se comptent désormais par légions. Le groupe Emap, candidat au rachat de RMC, estime que la procédure n'a pas été respectée et que Sud Communication a eu accès à des informations qu'il n'a pas eues. Europe 1 ainsi que le SIRTI, syndicat regroupant les radios indépendantes, s'insurgent contre les avantages dont dispose NRJ en contrôlant Radio Nostalgie. La publicité locale est un enjeu d'importance pour les antennes régionales. Or, NRJ, à la tête de quatre radios musicales (qui nécessitent peu de moyens comparativement à une généraliste), est en meilleure position que ses concurrents. Enfin, et surtout, et comme d'habitude, un sévère plan social va être appliqué: 119 sur 249 salariés de RMC vont faire les frais de ce rachat. En droit de s'inquiéter de l'avenir du caractère généraliste de la station.
|
|
Petite compilation d'après Coupe...
Quelques chiffres ont marqué le Mondial. 20 577 480 de téléspectateurs sur TFI le jour de la finale, dont la moitié de femmes. 3 070 000 ont préféré la suivre sur Canal Plus. 27 000 000 d'Allemands l'ont aussi regardée. 40 000 000 000 de téléspectateurs en audience cumulée sur l'ensemble des matchs du Mondial. 1 500 000 F: c'était le prix d'un spot publicitaire de trente secondes sur TF1 pendant la finale. 1 500 milliards de francs (l'équivalent du budget de la France): c'est le chiffre d'affaires annuel généré par le foot-business. Un milliard de connexions a été enregistré sur le site Internet officiel de la Coupe hébergé par France Télécom, laquelle, sponsor et opérateur officiel, a investi entre 80 et 100 000 000 de francs durant l'organisation de la Coupe, c'est-à-dire rien en comparaison du coût d'un plan de communication à l'échelle mondiale. Les ventes, en France, de cassettes vidéo sont estimées à 100 000 000 F (cent millions). 1 900 000 d'exemplaires de l'Equipe ont été tirés le lendemain de la finale. Les ventes de téléviseurs ont progressé de 39%, la hausse pour les formats 16/9e a atteint 111%. Le volume de bières vendu en France a augmenté de 11%. 50 000 000 de francs ont été déboursés par chaque chaîne de télévision pour retransmettre les matchs. Il faudra payer dix fois plus pour les deux prochaines éditions du Mondial puisque les droits de retransmission ont été vendus au groupe allemand Kirsh et à ISL pour douze milliards de francs. Le problème est tellement aigu que l'Union européenne de radiotélévision, qui regroupe les chaînes publiques européennes, a demandé aux gouvernements de garantir que tous les matchs de la Coupe de 2002 soient accessibles sur des chaînes gratuites. Sans illusions ? Et enfin: les services de police ont enregistré, en juin 1998, une hausse de plus de 1000 vols à la tire par rapport à juin 1997.
|
|
Des milliards de dollars
Les fusions, concentrations, alliances, au sein de l'industrie mondiale des télécommunications s'accélèrent. Les Etats-Unis sont aujourd'hui les grands spécialistes de l'alliance entre géants du secteur après avoir été, dans les années 80, des amateurs de rachats sauvages, de guerres fraternelles et d'OPA en tous genres. Depuis le "Telecom Act" en 1996, qui a mis fin au monopole sur les communications locales, les entreprises préfèrent s'unir plutôt que de se livrer à des batailles sans merci. Ces fusions par échanges d'action " qui génèrent des milliers de suppressions d'emplois " ont en fait deux avantages aux yeux de ces géants des télécoms: tout d'abord, elles leur permettent d'être très rapidement bien placés sur le marché, ensuite, et surtout, elles évitent de vider les caisses puisqu'on n'y échange que du papier. Avantage considérable si l'on observe par exemple la fusion intervenue en juin entre AT & T et TCI pour 48 milliards de dollars. Ou d'autres: SBC Communications-Ameritech, 60 milliards de dollars, en mai; WorldCom-MCI, 37 milliards de dollars, en phase de finalisation et encore, annoncé fin juillet, pour 54 milliards de dollars, la fusion GTE-Bell Atlantic, un ensemble qui contrôlera le tiers de la téléphonie locale américaine et 20% du marché de la téléphonie mobile. Un total, pour ces quatre fusions, de plus de 1 000 milliards de francs... Par ailleurs, il reste encore dans le monde quelques entreprises publiques à privatiser, de moins en moins. C'est le cas de la récente mise aux enchères de l'opérateur brésilien Telebras, le 22 juillet dernier, à Rio. Dans un centre ville en état de siège, en raison des manifestations de rue des syndicats, les douze sociétés du groupe ont été vendues séparément à des sociétés étrangères (notamment Telefonica, opérateur espagnol) pour 22 milliards de dollars, soit 63% de plus que n'en espérait l'Etat brésilien, accusé par l'opposition de gauche d'avoir bradé Télébras, avec raison lorsqu'on sait l'immense potentiel du marché brésilien des télécoms. Le journal les Echos, le 01/10/96, titrait: " Le Brésil, nouvel eldorado des télécoms - La dernière grande terre vierge d'Amérique latine.
|
|
Vive le papier !
Le monde moderne se passerait de papier. Telle était la prophétie entonnée dans les milieux les plus informés il y a encore dix ans. Moralité: l'ordinateur, tout numérique qu'il soit, s'est transformé en véritable usine à papier. Et le livre allait disparaître au profit de l'écran ! Là encore, il y a peu de chance que cela se réalise, simplement parce que l'intérêt d'une telle révolution est loin d'être évident. Hormis peut-être pour certains ouvrages. L'hypertexte est en effet très pratique dès lors que l'on s'intéresse à la philosophie ou aux sciences. C'est ce qu'ont bien compris les éditions Vigdor qui, dorénavant, peuvent vous envoyer sur un ordinateur, via Internet, un livre qui bénéficiera de tous les avantages de la lecture numérique. Autre nouveauté, une entreprise américaine, NuvoMedia, vient de créer le Rocket Book, un petit appareil muni d'un écran et d'une mémoire dans laquelle on peut télécharger des livres via Internet. Peut-être un jour arrivera-t-on à lui donner une odeur de papier ? On a bien ajouté des bruits de disques vynils usés sur certains CD ! X. D.
|
|
Un empire pousse
Canal Plus et Cégétel ont finalisé leur accord de partenariat avec Bertelsmann et America OnLine, le numéro 1 mondial des services en ligne. Canal Plus prend 36,7% et Cégétel 18,3% d'AOL et de Compuserve en France. Les ambitions de Vivendi (ex-Générale des Eaux) se concrétisent dans les domaines de la communication. Le groupe de Jean-Marie Messier se retrouve en effet au premier rang des services en lignes français avec 285 000 abonnés, juste devant Wanadoo, dirigé par France Télécom. X. D.
|
|
Des milliers de Big Brother
La Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) tire sur la sonnette d'alarme: tout internaute va très bientôt se retrouver fiché. Il est en effet possible par exemple de reconstituer tous les sites que vous avez visités, puisque votre fournisseur d'accès en garde une trace. Dès lors, on peut facilement établir votre profil type et vous envoyer des publicités ciblées. De plus, en visitant un site, il est fréquent que vous laissiez des informations privées (numéro e-mail, profession, nombre d'enfants...). Des fiches peuvent alors être créées, qui seront exploitées soit par le créateur du site lui-même, soit par toute autre personne si les fichiers sont vendus. Or, la législation internationale protégeant la vie privée tarde à venir, tant les Américains renâclent à imposer une contrainte à ce nouveau secteur en pleine expansion. Pourtant, même aux Etats-Unis, des voix se font entendre pour réclamer une telle protection: les enfants, surfant généralement seuls sur Internet, sont des proies faciles pour le commerce électronique. X. D.
|
|
Thomson Multimédia vaut plus d'un franc
En 1996, Alain Juppé cherche à se débarrasser de Thomson SA, qui regroupe Thomson-CSF, la branche défense du groupe public, et Thomson Multimédia (TMM), numéro deux européen et numéro quatre mondial de l'électronique grand public et numéro un du téléviseur aux Etats-Unis avec 20% de parts de marché. Le groupe Lagardère est candidat au rachat du premier, mais pas du second, qu'il propose de céder au Coréen Daewoo. Les résultats de TMM sont en effet très déficitaires et il ne vaut plus, selon les dires de l'ancien premier ministre " qu'un franc symbolique ". On se rappelle le tollé qu'avait suscité cette déclaration. La Commission de privatisation n'avait pas donné son aval. Les élections législatives anticipées mirent un terme à cette tentative de privatisation. Lionel Jospin reprend l'affaire: en avril dernier, Thomson-CSF est marié avec Alcatel-Alsthom, Dassault Industries et Aérospatiale, cette dernière ouvrant, le 22 juillet, son capital à Matra-Hautes Technologies, la part de l'Etat passant sous la barre des 50% du capital. Quant à Thomson Multimédia (TMM), le gouvernement annonce, le 30 juillet, sa privatisation partielle en faisant entrer dans son capital quatre entreprises à hauteur de 7,5% chacune: Alcatel (Télécommunications), Microsoft (logiciels), NEC (composants électroniques) et DirecTV (télévision numérique). L'Etat reste donc majoritaire avec 70%. Thierry Breton, ancien numéro deux de Bull, nommé à la tête de TMM en février 1997, a présenté en mars dernier un résultat d'exploitation positif, mais le résultat net de l'entreprise reste négatif, 2,7 milliards de francs. Les premiers bénéfices nets sont annoncés pour 1999. Et la recapitalisation de 11 milliards de francs, " pour solde de tout compte " selon les termes de Karel Van Miert, commissaire européen chargé de la concurrence, est effective depuis novembre 1997, sous la condition exigée par Bruxelles que la part de TMM sur le marché européen des téléviseurs n'excède pas 10%... Le monde des télécoms, de l'informatique et de l'électronique connaît depuis quelques années de grands bouleversements: mondialisation économique et convergences technologiques. Plus aucune entreprise ne peut affronter seule le marché des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, les alliances et les méga-fusions dans ces secteurs aux Etats-Unis, l'indiquent (v. article Télécom). Thomson Multimédia, en s'alliant avec des entreprises spécialisées dans les domaines des télécommunications, télévision par satellites, logiciels et électronique, se donne les moyens de se développer dans divers domaines de la communication numérique, qui n'en est qu'à ses prémisses. Thomson Multimédia ne peut plus se contenter de fabriquer et de vendre des téléviseurs qui, déjà, sont plus proches de l'ordinateur que de l'étrange lucarne que nous connaissons. Les décodeurs numériques intégreront bientôt des bouquets de services, comme le pilotage des appareils électroménagers, la télévision interactive et/ou à la carte, le téléphone, l'accès à Internet et au commerce électronique. TMM entend mener sa stratégie industrielle et commerciale vers ces bouquets. P. C. et X. D.
|
|
Du côté de l'art contemporain.
regards a mis en ligne une base de données sur l'art contemporain. Elle se présente sous forme d'une chronologie qui débute en 1955 et recense, progressivement, expositions, ouvrages, articles de journaux et de revues. Elle comporte aujourd'hui plus de six mille noms d'artistes, d'historiens et de critiques d'art et plus de trois mille expositions. Cette base de données, à notre connaissance sans équivalent sur Internet, vient d'être diversifiée dans les services qu'elle propose (notamment un moteur de recherche), et a acquis une autonomie visuelle par la création d'une page d'accueil autonome reproduite ci-dessus. On pourra consulter la base de données au stand de regards sur la Fête de l'Humanité. Elle est accessible à l'adresse : |
|
1. " La résistance ou le courage civique au quotidien", soirée thématique d'Arte de 20 h 45 à 1 h 10, le jeudi 30 juillet. |