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Après un an de gauche au pouvoir, les Français, la politiqueet le Parti communiste |
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Voir aussi Sondage, mode d'emploi , Opinions |
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L'inquiétude alimentée par la crainte du chômage domine, en dépit d'un faible recul.
L'hostilité aux immigrés est en légère baisse.
Pour le PCF, on note un contraste entre une sympathie fortement accrue et des scores électoraux stabilisés.
La crise du rapport à la politique demeure.
Voilà quelques " fondamentaux " de l'opinion livrés par la dernière enquête PCF-Sofrès.
Un an après l'arrivée de la gauche au pouvoir, qu'en est-il des " fondamentaux " de l'opinion ? Une nouvelle enquête, s'inscrivant dans la suite de celles que nous conduisons depuis 1966 et réalisée par la SOFRES, permet de faire le point (1). Le sondage a été effectué juste avant la Coupe du monde.
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Anxiété, autoritarisme, xénophobie: une légère détente ?
Nous avions constaté la brutale montée, entre 1988 et 1993, d'une insatisfaction à forte composante anxieuse. Ses modalités les plus aiguës connaissent un certain recul. C'est le cas du sentiment de vivre moins bien, en très légère décrue par rapport à 1993-1994 (sans parler du paroxysme de 1996 et 1997), comme des manifestations les plus vives d'angoisse face à l'avenir (figure ). Mais l'inquiétude reste dominante. 61% des enquêtés ont l'impression que, dans les prochaines années, les gens comme eux vivront moins bien qu'avant. La crainte du chômage ne marque aucun recul, en dépit des statistiques plus favorables publiées depuis quelques mois. Et le désir de changement de la société ne faiblit pas. En 1989, 35% des enquêtés se disaient tout à fait ou plutôt d'avis qu'il faut la " changer complètement ", ils sont 54% en 1993, 53% en 1994, 53% encore en 1998. Cette poussée du mécontentement et de l'anxiété s'était accompagnée de celle, très vive, des attitudes autoritaires et xénophobes. Etiage, voire recul encore limité ? On pourrait le penser (figure 1; on notera le parallélisme des courbes, indice des relations de cohérence qu'entretiennent les attitudes ainsi mesurées). En particulier, l'hostilité aux immigrés, dont la progression était et demeure particulièrement inquiétante, connaît un début d'érosion, sans que disparaissent les clivages sociaux et politiques qu'elle suscite. En baisse dans tous les groupes sociaux, elle reste cependant d'autant plus répandue qu'on a affaire à des catégories plus populaires (ouvriers, commerçants - artisans notamment). Selon l'intention de vote en cas d'élection législative, on relève, pour tout à fait d'accord avec il y a trop d'immigrés en France: Front national: 79%, RPR: 44%, UDF: 36%, Parti communiste et Parti socialiste: 23%, Verts: 18%. Attentes sociales, système économique, construction européenne: de fortes ambivalences Autour de 1983, un brutal basculement de l'opinion s'était opéré en faveur de certains thèmes caractéristiques du " libéralisme économique ". L'amorce de reflux enregistrée en 1993 et 1994 se confirme. Elle est particulièrement sensible pour tout ce qui touche à la dimension proprement financière du système économique ou à ses finalités. Les réactions négatives au mot Bourse passent, entre 1988 et 1998, de 29% à 44%, au mot profit de 32% à 46%. En 1998, 68% des personnes interrogées déplorent tout à fait que, dans le système où nous vivons, ce qui compte d'abord, ce n'est pas l'homme, mais l'argent. 88% déclarent craindre une remise en cause des acquis sociaux, 78% sont d'accord pour augmenter l'impôt sur les grandes fortunes, 66% pour réglementer plus strictement la possibilité pour les entreprises de licencier du personnel, 64% pour réduire la durée du travail à 35 heures sans diminution de salaire, avec, pour toutes ces questions, des scores particulièrement élevés chez les employés et plus encore les ouvriers. Il semble donc excessif de soutenir que la France serait gagnée au libéralisme économique, si l'on entend par là le système d'idées défendu par le CNPF. Les choses sont en revanche plus contrastées, voire indécises, à propos de la régulation de l'économie ou du statut juridique des entreprises. Ainsi, sans qu'on revienne à la situation du milieu des années quatre-vingt, faire confiance aux entreprises et leur donner plus de liberté l'emporte à nouveau sur il faut que l'Etat les contrôle et les réglemente plus étroitement. Quoi qu'on pense de ces énoncés, le sens de l'évolution n'est pas douteux. De même le mot privatisation est-il le seul de notre série " économique " à propos duquel les réactions positives progressent, passant de 44% en 1988 à 52% en 1998 (" négatif ": 36% aux deux dates). Si l'adhésion des sympathisants de droite aux formulations " libérales " est massive, leur rejet par ceux de gauche est beaucoup moins unanime. Aspiration très vive à une régulation à finalité sociale, qui favorise initiative et épanouissement individuels; forte hésitation devant toute formule évoquant (à tort ou à raison) l'étatisme et l'économie administrée: cette complexité des attitudes mérite d'être soulignée. La construction européenne suscite des réactions encore plus ambivalentes. Certes, elle vient actuellement très loin derrière les autres préoccupations des Français: 16% seulement disent lui accorder une importance majeure (72% le disent du chômage, 66% de la formation des jeunes). Ce relatif détachement est à rapprocher du fait que pour 50%, elle n'aura pas d'effets particuliers sur la situation des gens comme eux (effets positifs: 26%, négatifs: 17%). Reste qu'elle est majoritairement acceptée, même si l'enthousiasme décroît considérablement et l'hostilité augmente, quand on passe des cadres et professions intellectuelles supérieures aux ouvriers. Pour 47% des personnes interrogées, la construction européenne n'est pas responsable des difficultés actuelles de la France. Pour 56%, elle aura des effets positifs sur la croissance économique. Surtout, pour 58%, grâce à elle, la France sera mieux protégée contre les risques liés à la mondialisation de l'économie (pas d'accord: 29%). Il n'y a pas pour autant adhésion sans réserve à l'Europe telle qu'elle se fait. 59% des enquêtés disent que la disparition de la nation française dans l'Union européenne les inquiète. Aussi bien le sentiment national est-il très loin d'avoir disparu: 33% des enquêtés se sentent autant Européen que Français (les réponses plus européistes, voire mondialistes ne recueillant que des pourcentages extrêmement faibles). 31% plus Français qu'Européens, 32% seulement Français. La demande de débat démocratique s'affirme: 60% (contre 38%) se prononcent en faveur du passage à l'euro, mais 63% (contre 33%) pensent que, sur cette question, les Français devraient être consultés par référendum. Et l'aspiration à une autre Europe est largement partagée, même si elle revêt des contenus sans doute très divers selon les enquêtés (encadré ).
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Le rapport à la politique: la crise persiste, les attentes se font plus radicales
Ce que nous avons appelé une crise du rapport à la politique instituée demeure. L'intérêt déclaré pour la politique retombe à un niveau comparable à celui de 1993-1994. Le sentiment d'une coupure entre le personnel politique et les gens ordinaires progresse encore: en 1995, 27% seulement des enquêtés considéraient que les hommes politiques se préoccupent de ce que pensent les gens comme eux. Ils ne sont plus que 19% en 1997, 13% en 1998. Ce sentiment d'abandon augmente à droite et au centre droit, mais aussi, faiblement, au centre gauche et à gauche. On ne peut parler pour autant de démobilisation. Ce que Daniel Boy et Nonna Mayer nomment "potentiel protestataire" (2) est en progression constante, et le sentiment qu'ont les personnes interrogées de pouvoir, à leur niveau, faire bouger les choses, plus répandu qu'on aurait pu penser (encadré ). Radicalisation, plutôt que consensus apaisé ? C'est ce que semble confirmer l'évolution de la façon de se situer soi-même sur l'axe gauche - droite. En 1995, le pourcentage de ceux se situant dans l'ensemble "droite" avait marqué une forte progression, atteignant, avec 36%, le maximum enregistré depuis trente ans. En 1998, il retombe à 25%, comme en 1994. Mais, comparativement à cette date, la composante "centre droit" de cet ensemble est en baisse, sa composante "droite" et "extrême droite" en hausse. Cette polarisation à droite est sensible parmi les tenants du FN, mais aussi chez ceux de la coalition UDF-RPR. Symétriquement, l'ensemble " gauche" s'établit à 39% (meilleur score depuis 1988). Mais, dans cet ensemble, l'option la plus radicale ("extrême gauche" et "gauche") progresse nettement (elle se situe deux points au dessus du maximum enregistré en 1978) alors que "centre gauche" recule. Ce "gauchissement" s'observe chez les sympathisants du PCF, mais aussi, fait plus nouveau, chez ceux du PS. En teneur, si l'on ose écrire, la gauche est plus à gauche que jamais observé en deux décennies, la droite plus à droite, les positions plus médianes en recul. Notons que si les sympathisants FN se situent moins rarement à gauche ou au centre gauche (16%) que ceux de l'UDF-RPR (5%), cette proportion demeure la même qu'en 1994 et 1995. Reste que l'électorat du Front national se singularise de plus en plus nettement. Par son extrémisme et son unanimisme en matière d'autoritarisme et surtout d'hostilité aux immigrés, il se situe à l'exact opposé de la gauche et désormais nettement à droite de la droite " parlementaire ". Par son niveau très élevé d'insatisfaction, d'anxiété, d'aspiration à ce que cela change, il rejoint, voire dépasse l'électorat communiste. Nonobstant l'idéologie ultralibérale du Front national, ses électeurs se révèlent de plus en plus contestataires en matière économique et sociale, moins que les électeurs communistes, mais souvent autant, sinon plus, que les électeurs socialistes, accentuant là encore leur distance par rapport à ceux de la droite " classique ". Cette tendance, déjà mise en évidence par Nonna Mayer, s'affirme fortement en 1998. Mais les électeurs frontistes s'opposent à nouveau aux électeurs de gauche par leur rejet véhément du système politique et des syndicats, une tiédeur en matière d'actions collectives (la grève notamment) guère moins prononcée que dans la mouvance UDF-RPR, et le sentiment fortement majoritaire de ne pouvoir, à leur niveau, faire bouger les choses: comme si, pour exprimer leurs exigences et leurs refus, nul autre moyen que le vote Front national ne leur paraissait accessible ou admissible. Minoritaire, l'audience du Front national et de ses idées reste importante. Elle ne marque ni progression ni recul. Sa teneur populaire et ouvrière s'affirme (encadré ). Dans cette conjoncture où tensions et perplexité dominent, la politique inaugurée il y a un an ne suscite ni adhésion franche, ni rejet. Pour la majorité des enquêtés (59%), rien n'a changé pour les gens comme eux depuis que la gauche est au pouvoir (19% pensent que cela a évolué plutôt dans le bon sens, 21% dans le mauvais sens). Ce sentiment prévaut dans tous les groupes sociaux et toutes les familles politiques, y compris à gauche, où sympathisants communistes et socialistes se prononcent de façon quasiment identique. Comparativement à 1982, la gauche a fait en un an moins de mécontents, mais pas plus d'heureux. Sur la question cruciale du chômage, 44% des enquêtés pensent que le gouvernement va le faire baisser au cours des prochaines années (dont sympathisants PC: 59%, PS: 63%), 22% le maintenir au niveau actuel, 31% pensent qu'on ne pourra pas l'empêcher d'augmenter. Ce scepticisme relatif doit être référé au pessimisme prévalant jusqu'ici sur la question de l'emploi, et à la sévérité sans appel du jugement porté sur cet aspect du bilan de Jacques Chirac (SOFRES, avril 1997). Au total, 33% des personnes interrogées souhaitent la poursuite de la politique actuellement menée par le gouvernement, 20% une politique plus à gauche (c'est le voeu de 38% des sympathisants de gauche, dont communistes: 76%, socialistes: 31%), 19% (seulement) la politique proposée par l'opposition UDF-RPR, 6% celle proposée par le Front national (aucune de ces politiques: 8%, sans opinion: 14%).
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Sympathie à l'égard du PCF: un renforcement spectaculaire, mais...
Pour la troisième fois de son histoire, le Parti communiste participe au gouvernement; 47% des enquêtés s'en disent satisfaits, 30% mécontents (alors qu'en 1982, les deux opinions s'équilibraient). Comme alors, l'approbation est quasi totale (91%) chez les sympathisants communistes. Elle est plus forte encore qu'en 1982 chez ceux du Parti socialiste, et l'hostilité est moins unanime chez ceux de droite. Par rapport à il y a 16 ans, l'idée que le Parti communiste est plus apte à participer au gouvernement de la France a progressé (48%, 12). Toutefois, 45% estiment qu'il s'aligne trop sur la politique du gouvernement (pas d'accord: 31%). Ce reproche de suivisme est surtout majoritaire chez les électeurs de droite, pour qui tout ce qui favorise le gouvernement est mauvais. Ceux de gauche se partagent à égalité, qu'ils votent PC (d'accord: 42%, pas d'accord: 45%), ou (similitude à souligner) PS (respectivement 42% et 42%). De façon générale, l'accord avec le Parti communiste a changé depuis une dizaine d'années progresse nettement: 56% en 1966, 50% en 1993 et 94, 67% en 1998. Mais on pourrait estimer que c'est dans le mauvais sens. En fait, pour 64% (dont sympathisants PC: 89%), le PCF a engagé sa mutation et c'est une bonne chose. Et seule une minorité (23%) est d'accord avec il n'a pas vraiment changé depuis le temps où il soutenait le stalinisme et les pays de l'Est (pas d'accord: 60%). Vérification: on propose depuis 1966 une série de qualificatifs positifs en demandant si le Parti communiste l'est devenu " plus ", " moins " ou " sans changement ". Alors qu'en 1985 et 1993, pour tous les adjectifs proposés, le négatif l'emportait sur le positif, c'est l'inverse en 1998, sans aucune exception. L'évolution dans le temps des réponses "plus" (figure ) montre à la fois l'ampleur de la dégradation intervenue entre 1966 et 1985, et celle, non moindre, de la ressource amorcée dès 1993 et amplifiée depuis. Les taux d'approbation sont très élevés pour plus ouvert à la discussion, proche des préoccupations des Français, respectueux des libertés, démocratique dans son fonctionnements, moderne (56%, 26 par rapport à 1994). Plus dynamique (c'est-à-dire plus présent et " se bougeant " davantage), après une chute plus que sévère, remonte à un niveau jamais enregistré. L'approbation est plus mesurée pour ferme dans la défense des travailleurs (plus: 37%, moins: 24%); c'était déjà le cas en 1982 (plus: 28%, moins: 15%). De même 32% des enquêtés de 1998 jugent-ils aujourd'hui le PCF, nonobstant ses révisions doctrinales, plus fidèle à ses principes, c'est-à-dire sans doute conforme à l'idée qu'ils se font d'un parti communiste (moins: 30%). Ceux de 1982 étaient tout aussi partagés (21% contre 21%) et, en 1966, la sévérité l'emportait (13% contre 28%). Pour ces deux questions, " sans changement " diminue. Le débat s'aiguise, mais son éventuelle rudesse ne signifie pas, au contraire, qu'au total la réprobation gagne du terrain, pas plus, fait à noter, chez les employés et les ouvriers que dans les autres groupes sociaux. Même si elles ne sont pas nouvelles, ces réactions contrastées n'en méritent pas moins attention. Ces évolutions positives récompensent-elles un parti communiste devenu plus acceptable, car plus conforme à l'esprit du temps, mais s'éloignant de ceux qui lui sont idéologiquement et politiquement les plus attachés ? Rien ne l'indique. Les sympathisants du PCF se situent toujours au niveau le plus élevé d'approbation (ce qui ne va pas forcément de soi), et leurs réponses varient pour l'essentiel dans le même sens que celles de l'ensemble de la population. On le vérifie même pour les questions les plus sensibles: 64% des électeurs communistes estiment, en 1998, le PCF plus ferme dans la défense des travailleurs (" moins ": 11%), 56% plus fidèle à ses principes (moins: 23%). D'une autre façon, en 1966, 53% des électeurs communistes estimaient que le parti de leur choix était plus dynamique, contre 16% en 1993 et 65% en 1998. De toute évidence, voter pour un parti, fût-il le PCF, ne signifie pas abdiquer sa liberté de jugement, contrairement à un stéréotype répandu. Pour autant, les attitudes vis à vis du Parti communiste restent empreintes de fortes ambivalences. Ses points forts demeurent: 76% pensent que c'est bien qu'il existe pour critiquer ce qui ne va pas, 68% que ses militants sont dévoués, 56% que il faut qu'il soit là pour qu'il y ait une véritable gauche en France (c'est l'avis de 90% des électeurs PC et de 71% des électeurs PS). Ses points faibles n'ont pas pour autant disparu. Certains concernent la lisibilité de son projet. Pour 53% des personnes interrogées, ses théories sont dépassées. Si l'approbation de ce jugement critique est en fort recul par rapport à 1994 (- 17) et 1993 (- 22), elle reste légèrement plus fréquente qu'en 1982. 61% considèrent que on ne voit plus très bien quel projet le PC propose pour l'avenir (électeurs communistes: d'accord, 40%; pas d'accord, 49%). Plus surprenant, rien ne bouge concernant la capacité de proposition d'un PCF pourtant associé aux responsabilités gouvernementales. Il fait trop de promesses qui ne tiennent pas compte de la réalité (67%), ne recule pratiquement pas, pas plus que ne progresse il fait de bonnes propositions pour changer la politique en France (32%). Enfin, si l'attitude du PCF vis à vis des immigrés est mieux appréciée qu'en 1982 et 1993, la proportion de ceux qui l'estiment trop favorable ne faiblit pas (28%, dont électeurs PC: 18%, PS: 19%, UDF-RPR: 35%, FN: 62%). Ces résultats accentuent encore le contraste, pour le Parti communiste, entre une sympathie très fortement accrue et des scores électoraux en gros stabilisés. Comme nous le notions l'an dernier, voter pour un parti suppose qu'on estime utile de le faire. Or, la crise du rapport à la politique demeure. Elle se manifeste notamment, depuis près de vingt ans, par ces brutaux renversements de situation contre lesquels nulle formation, nulle coalition ne sont par nature prémunis. Elle revêt une particulière acuité dans les milieux ouvriers et employés, qui forment plus de la moitié de la population. Cette situation pose question à toutes les formations politiques. Elle revêt, nous semble-t-il, une importance particulière pour le PCF, comp-te tenu du rôle qu'il s'assigne dans la société française et que lui reconnaissent, ou voudraient pouvoir lui reconnaître, nombre de ceux qui ne se situent pas pour l'heure dans sa mouvance. n G. M. et M. S. |
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* Sociologue. Directeur de recherche au CNRS (Centre d' études de la vie politique française). ** Sociologue. Professeur émérite à l'Université de Lille-1. 1. Pour un point de la situation, cf. l'entretien avec Michel Laurent, Regards, n° 22, mars 1997. 2. Voir notamment, sous la direction de Daniel Boy et Nonna Mayer, L'électeur a ses raisons, Paris, Presses de Science Po, 1997.
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Sondage, mode d'emploi
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Pourquoi ce type d'enquête (la première qu'a suscitée le PCF remonte à 1966)? L'appréciation que chacun de nous forme de l'état de l'opinion demeure une source d'information irremplaçable; mais elle est tributaire des limites de nos contacts sociaux (pour riches et variés qu'ils puissent être), et souvent, à notre insu, de nos préférences idéologiques et politiques.
Pour autant, comme nous l'avons souvent souligné, une enquête par sondage (plus précisément: par questionnaire fermé proposé à un échantillon représentatif de la population étudiée) peut se voir opposer le même type d'objection.
Ce qui fait problème est moins la validité statistique des résultats (on sait en évaluer les limites) que leur sens.
Dans un sondage, en effet, on n'obtient de réponses qu'aux questions conçues et formulées par les responsables du questionnaire.
Le risque de clôture qui en découle doit être combattu par le recours à d'autre techniques (enquêtes de terrain, entretiens libres) et, en tout état de cause, par le pluralisme des approches et le débat critique.
Surtout, la signification des réponses obtenues est toujours bien plus énigmatique que ne peut le donner à croire la limpidité apparente des énoncés.
Nonobstant ces limites, une enquête correctement conduite fournit une mesure aussi objective que possible du degré d'acceptation ou de refus de telle ou telle orientation ou proposition à un moment donné.
Surtout, elle permet de rechercher comment les attitudes idéologiques (dont les réponses fournies, jamais à prendre au pied de la lettre, sont en quelque sorte les symptômes) varient selon les caractéristiques (sociales, politiques etc.) des personnes interrogées, et évoluent dans le temps.
Autrement dit, ce sont les variations des pourcentages recueillis qui, plus encore que leurs valeurs absolues, sont riches d'enseignements.
C'est pourquoi nous faisons figurer dans nos questionnaires beaucoup de questions qui, posées exactement dans les mêmes termes à intervalles plus ou moins réguliers (certaines le sont depuis plus de trente ans), permettent de discerner de grandes tendances d'évolution.
L'appréciation critique de l'information ainsi recueillie, les problèmes d'interprétation qu'elle soulève sont soumis au débat.
Mais la base fournie à la réflexion ne nous semble pas récusable n G.
M.
et M.
S.
Fiche technique
Sondage réalisé du 4 au 11 juin 1998.
Echantillon national de 1803 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogées en face à face à leur domicile par le réseau des enquêteurs de la SOFRES.
Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.
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Opinions
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PCF.
Atouts et obstacles
Le Parti communiste dispose (situation très nouvelle) de deux atouts essentiels: des axes d'orientation porteurs, un potentiel de sympathie considérablement renforcé.
Il doit affronter en même temps de sérieux obstacles idéologiques.
En prendre la mesure nous invite (c'est le communiste qui parle) à ajuster dans le débat nos positions et à affiner nos arguments.
Nullement à baisser la barre sur le fond, qu'il s'agisse de combattre le racisme, la dictature du tout-financier ou l'Europe ultralibérale.
Par bien des aspects, ces orientations régressives portent contradiction aux aspirations fondamentales de notre peuple, tel qu'il change, dans sa diversité, voire ses fractures.
C'est là un levier extrêmement puissant à saisir pour inventer, rassembler et, tous ensemble, avancer.
M.
S.
L'Europe mais sociale
25% des personnes interrogées considèrent qu'il faut poursuivre la construction européenne en maintenant l'orientation suivie jusqu'à présent, 58% qu'il faut la réorienter complètement pour qu'elle serve l'emploi et la justice sociale, 10% que il n'y a rien de bon à en attendre, il faut l'arrêter, dont, selon l'intention de vote: Parti communiste: 6%, Parti socialiste et Verts: 8%, UDF et RPR: 8%, Front national: 32%.
Le potentiel protestataire
A propos des " moyens que les gens utilisent parfois pour faire connaître leurs opinions ou leurs revendications ", la proportion de ceux qui approuveraient occuper des bâtiments administratifs passe de 28% (1988) à 42% (1995) et 40% (1998), manifester dans la rue de 50% à 62% et 69%, faire grève de 66% à 75% e t 78%.
La confiance que font les gens aux syndicats pour défendre leurs intérêts s'élève, remontée encore timide, de 37% en 1993 et 1994 à 44% en 1998, retrouvant son niveau de 1988.
42% des enquêtés (52% des sympathisants de gauche, 36% de ceux de droite) ont le sentiment de pouvoir, à leur niveau, contribuer à ce que les choses bougent dans le pays (n'ont pas ce sentiment: 55%).
La stabilité du vote Front national
L'hypothèse de l'arrivée du Front national au pouvoir constitue un motif d'inquiétude pour 83% de la population (et même 27% des électeurs FN).
Mais si 63% des enquêtés souhaitent que le FN perde des voix aux prochaines élections, 12% souhaitent qu'il en gagne et 20% qu'il reste au même niveau.
Quand on leur demande si elles sont d'accord ou non avec " les idées défendues par Jean Marie Le Pen et le Front national ", 20% des personnes interrogées répondent positivement, avec un minimum chez les professions intermédiaires (14%), un maximum chez les ouvriers (28%) et les commerçants et artisans (31%).
76% répondent par la négative.
Ces proportions sont stables depuis 1987.
G.
M.
et M.
S.
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