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L'école change mais ni où elle le dit, ni où on le croit Par Patrick Boumard * |
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Voir aussi Lectures, le sens dans tous les sens |
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La démocratie fait-elle bon ménage avec l'école?
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Lieu de transmission des savoirs, l'école est plutôt considérée par les élèves comme un lieu de vie.
Pour Patrick Boumard, c'est l'émergence de leur parole qui constitue le changement majeur.
Peu importe qu'elle soit détournée.
Les discours sur l'école dans ses relations difficiles avec l'environnement social apparaissent face à des problèmes posés dans l'urgence, tels l'échec scolaire, l'inadaptation des contenus et, aujourd'hui, la violence. Encore faudrait-il identifier ces différents "problèmes" qui génèrent des "solutions", au contraire d'une crise, qui suppose l'analyse. La floraison de diagnostics, tous unanimement inefficaces, cache mal la nécessité d'envisager le phénomène scolaire dans sa complexité. Il faut convoquer l'histoire, la philosophie, la sociologie, la psychologie, la démographie, voire la géographie, si on veut tenir un propos à peu près cohérent sur une situation d'emblée multiple et irréductible à des approches trop spécifiques.
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L'idée d'une réflexion radicale sur la culture produite par l'école
C'est que l'école est traversée par toutes ces dimensions en tant qu'elle est le lieu social où s'articulent le plus nettement les diverses composantes du phénomène hyper-complexe qu'est, dans nos sociétés, l'éducation. Chacun y a son mot à dire, mais tous les discours, même les plus savants, y sont partiels et souvent réducteurs. Le récent questionnaire envoyé aux lycéens et à leurs enseignants par le ministère a été extrêmement critiqué, en particulier par les enseignants et certains de leurs syndicats. Pourtant, le principe même de donner la parole aux élèves (fût-ce un tout petit morceau de parole !) est à prendre en considération, puisque c'était pour la première fois, mise à part bien sûr la parole prise, parfois avec fracas, dans la rue. L'idée d'une réflexion radicale sur la culture produite par l'école et sa transformation dans le sens d'une culture commune, culture moderne, culture technique supposant la transversalité des savoirs, telle que l'avaient annoncée Edgar Morin et Philippe Meirieu, est de la première importance. Il y a là une dimension de reconnaissance d'un changement social, à travers ce qui se veut un dispositif de changement, à quoi les refus frileux n'opposent le plus souvent, derrière des protestations corporatistes, que l'argument inavouable de l'immobilisme, comme on l'avait déjà pu voir lors des enquêtes lancées dans les années 80 dans le cadre du ministère Savary (les rapports Prost et De Peretti). Certes, les plus graves difficultés qui perturbent la logique de l'école se manifestent aujourd'hui au collège et non au lycée, ce qui réduisait la portée de l'entreprise, mais enfin l'émergence des élèves dans ce débat doit être saluée comme une ouverture de l'école sur elle-même.
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Le débat sur l'opposition instruction-éducation réactivé
Le plus intéressant concernant le mode éducatif est que les élèves, globalement, ont répondu sur un autre plan que celui posé par la consultation. Interrogés sur les savoirs, ils ont répondu sur les conditions de vie. D'où la formule de Philippe Meirieu (dans Libération, puis dans le Monde) de "détournement". Formule un peu provocatrice mais qui fait apparaître le phénomène sans doute majeur dans la relation entre les élèves et l'école: celle-ci est d'abord pour eux un lieu de vie, alors qu'il demeure pour les enseignants prioritairement un lieu de transmission des savoirs. On retrouve ici le débat instauré avec Mai-68 sur l'opposition entre instruction et éducation, débat réactivé en 1984 par Jean-Pierre Chevènement (alors ministre de l'Education nationale) et ses attaques contre les pédagogues. La différence ? Ce sont les élèves qui ont parlé. Peu importe que leur parole puisse être détournée ou récupérée, peu importe aussi les modalités très discutables de la consultation, peu importe a fortiori la validité scientifique de l'enquête. Ce qui est en question, c'est qu'il apparaît au grand jour que les jeunes d'aujourd'hui ont par rapport à l'école des préoccupations de citoyens et non d'élèves, même affublés du vocable moderniste d'" apprenants ".
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Au delà de la modalité scolaire de cours d'instruction civique
En posant la double question de l'école et la société et de l'école comme société, la consultation a permis (même de manière involontaire) de remettre le débat concernant l'institution scolaire sur ses pieds, et c'est là l'essentiel. Car, désormais, les thématiques habituelles concernant les dysfonctionnements de l'école, le malaise des enseignants, la démission éducative des familles, l'invasion du sanctuaire par de prétendus perturbateurs extérieurs, etc., s'évanouissent devant une problématique radicalement nouvelle: à l'intérieur de l'institution, les jeunes parlent, de manière autonome, du lieu de leur culture propre (y compris avec parfois des formes de culture anti-école), revendiquent une citoyenneté qui ne passe pas par la modalité scolaire de cours d'instruction civique mais par le droit au respect, à la discussion, à la négociation. Ces droits imprescriptibles, déjà mis en avant par des pédagogues comme Freinet, Korczak au début du siècle, ou aujourd'hui par les formes diverses des pédagogies autogestionnaires, sont tout simplement les droits de l'Homme. Peu importe enfin que le discours de l'école sur elle-même apparaisse souvent comme incohérent, ainsi que je l'ai fait apparaître lors d'un récent travail sur les conseils de classe (1): la signification du rituel n'a pas changé, et l'évolution des modalités comme de la finalité n'est que d'ordre dénégatif (c'était " la forteresse " selon François Bayrou). A l'inverse, et malgré la fiction d'une organisation monolithique et frappée d'immobilisme (c'est " le mammouth " selon Claude Allègre), on peut considérer que le système a déjà implosé et que l'extrême diversité des situations locales oblige à penser désormais la fonction enseignante en termes de multiplicité des professions, voire de métiers différents. Dans cette perspective, on peut raisonnablement espérer que la consultation des lycées, et quel que soit l'usage qu'en fera la commission Morin/Meirieu (les retombées sont loin d'être claires pour la rentrée de septembre 1998), débouchera à court terme sur une nouvelle donne mettant au premier plan la parole des élèves, qui, pour la première fois, s'est exprimée sur le plan national et non de manière marginale, comme il était d'usage dans les diverses formes d'expérimentations pédagogiques. Les acteurs sociaux traditionnellement privés de la parole, à savoir les élèves, ont émergé sur le devant de la scène. Et c'est là le changement majeur dont les conséquences ne manqueront pas, très bientôt, de révolutionner le paysage de l'institution éducative. n P. B. |
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* Professeur à l'Université de Haute-Bretagne (Rennes 2). A publié les Pédagogies autogestionnaires (s/dir.), éditions Ivan Davy, 1995; Chahuts, ordre et désordre dans l'institution scolaire, Armand Colin, 1994. 1. Patrick Boumard, le Conseil de classe, institution et citoyenneté, PUF, 1997.
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Lectures, le sens dans tous les sens
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Image et bonne enseigne
Curieux livre que ce journal de bord d'un professeur.
Cet itinéraire intimiste, parfois en marge de la chronologie, se promène entre les imbrications étroites liant l'enseignant et l'enseigné.
L'un et l'autre sont tributaires d'un système qui, incontestablement, tout en étant le leur, est loin d'être leur propriété.
Jusqu'où donc pousser l'audace d'être pleinement soi sans aller au-delà du convenu ? Comment jouer la nécessaire part de comédie indispensable au métier d'enseigner sans se dépouiller de son identité ? Comment ne pas abandonner son objectif sans écraser le point de vue des élèves ? Danièle Roth-Souton révèle, comme en confidence, les joies et les pièges qu'elle a rencontrés au fil de son métier.
La question du sens, pour soi et pour les autres, de soi et des autres, est au rendez-vous, sous-jacente ou émergente, et toujours revigorante.
A lire comme un recueil de poésies, avec des pauses, pour la délectation.
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Danièle Roth-Souton Dis-moi comme tu enseignes, je te dirai qui tu es L'Harmattan, octobre 1997
" Pourvu qu'ils apprennent...
En dix mémoires, des professeurs stagiaires relatent leurs pratiques, leurs tentatives, leurs réussites et leurs échecs d'enseignants débutants.
Il n'est pas qu'un chemin.
Les élèves sont divers, les groupes-classes sont différents, les disciplines elles-mêmes n'occupent pas toutes la même place dans la réalité et l'imaginaire des uns et des autres.
En cours de route, il convient d'éviter le double piège de la dramatisation et de la dénégation des difficultés rencontrées par les élèves.
Il faut aussi briser l'image disqualifiante que ces derniers peuvent avoir d'eux-mêmes.
Pour l'enseignant, il s'agit de faire revivre les contenus culturels qu'il a solidement acquis.
Il se doit de leur redonner sens afin que les élèves, dans leur démarche individuelle et collective, puissent se les approprier.
On l'aura compris, ce recueil n'est pas un livre de recettes.
Il enrichit la réflexion face aux difficultés qu'élèves et enseignants ont à résoudre ensemble.
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" Pourvu qu'ils apprennent...
" Face à la diversité des élèves.
Mémoires d'enseignants stagiaires à l'IUFM de Créteil présentés et coordonnés par Annick Davisse et Jean-Yves Rochex.
Edité par le CRDP de l'Académie de Créteil, janvier 1998.
Par Denis Cadenel
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