Regards Juillet-Août 1998 - La Planète

Afrique du Sud
Chômage, défi numéro un

Par Jacqueline Derens *


Voir aussi Une carte pour l'équité

Le chômage est l'un des problèmes majeurs qui traversent actuellement l'Afrique du Sud. Une réalité qui pèse sur tous les projets de développement. Un danger qui menace sérieusement la stabilité sociale du pays.

Dans un pays où les statistiques ont, pendant des années, eu une fonction plus idéologique que scientifique, il y a querelle sur les chiffres. Mais que les chômeurs représentent 32% ou 25% de la population active, ces pourcentages sont parmi les plus élevés du monde. Il y existe une grande disparité selon les régions: le Nord est le plus touché avec un taux estimé à 40%, pour 14% environ dans la région du Cap-Ouest. Femmes et jeunes sont les principales victimes du chômage. Les femmes jeunes surtout, en particulier dans les zones rurales et les anciens bantoustans où les emplois non seulement sont rares mais, pour ceux qui existent, souvent payés en dessous du seuil de pauvreté (environ 350 F par mois). Ce sont des emplois non qualifiés qui n'autorisent aucun espoir de vie décente, promotion ou qualification. Ces jeunes femmes ont souvent à charge de jeunes enfants et il n'y a pas lieu de s'étonner que ces enfants-là souffrent de rachitisme, de malnutrition. Les jeunes ont aujourd'hui tendance à rester plus longtemps à l'école après 18 ans, pour acquérir cette qualification qui fait tant défaut aujourd'hui. Sans cette nouvelle tendance, le taux de 40% de chômeurs pour les 18-25 ans serait largement dépassé. La nécessaire restructuration des industries sud-africaines pour faire face à la mondialisation du marché a abouti à des licenciements massifs dans l'automobile, le textile et, aussi, dans l'agro-alimentaire.

 
Le manque de personnel qualifié, une séquelle de l'apartheid

Depuis 1994, plus de 100 000 emplois ont disparu chaque année particulièrement dans les secteurs industriels. Le secteur des mines, un des plus gros employeurs de personnel peu qualifiés prévoit le licenciement de 100 000 mineurs dans les prochains mois. Le secteur public ne sera pas lui non plus épargné et le gouvernement prévoit le licenciement de nombreux fonctionnaires. Cet " assainissement " sera rentable à long terme mais la création d'emplois dans ce domaine va marquer le pas pendant un certain temps. Les raisons de ce fort taux de chômage le plus souvent avancées sont le manque de formation et de qualification. C'est là une des séquelles de l'apartheid parmi les plus graves pour le développement du pays car ces carences ont des conséquences dramatiques sur le tissu social. Si on peut espérer une amélioration, à long terme, grâce aux efforts consentis pour l'éducation qui absorbe un quart du budget global, dans l'immédiat on ne voit pas comment la cohorte des pauvres et des chômeurs va trouver un emploi, excepté dans le secteur informel si difficile à définir et qui n'offre que des emplois sous-qualifiés et mal payés " quand ils ne glissent pas dans les trafics en tous genres. Par manque de personnel qualifié tant au niveau des cadres que des employés, les entreprises sud-africaines sont pour l'instant peu compétitives sur le marché mondial. Les investissements ne sont pas non plus à la hauteur des besoins et, selon les termes du ministre de Finances, Trevor Manuel, " puisque nous ne générons pas suffisamment d'épargne domestique pour financer nos investissements au niveau requis nous avons besoin d'attirer les investissements étrangers ". Mais les investisseurs étrangers se montrent encore très prudents. Pour le patronat, la puissance des syndicats sud-africains et leurs revendications excessives seraient une entrave à la sacro-sainte flexibilité du monde du travail qui devrait apporter le salut. C'est oublier que, du temps de l'apartheid, les profits se sont réalisés grâce à une main-d'oeuvre à bon marché, à des aides de l'Etat et à une législation du travail particulièrement répressive, sans oublier le travail quasiment gratuit que leur fournissaient les prisons qui regorgeaient de détenus ni le travail des enfants dans les grandes exploitations agricoles. Il y a peu de chance pour que les syndicats, au premier rang de la lutte de libération, abandonnent aujourd'hui des droits chèrement acquis. Le gouvernement, avec le GEAR, son Plan croissance, emploi et redistribution, pensait donner une impulsion à l'économie pour créer des emplois à temps partiel mais les syndicats ne veulent pas d'emplois sous-payés qui ne réduiraient pas la pauvreté insupportable de la majorité de la population. Les inégalités de salaires même si elles se sont réduites sont encore très grandes et recoupent les divisions raciales, aussi créer des emplois peu payés pour la majorité noire ne pourrait qu'entretenir ces inégalités. Favoriser le développement du secteur informel et la création de mini entreprises peut apporter des solutions temporaires mais certains y voient le risque, d'une part de voir se pérenniser la pauvreté et, d'autre part, de voir se créer un secteur échappant à tous contrôles tant du côté des conditions de travail que de la rentrée des taxes et impôts. Aujourd'hui, des discussions ont lieu, en particulier au sein de la triple alliance (ANC-COSATU-SACP) sur le rôle de l'Etat dans le domaine économique. Doit-il se contenter d'être arbitre, un simple médiateur entre le monde des affaires et le monde du travail ? Ou bien doit-il se transformer radicalement pour devenir ce que certains désignent sous le terme d'Etat interventionniste ou d'Etat pour le développement ? Le report systématique du Sommet sur l'emploi (Job Summit) depuis plus de 18 mois reflète la difficulté à maîtriser ce problème et à trouver des solutions répondant à l'attente des pauvres toujours majoritaires dans le pays.

 


* Présidente de Rencontre nationale avec le peuple d'Afrique du Sud.

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Une carte pour l'équité


La Renaps a publié une carte postale à envoyer au ministre des Affaires étrangères pour demander que l'accord commercial entre l'Union européenne et l'Afrique du Sud, en négociation depuis 1994, soit juste et équitable pour l'Afrique du Sud et ses voisins d'Afrique australe. On peut se la procurer à :

Renaps, 26, rue François-Raspail 94110 ARCUEIL. Tél / fax: 01 47 40 30 70.

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