Regards Juillet-Août 1998 - L'Evénement

Le littoral a la cote


Entretien avec Michelle Demessine *

La douce France demeure la destination préférée des touristes: 66,8 millions l'an dernier, sans compter les autochtones. Un secteur économique susceptible de créer plus d'emplois, selon le ministère, qui considère le tourisme comme un facteur essentiel de l'aménagement du territoire.

 
Les côtes françaises attirent l'été des millions de touristes. Quelles tendances prévoyez-vous dans cette activité économique ?

 
Michelle Demessine : La France reste la première destination touristique mondiale. L'année dernière, 66,8 millions de touristes étrangers l'ont visitée. Elle est dotée d'atouts naturels et culturels aussi riches que variés et les Européens en sont les premiers amoureux, puisque 55 millions d'entre eux ont parcouru nos terroirs en 1996. Les Français, pour leurs vacances, choisissent en majorité leur propre pays. Le rythme de croissance des arrivées de clientèles lointaines est, lui aussi, depuis quelques années extrêmement soutenu. L'Organisation mondiale du tourisme prévoit même un triplement des flux touristiques dans les vingt années qui viennent. La France doit pouvoir s'inscrire dans cette croissance et faire ainsi conjuguer tourisme avec emploi stable et développement harmonieux du territoire. Dans ce large panorama de clientèles, le littoral reste la destination préférée des étrangers et des Français, avec près du quart des séjours. Les bords de mer disposent d'un fort pouvoir attractif, d'activités typées et diversifiées. Dans le même temps, les comportements se modifient. Les voyageurs partent moins longtemps, fractionnent leurs séjours, aspirent à des formes de tourisme différentes. Le tourisme rural, par exemple, est l'objet d'une demande accrue, sans que cela pâtisse, d'ailleurs, au tourisme sur les côtes. L'expansion des ensembles urbains a engendré une envie nouvelle d'espace et d'environnement naturel. Les amateurs de campagne sont de plus en plus tentés par la découverte du patrimoine, la pratique des activités de pleine nature. Très prisé par l'Europe du Nord, le tourisme vert fait désormais gagner des parts de marché à l'économie touristique française. D'où le soin à apporter à une organisation efficace de l'offre touristique. Car ces attentes nouvelles peuvent permettre le déploiement d'une pluri-activité de certaines professions et avoir, bien entendu, des répercussions en terme d'accroissement de l'emploi.

 
L'affluence massive saisonnière peut mettre en danger les écosystèmes fragiles des zones côtières. Comment se prémunir de ce risque ?

 
M. D. : Les touristes sont de plus en plus sensibles à l'environnement, et ils ont besoin, en montagne comme sur le littoral ou l'espace rural, de mieux connaître l'écosystème et les règles qui régissent la nature. Des campagnes d'information réalisées par les pouvoirs publics et le milieu associatif permettent de les sensibiliser au respect de notre patrimoine commun: la terre, la mer, l'air. Il est incontournable de mieux gérer la fréquentation et l'extension des activités touristiques dans les espaces naturels. La loi littorale, même si elle n'a pas montré une égale efficacité sur tout le territoire, a fourni un cadre législatif pour le respect des sites et de l'environnement. De ce point de vue, on peut noter le remarquable travail des départements et des régions en association avec le Conservatoire national du littoral ou avec les parcs régionaux. Outre la conservation des espèces protégées, ces initiatives invitent à la découverte de ces richesses: pistes cyclables du littoral, observatoire, sentiers, balises, tables d'orientation, etc.

 
Le tout-tourisme ne peut assurer à lui seul l'expansion d'une région mais dans bien des zones côtières, les autres activités économiques déclinent. Quelles propositions d'équilibre entre ces différentes activités avancez-vous ?

 
M. D. : Si, effectivement, on enregistre un déclin de certaines zones, ce n'est pas le fait, loin de là, de l'émergence du tourisme, mais de choix politiques néfastes. Le tourisme, lui, s'est développé ces dernières années. Il représente aujourd'hui 7,5% du PIB et son apport en devises et en rentrées fiscales est décisif pour notre économie. C'est un secteur en croissance susceptible de créer plus de richesses et plus d'emplois, et dans lequel l'efficacité économique et le progrès social me paraissent étroitement liés. Le tourisme est un facteur essentiel de l'aménagement du territoire, dans la mesure où il contribue à l'organisation et à la valorisation des espaces littoraux, ruraux, et de montagne, à vocation touristique, en s'appuyant sur leurs potentialités naturelles, économiques, ou sur les infrastructures dont ils disposent. Un territoire touristique, c'est un lieu que l'on a envie de visiter; c'est aussi un lieu où l'on a envie de vivre et donc de travailler. Un territoire mis en valeur attire d'autant mieux les industriels. Des études récentes ont montré que les régions et les pays qui ont investi dans le tourisme ont obtenu parallèlement des résultats économiques encourageants. L'activité touristique ne s'étendra pas au détriment d'autres secteurs plus traditionnels que constituent l'agriculture, la pêche, le commerce ou l'artisanat, bien au contraire. Elle doit soutenir ces éléments constitutifs de l'économie locale. Evidemment, face à des secteurs économiques en difficulté, le développement du tourisme ne va pas régler à lui tout seul tous les problèmes. Il s'inscrit dans une dynamique gouvernementale d'ensemble. Ce sont des situations que nous examinons avec les collectivités locales. A ce titre, notre travail avec les conseils régionaux, au travers des contrats de plan Etat-régions, est essentiel pour harmoniser le développement touristique de notre pays. Il faut savoir que 80% des touristes se répartissent sur 20% du territoire. Une collaboration forte entre l'Etat, les collectivités et les acteurs du tourisme permettra à l'avenir de mieux répartir l'offre touristique nationale.

 


* Secrétaire d'Etat au Tourisme.

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