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La mer toujours recommencée Par Brigitte Berland * |
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Voir aussi Richesses / Energies , Pharmacopée |
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Les nuisances dont souffre l'océan sont diverses et presque toutes liées aux activités humaines.
La pollution attaque la biodiversité.
Les océans occupent environ 71% de la surface de notre planète. Ils renferment près de 88% de tous les phylums (1) connus chez les plantes, les protistes (2), les animaux. C'est dire leur importance sur le plan de la biodiversité. Cependant, plus encore que pour le milieu terrestre, la grande majorité des espèces marines n'ont pas encore été recensées ni même décrites. Or le milieu hauturier encore quasiment inexploré, notamment dans ses zones profondes, est déjà relativement menacé surtout par les déversements de produits toxiques en haute mer. Pour certaines mers fermées comme la Méditerranée, il ressort des travaux scientifiques que l'apport de polluants par les vents et les pluies sur de longues distances est loin d'être négligeable. Il dépasse parfois l'apport en déchets liquides des fleuves et des eaux de ruissellement. C'est le cas notamment pour les métaux, les composés organochlorés ou des substances radioactives. Les pollutions majeures qui affectent les océans trouvent donc leur source non au large mais sur les continents. La plupart de ces polluants, surtout ceux qui sont liés aux déchets liquides, sont souvent piégés dans une étroite bande côtière, formée par les ports, les baies fermées, les estuaires, les lagunes, mais aussi l'ensemble du plateau continental (une profondeur de 100 mètres). C'est précisément dans cette zone côtière que la vie marine est la plus intense et se concentre, en raison de l'intensité de la photosynthèse (lumière, sels nutritifs abondants). Cette zone est également le réservoir de biodiversité, grâce à l'existence d'habitats multiples. Les activités humaines susceptibles de diminuer cette biodiversité sont nombreuses. Quelles sont-elles ? L'aménagement du littoral, qui s'accompagne souvent d'un recouvrement irréversible des petits fonds, à cause des ports, des plages artificielles, des endigages. La surexploitation des ressources, par la pêche professionnelle et plus particulièrement le chalutage. La pollution (éléments nutritifs, matière organique, métaux lourds, turbidité des eaux). Les rejets solides (les boues...). Aucune espèce ne semble avoir complètement disparu, mais quelques-unes sont menacées, notamment parmi les oiseaux, les tortues et les mammifères marins. C'est le cas du phoque moine, espèce emblématique de la Méditerranée, autrefois répandue et dont il ne subsiste plus que quelques individus. Les causes de son déclin proviennent de la réduction de son habitat naturel (les plages et les grottes) à cause de l'aménagement des côtes et du tourisme, de la surexploitation des stocks de poissons dont il se nourrit et parfois de sa destruction accidentelle par les pêcheurs. L'été dernier, une bonne centaine de phoques, localisés le long des côtes du Sud du Maroc et de la Mauritanie, ont été décimés, par, semble-t-il, une intoxication alimentaire dont l'origine serait vraisemblablement une microalgue toxique.
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Les pollutions majeures qui affectent les océans trouvent leur source sur les continents
Une autre nuisance, parfois liée aux activités humaines, parfois à des causes naturelles, est en effet la prolifération d'algues nuisibles. Le développement de l'urbanisation et l'intensification des pratiques agricoles ont provoqué une augmentation importante des charges nutritives, de façon d'autant plus accentuée que les zones humides qui caractérisaient autrefois les berges des fleuves et celles des zones côtières ont disparu. Ces zones humides fonctionnaient comme des pièges à particules et permettaient, par la prolifération d'une végétation particulière, l'absorption des éléments nutritifs des eaux, qu'elles épuraient avant que celles-ci ne parviennent à la mer. L'urbanisation a rendu ces sols imperméables, favorisant ainsi un écoulement plus rapide des eaux polluées vers la mer. Il en résulte une surabondance d'éléments nutritifs dans les eaux marines. Couplée à des conditions particulières météorologiques et climatiques, elle déclenche des proliférations d'algues de plus en plus fréquentes et de plus en plus intenses. Ces phénomènes dits d'eutrophisation apparaissent sur nos côtes sous la forme de marées vertes à ulves, qui encombrent certaines plages et certaines baies du littoral nord de la Bretagne, entravant le tourisme et sous la forme de prolifération de micro-algues. Certaines algues se développent si intensément qu'elles entraînent un déficit très prononcé en oxygène dissous des eaux de fond et entraînent la mort de la faune marine. Ces phénomènes localisés se produisent généralement dans les baies, mais ils semblent s'étendre sur des surfaces marines beaucoup plus larges, notamment en mer du Nord et dans le bassin nord de la mer Adriatique. Les proliférations d'algues toxiques s'observent aussi le long des côtes françaises. D'où une surveillance particulière des sites conchylicoles et mytilicoles pour déceler la présence de certains dinoflagellés (3) responsables de gastro-entérites (Dinophysis) ou de paralysies parfois mortelles (Alexandrium). Ces phénomènes de toxicité existaient bien avant l'urbanisation et l'industrialisation des côtes mais leur intensité et leur fréquence semblent s'amplifier. Il serait cependant hasardeux d'imputer certains événements à une diminution de la qualité des eaux littorales. Le débat est ouvert chez les spécialistes: le manque de données à long terme, une connaissance scientifique encore partielle du phénomène de floraison ne permettent pas de conclure.
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Espèces nouvelles: le besoin d'inventaire
Une autre pollution préoccupante est la pollution bactérienne. Les effluents domestiques, en partie épurés par des stations d'épuration de type physico-chimique, déversent encore une grande diversité de micro-organismes pathogènes. La baignade et surtout la consommation de coquillages sont susceptibles de mettre l'homme en présence de ces germes pathogènes. De réels efforts de collecte et de traitements des eaux usées ont amélioré bien des sites. Cependant certaines zones restent insalubres. Les coquillages ne peuvent y être produits, ce qui, avec la pollution chimique, limite actuellement l'implantation de nouveaux sites d'élevage. L'introduction accidentelle d'espèces exotiques par les eaux de ballast (4), par les coques des navires avec l'importation de naissains d'huîtres, par le développement de l'aquariologie, constitue encore une autre nuisance qui risque de modifier la structure des écosystèmes côtiers. L'impact de ces espèces introduites sur la biodiversité devrait faire l'objet de recherches prioritaires: très peu de données existent dans ce domaine. Un inventaire des espèces doit être dressé, en particulier dans des régions où l'effort de recherche a été peu important, par exemple les côtes est et sud de la Méditerranée. Encore faudrait-il pour cela former une nouvelle génération de systématiciens (5) car ces derniers sont en train de disparaître. B. B. |
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* Directeur de recherches au Centre océanologique de Marseille (CNRS), responsable pour les Bouches-du-Rhône du Mouvement national de lutte pour l'environnement. 1. Groupes (dans la classification des espèces). 2. Organismes unicellulaires. 3. Microalgues, plancton unicellulaire muni de deux flagelles. 4. Les pétroliers qui repartent à vide remplissent, pour ne pas être au-dessus de la ligne de flottaison, leurs cuves de ballast d'eau portuaire puisée dans les endroits où ils déchargent. Ils rejettent cette eau en pleine mer ou dans des eaux côtières, favorisant les migrations, d'un milieu marin à un autre, d'organismes qui ont survécu dans les cuves de ballast. 5. Ou taxonomistes, c'est-à-dire les scientifiques qui déterminent, identifient et classent les espèces.
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Richesses / Energies
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La ressource que constitue l'éco- système marin est calculable, selon une étude parue dans Nature (15 mai 1997).
S'il fallait payer les biens et les services fournis par l'océan " régulation des gaz de l'atmosphère, cyclage des nutriments, régulation biologique, production alimentaire, matières premières, loisirs...
" la facture s'élèverait à 21 000 milliards de dollars par an !
Les réserves de combustibles fossiles contenues dans l'océan et exploitées en de nombreux endroits sont considérables (mais finies): 36,5 milliards de tonnes de pétrole, 21,4 trillions de tonnes de gaz (chiffres de 1992, les plus récents).
L'océan peut fournir d'autres sources d'énergie: énergie mécanique des vagues, des marées, des courants; énergie thermique associée à la chaleur emmagasinée dans la mer.
Leur exploitation se heurte à d'importants obstacles essentiellement technologiques.
Comme celle des nodules de minerais (manganèse, cuivre, nickel, cobalt) qui se trouvent sur les fonds marins, dont l'extraction serait encore trop coûteuse.
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Pharmacopée
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Les savants japonais sont en pointe en biotechnologie marine. Ils ont isolé 3000 substances pharmaceutiques actives provenant de la flore et de la faune marines, selon Elisabeth Mann Borgese, présidente honoraire de l'Institut international de l'océan. Un médicament antiviral ou anticancéreux permet des ventes mondiales très importantes. L'un d'entre eux, utilisé dans le traitement de l'herpès, représente un chiffre d'affaires annuel de 50 à 100 millions de dollars. n |