Regards Juillet-Août 1998 - L'Evénement

Océan de vie

Par Jackie Viruega


L'année 1998 est dédiée à l'océan. Une première, la consécration d'une " année internationale " des Nations Unies à une cause écologique. Il s'agit de médiatiser les menaces qui pèsent sur les mers: pollution, pressions démographiques, surpêche... L'Unesco, qui organise et coordonne l'essentiel du débat scientifique et des initiatives de sensibilisation, se fixe trois objectifs: faire prendre conscience que les océans et les zones côtières constituent des richesses économiques limitées; obtenir des gouvernements des mesures de protection assorties de moyens d'action suffisants; élargir la coopération scientifique internationale dans le domaine de la connaissance des océans. La Commission océanographique intergouvernementale (COI), unité scientifique de l'Unesco, responsable de la recherche fondamentale en océanographie, conduit les opérations sous la houlette de Patricio Bernal, son secrétaire exécutif. La COI a proposé la Charte de l'océan, engagement des Etats à instaurer et respecter des actions communes de préservation des océans et des zones côtières. L'enjeu est lourd. Les deux tiers de la population mondiale vivent à moins de 60 kilomètres de la côte. L'écosystème marin représente pour eux une source de revenus indispensables; à elle seule, la pêche fait vivre 200 millions de personnes. En même temps, l'océan est la première victime des rejets provenant des activités humaines.

 
Sans la mer, la vie sur Terre serait impossible, le globe ne serait qu'un desert arride...

La tonalité du message de Federico Mayor, le directeur général de l'Unesco, inaugurant l'année de l'océan, est significative: " Sans la mer, la vie sur Terre serait impossible, le globe ne serait qu'un désert aride... Dans l'imaginaire humain, la mer a toujours été symbole d'immensité et de liberté... cette liberté a des limites... Cette planète n'appartient pas aux adultes d'aujourd'hui et sa gestion ne saurait être guidée par des considérations à court terme... L'océan survivra (...) la question est de savoir si nous parviendrons à le maintenir dans un état propre à garantir la survie et le bien-être de l'humanité... Le temps nous est compté et le résultat n'est pas garanti. " La convention des Nations unies sur le droit de la mer, fruit de quatorze ans de négociations entre plus de 150 pays, entrée en vigueur en 1994, instaure un ordre juridique global des océans et des mers du monde en matière de droit de la navigation, de définition des mers territoriales, de juridiction économique et de protection du milieu marin. Elle prévoit une procédure unique et obligatoire pour le règlement des différends entre les Etats. Mais un cadre juridique n'est efficace que dans la mesure où il est appliqué et respecté. Cet ordre juridique global difficile à établir " il n'est que de voir par exemple les pavillons de complaisance ! " fait donc l'objet d'un bilan. Autre exemple de problème, la présence de forces océaniques stratégiques, au coeur de la dissuasion nucléaire, semble contradictoire avec le souci de protéger l'océan. Youri Oliounine, scientifique, coordinateur de l'année de l'océan à l'Unesco, en convient, mais considère que " l'impact en matière de pollution est incomparable, si l'on tient compte des fléaux produits par des navires de marchandises notamment ". Le chapitre 17 de l'Agenda 21, adopté par les Etats participants à la Conférence de Rio sur l'environnement et le développement en 1992, contient des recommandations face aux " incertitudes critiques relatives à la gestion du milieu marin et du changement climatique ": protection des océans, des mers et des régions côtières; protection et développement des ressources vivantes; gestion et développement durable des aires marines et côtières; protection de l'environnement marin; conservation des ressources vivantes en haute mer et dans les mers territoriales; coopération internationale et régionale; développement durable des petites îles.

 
... comment la maintenir dans un état propre à garantir la survie de l'humanité ?

Toujours à la suite de la Conférence de Rio, les Etats membres des Nations unies, de plus en plus alarmés par la pollution marine, la prolifération d'algues nuisibles, les changements du niveau de la mer dus au réchauffement de la planète, les sécheresses et inondations peut-être liés au phénomène El Niño, ont mis en place des programmes de coopération. C'est le cas du système mondial d'observation de l'océan (GOOS). Il fédère les mécanismes d'observation, organise l'échange de données, la collecte centralisée d'informations, leur diffusion la plus large pour aider aux décisions et aux planifications.