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Accord de paix
Par Jean-Michel Galano |
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L'accord de paix, adopté en avril en Irlande du Nord, a fait l'objet d'un débat contradictoire au sein même du Congrès du Sinn Fein qui se tenait à la même période.
Quel âge peut-t- il avoir? Quinze ans, seize ans ? Difficile à dire, avec son bonnet bleu enfoncé jusqu'aux oreilles. Perché sur les épaules d'un adulte, habillé de bleu marine, de bleu clair, d'orange, de rouge et de blanc, il affiche avec ostentation les couleurs de l'union avec la Grande-Bretagne. Il brandit fièrement non pas une arme, non pas une pancarte, mais un petit livret brun sur lequel se détache, en lettres jaunes, un seul mot: Agreement (accord). Sa photo a fait le tour du monde. Aurait-il gagné ? Il peut être aussi provocateur qu'il veut, le jeune homme, N'empêche qu'une appartenance qui éprouve le besoin de se montrer si fortement est une appartenance menacée. Et que ce qu'il exhibe triomphalement, c'est un texte négocié et rien d'autre. Rien d'autre, mais rien de moins. Dans la nuit du Vendredi Saint s'est dessiné un accord sans vainqueur ni vaincus. Mais une dynamique s'est enclenchée.
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LES POINTS ESSENTIELS DE L'ACCORD
L'accord, qui se présente comme " l'occasion historique d'un nouveau commencement ", affirme en préambule l'adhésion des parties contractantes à des valeurs de respect et de tolérance, ainsi que leur refus de tout recours à la force, même sur le mode de la menace.
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Les questions constitutionnelles
Le principe d'une unification de l'Irlande est subordonné au consentement d'une majorité en Irlande du Nord. Le droit de chaque citoyen à s'identifier et à s'identifier dès maintenant comme Irlandais ou Britannique est reconnu. Cela implique une modification de la constitution irlandaise (qui devra reconnaître la partition du pays) ainsi que des lois constitutionnelles britanniques relatives au statut de l'Irlande du Nord.
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Création d'institutions démocratiques en Irlande du Nord
Il s'agit essentiellement d'une assemblée élue à la proportionnelle. Les nationalistes ont obtenu l'intégration dans l'accord de " garde-fous " destinés à empêcher, moyennant un certain nombre de mécanismes complexes, la confiscation du pouvoir par la majorité. Un élément de proportionnelle est intégré à la composition de l'exécutif.
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Un conseil interministériel Nord-Sud
Il aura pour rôle de coordonner l'action du gouvernement de la province avec celle de la République dans des matières d'intérêt commun: non seulement le transport et le tourisme, mais des éléments de planification, ainsi que la formation, l'agriculture et la politique sociale.
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Des institutions anglo-irlandaises
Destinées à réactiver les relations entre les deux pays, elles reconnaissent " l'intérêt particulier " porté par la République d'Irlande à l'Irlande du Nord. Surtout ce chapitre de l'accord réaffirme un certain nombre de droits fondamentaux, y compris celui de " chercher à changer la constitution, à condition que ce soit par des moyens légitimes ".
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La question de l'égalité
Alors que les représentants des partis unionistes voulaient s'en tenir au simple constat des " désavantages " dont est l'objet la communauté " nationaliste " (catholique), le document fait de la question de l'égalité entre tous les citoyens, la fin et le moyen de toute paix durable. Il présente un projet assez détaillé au niveau tant des principes que des moyens légaux et institutionnels à mettre en oeuvre, égratignant au passage l'hégémonie catholique en Irlande du Sud. Autant dire que ce compromis a ceci de particulier, qu'il déstabilise et remet en mouvement certains héritages de l'histoire, et non des moindres." Compromis et non règlement ", insistent les signataires. En effet, il ouvre la voie à l'intervention des Irlandais eux-mêmes. Ce n'est pas assez de dire que, dès à présent, ce texte est au centre de la vie politique en Irlande du Nord: en vérité, c'est bien une vie politique qui est en train de renaître dans les débats passionnés qu'il suscite. Après tout, le jeune unioniste de la photo a quelques raisons de se réjouir: il va pouvoir entrer dans le débat politique avec les Républicains. C'est une première victoire, et ce n'est pas une victoire guerrière.
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AU CONGRES DU SINN FEIN
Nous aurions pu avoir un meilleur accord ", remarque Gerry Adams, président du Sinn Fein." Mais il aurait fallu que nous soyons à plus de 16% ". Cette phrase résume la mutation du Sinn Fein, qui a fait le choix de la voie démocratique. Auparavant, le Sinn Fein n'était que la vitrine légale de l'IRA, et comptait sur un obscur grand soir. Le ras-le-bol manifesté par une opinion publique catholique de plus en plus nombreuse et influente économiquement et politiquement a pesé d'un poids décisif dans la mutation engagée. Du côté protestant aussi, l'heure des slogans (vieux mot irlandais qui signifie " cri de guerre ") est passée. A l'heure où des évolutions majeures se dessinent en Europe, nul ne pouvait se payer le luxe d'apparaître plus immobiliste que le voisin. Alors que le principal parti nationaliste, le SDLP (social-démocrate), s'efforce de " coller " à l'opinion catholique, le Sinn Fein a opté pour une voie autrement ambitieuse (" nous ne sommes pas un parti catholique ", insistait Gerry Adams à la deuxième partie du Congrès, celle qui le 10 mai a entériné l'accord). Ce choix stratégique vient de loin et porte loin. Pour la première fois depuis des années, un parti nationaliste important récuse l'identité catholique, au profit d'une filiation avec les idéaux de la Révolution française. Devant les militants du Sinn Fein, la direction avait plaidé pour des inflexions majeures: se doter d'un projet politique global; s'emparer de l'accord pour mener un combat politique; reconnaître la spécificité des unionistes (protestants) et la respecter. La direction s'est trouvée confrontée aux " intégristes " du républicanisme " pur et dur " (surtout nombreux dans la République, où l'on ne risque pas grand chose à camper sur des positions jusqu'au-boutistes, comme l'a fait remarquer par ailleurs Owen Carron, ancien porte-parole des grévistes de la faim). Aussi a-t-elle choisi de faire intervenir dans le débat une dirigeante de l'ANC, Thenjiwe Mintso. Une négociation, a-t-elle rappelé, c'est un moment dans une lutte. Ce n'est pas une discussion ordinaire, car il est exclu de persuader celui qui est en face: c'est un rapport de forces, et la force des négociateurs tient au mouvement populaire dont ils ne sont que les représentants. On peut espérer " libérer des zones ", mais l'adversaire ne recule jamais que pour se réorganiser, contre-attaquer, diviser. C'est la démocratie à tous les niveaux de la société et l'intervention continue des gens qui seront déterminantes. |
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1. Le dernier rapport du BIT estime à 250 millions le nombre d'enfants travailleurs dans le monde contre 50 millions en 1979. 2. Auteur de Regards sur les enfants travailleurs, éditions Page deux, 1997 et de l'Enfant exploité avec Bernard Schlemmer, édition Kathala, 1996.
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