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PHOTOGRAPHIE
Par Lise Guéhenneux |
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L'exposition " Man Ray, la photographie à l'envers ", présentée aux Galeries nationales du Grand Palais à Paris par le Musée national d'art moderne, est un événement, par le nombre de clichés présentés, plus de cinq cents, et parce qu'elle renouvelle le point de vue sur un artiste pourtant très connu et très exposé.
Au départ, il y a la dation, en 1994, du fonds de l'atelier Man Ray, deux mille négatifs propriété des héritiers de Juliet Man Ray, complétée par les quinze cents négatifs donnés par Lucien Treillard, ancien collaborateur de l'artiste.
De Man Ray, on retient souvent la pose, un peu mode, du photographe dilettante.
Cette attitude est infirmée par les écrits de l'artiste lui-même dans son autobiographie.
La photographie, lorsque Man Ray commence à s'y intéresser, est un art mineur, réservé, dit-on, aux peintres ratés.
Pour oser se réclamer photographe lorsque, comme Man Ray, on a des ambitions d'artiste, l'attitude de dilettante est parfaite puisque alors, on ne peut l'assimiler à l'artisan photographe, qu'il soit celui du quartier ou celui du studio chic Harcourt. Né en Pensylvanie en 1890, il arrive à Paris en 1921 et réalise très vite des photos de mode. Man Ray a tendance à minimiser tout ce travail autour de la mode afin de défendre son statut précaire d'artiste, malgré une situation financière plutôt confortable. Les riches Américains qui commencent à venir en France dans ces années vingt se font une obligation de se faire tirer le portrait par le photographe à la mode, ce qui horripile Man Ray mais qu'il s'astreint tout de même à exécuter. Les portraits sont pourtant, pour lui, une matière de prédilection, si ce n'est un sujet. Le portrait trotte dans la tête de Man Ray, dès ses débuts il traque l'expression, les lumières des êtres. Le portrait représente d'ailleurs la majorité des pièces du fonds conservé, sans compter tous les négatifs qui ont disparu lorsque Man Ray est reparti aux Etats-Unis à l'été 1940. Man Ray fait du groupe Dada et ensuite de celui des surréalistes. Il réalise ainsi un film destiné à une soirée Dada qui est projeté en continu dans l'exposition du Grand Palais, film qui est partie intégrante de son parcours et qui montre bien ce double statut problématique auquel Man Ray sera confronté toute sa vie. Au début, il énonce son travail photographique comme un gagne-pain et, paradoxalement, dans les années de l'après-guerre et jusque dans les années 60, lorsque la photo commence à constituer un marché, on lui demande des tirages photographiques alors qu'il a restreint son activité photographique pour s'intéresser à la sculpture ou la peinture. Ces autres pratiques qui s'intègrent dans une seule et même démarche, Man Ray ne les a jamais laissées de côté. C'est en partie pour cette raison qu'il ne développe les photos que sous forme de contact, laissant le tirage à l'assistant avec cependant des informations très strictes et très précises. Ce qui intéresse l'artiste Man Ray, c'est l'expérience et l'expérimentation, le reste est pour lui trop systématique, tel le tirage. Il utilise la solarisation, la rayographie qui font basculer sa pratique davantage encore du côté artistique, puisqu'il faut convaincre et rassurer. Le visiteur profite des oeuvres présentées, tirages d'époque avec les recherches de papiers, très importantes pour l'artiste, et quelques tirages récents de bonne qualité et bien repérables. Sans se perdre dans la cuisine technique, le spectateur prend connaissance des images célèbres comme de leurs à-côtés tout aussi passionnants.n L. G. Le Centre Pompidou et les éditions du Seuil publient un ouvrage sur Man Ray en relation avec le travail effectué pour l'exposition, ouvrage collectif sous la direction d'Emmanuelle de l'Ecotais et Alain Sayag, Man Ray, la photographie à l'envers, 264 pages, 320 illustrations, 390 F jusqu'au 29 juin, 450F après. |
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1. Le dernier rapport du BIT estime à 250 millions le nombre d'enfants travailleurs dans le monde contre 50 millions en 1979. 2. Auteur de Regards sur les enfants travailleurs, éditions Page deux, 1997 et de l'Enfant exploité avec Bernard Schlemmer, édition Kathala, 1996.
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