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Travail des enfants, vers une nouvelle convention Par Jeanne Llabres |
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Jusqu'à un passé récent, deux obstacles majeurs s'opposaient à la montée en puissance des revendications des enfants travailleurs: on ne leur reconnaissait pas le droit à la parole, par conséquent, ils n'avaient aucun intérêt à s'organiser.
Mais les choses ont commencé de changer.
Avec la Convention des droits de l'enfant tout d'abord qui, en 1989, a reconnu à l'enfant le droit d'exprimer ses idées propres et déclaré que sa vie est sa propriété.
En 1996, des enfants travailleurs du monde entier se sont réunis en Inde.
A l'issue de leur rencontre, ils ont demandé à pouvoir travailler dans de bonnes conditions.
A la fin du mois de mai 1998, la Marche mondiale contre le travail des enfants, partie de Manille (Philippines) le 17 janvier, est arrivée à Genève, siège de l'Organisation internationale du travail (OIT) après avoir traversé 98 pays.
Impulsée par 7 000 organisations non gouvernementales, syndicats et associations, elle a permis de sensibiliser les opinions publiques sur l'étendue d'un fléau qui ne cesse de grandir et atteint aujourd'hui les pays les plus industrialisés de la planète (1).
S'appuyant sur cette mobilisation sans précédent, les organisateurs de la " Global March " entendent désormais faire pression sur les ministres du travail du monde entier.
Ces derniers, avec les employeurs et les centrales syndicales, vont réfléchir pendant trois semaines, dans la ville suisse, aux termes d'une nouvelle Convention pour 1999 contre les formes les plus dures du travail des enfants.
Comme définis par l'IPEC, le Programme international pour l'abolition du travail des enfants, les groupes prioritaires sont les enfants réduits en servitude, ceux qui travaillent dans des conditions ou des secteurs dangereux, les enfants de moins de douze ans et les filles.
Car si plusieurs textes internationaux existent - la Convention des droits de l'enfant, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage - des mesures s'imposent afin de rendre leur application effective.
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| Exemple : dans la plupart des pays du monde, industrialisés ou pas, le nombre des inspecteurs du travail est dérisoire, leurs moyens d'action extrêmement limités. Une autre source de difficulté est que le travail des enfants est généralement interdit par les législations nationales. Les employeurs ne les déclarent donc pas. En Asie, en Afrique, en Amérique latine notamment, des millions d'enfants sont donc des travailleurs clandestins et ne peuvent faire valoir leurs droits sous peine d'être licenciés. Les gouvernements s'intéressent à ces populations sous les vocables de " vagabonds, délinquants, voleurs ", mais pas en tant qu'enfants travailleurs. Aussi, les organisateurs de la Marche demandent-ils en premier lieu et en attendant l'avènement d'une société débarrassée de l'exploitation enfantine, que les enfants soient reconnus comme des travailleurs à part entière, qu'ils aient les mêmes droits que les adultes et des droits spécifiques comme celui d'aller à l'école et de se former à un futur métier. Comme l'explique Michel Bonnet, ancien expert auprès du BIT et infatigable militant de la cause des enfants (2), s'ils souhaitent apprendre à lire et à écrire, les enfants pauvres ne veulent pas quitter l'entreprise, l'atelier, la maison où ils travaillent et où ils gagnent le complément indispensable à leur survie ou à celle de leur famille. A la lumière de ses rencontres avec les enfants, Michel Bonnet a acquis la conviction que les adultes doivent les regarder comme des acteurs à part entière et les aider à s'organiser, à dire non, pour qu'ils deviennent, à leur tour, des adultes capables de s'opposer à l'ordre économique ultralibéral. |
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1. Le dernier rapport du BIT estime à 250 millions le nombre d'enfants travailleurs dans le monde contre 50 millions en 1979. 2. Auteur de Regards sur les enfants travailleurs, éditions Page deux, 1997 et de l'Enfant exploité avec Bernard Schlemmer, édition Kathala, 1996.
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