Regards Juin 1998 - L'Evénement

Rai a une vie après le foot

Par Guillaume Chérel


Entretien avec Rai

Rai (prononcez Raïïï) vient de jouer, à 32 ans, sa dernière saison au Paris-Saint-Germain, cinq ans après avoir débarqué dans la capitale. Il retourne au Brésil, son pays...après la Coupe du monde. Sao Paulo, le club de ses débuts, l'attend de pied ferme.

 
Depuis que vous avez annoncé votre départ du PSG, on vous voit sur les plateaux-télé, dans les magazines féminins, dans la pub pour des vêtements... Est-ce bien compatible avec le métier de footballeur ?

 
Raï : La télé, les médias, j'aime ça. Je suis un homme de spectacle... Je sais que je regretterai cette passion plus tard, quand j'aurais arrêté ma carrière.

 
Vous considérez-vous comme privilégié par rapport aux autres joueurs brésiliens issus de milieux modestes ?

 
Raï : J'ai eu de la chance, mais les Brésiliens ne naissent pas tous dans les favelas !... Mon père est un haut fonctionnaire et ma mère a élevé ses six fils. J'ai eu une jeunesse heureuse. C'est pour cela que je projette de créer une école pour les enfants défavorisés. J'ai commencé à prendre des contacts avec des entreprises qui la financeraient. L'éducation est primordiale. Elle peut changer un destin, surtout dans un pays comme le mien. En ce moment, l'économie brésilienne va mieux mais on a tendance à oublier le social.

 
Socrates, votre frère, fut un joueur très apprécié et très engagé politiquement... Pédiatre et leader syndical, il se disait marxiste, défendait le statut des joueurs brésiliens, et ne se privait pas de critiquer la politique du pays. Vous êtes plus discret.

 
Raï : C'est un trait de mon caractère. Socrates s'est servi de sa notoriété pour faire passer ses idées... Lorsqu'il était capitaine de la Seleçao, lors de la Coupe du monde de 1982, en Espagne, puis en 1986 au Mexique, j'étais fasciné par cette équipe, qui comptait dans ses rangs Junior, Falcao, Zico, Cerezo... Planté devant ma télé, j'ai vu aussi l'équipe de mon frère se faire éliminer par l'Italie (3-2, dont trois buts de Rossi...) en quart de finale...

 
La politique ne vous intéresse pas ?

 
Raï : J'ai tout de même défendu les droits de ma corporation, puisque j'ai été président du syndicat des joueurs brésiliens... La situation politique de mon pays est critique, tout le monde le sait. Disons qu'elle va en s'améliorant... Quand la télé traite du Brésil, on ne voit que la violence, la samba ou le foot... Les réactions violentes ne sont pas naturelles, chez nous. Mon peuple est plutôt tolérant...

 
Quel souvenir garderez-vous de ces années passées en France ?

 
Raï : J'ai aimé vivre en France. Je me suis efforcé de vivre comme un Français. Je me suis enrichi. Cela a été plus difficile pour ma femme et mes deux filles. Les rapports avec les gens sont plus froids que ceux auxquels nous sommes habitués au Brésil. Chez moi, on se lie plus facilement. Je me suis adapté...aux gens et au climat. Je me suis fait des amis et me suis intéressé à la vie du village où j'habite.

 
Quels sont vos projets d'avenir ?

 
Raï : Je compte évoluer au plus haut niveau encore trois ans, avant de changer d'univers. Le football m'a permis de travailler mon corps, de voyager, de rencontrer du monde. J'aimerais connaître d'autres expériences. La musique me passionne. J'ai déjà un magasin de CD au Brésil, dont s'occupe un de mes frères. Je me verrais bien organiser des spectacles (1).n

 


1. Rai est à l'initiative d'un concert brésilien qui aura lieu au Parc des Princes le 1er juillet.Sont prévus Gilberto Gil, Skank et Daniel Mercury.

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