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Du côté de l'utopie Par Henri Malberg |
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Les hasards du calendrier ont concentré au mois de mai une série d'anniversaires qui ont trait au devenir de la société.
Les anniversaires du Manifeste communiste, de l'abolition de l'esclavage et de mai-juin 68 ont fait événement.
Il en a été, tous comptes faits, beaucoup question dans les différents médias.
Et l'information s'est trouvée plutôt politisée.
Tant mieux.
Le succès de la Rencontre internationale à l'occasion du 150e anniversaire du Manifeste, du 13 au 16 mai, était imprévu pour ceux qui l'ont imaginée voici deux ans.
Mille cinq cents universitaires, chercheurs, dirigeants de mouvements sociaux, de syndicats, de partis politiques, communistes, socialistes, de gauche ou d'extrême gauche, écologistes, théologiens de la libération venus de 60 pays ont, pendant trois jours, débattu et échangé, sur ce que les uns et les autres pensent aujourd'hui de la transformation sociale.
Trois cents contributions écrites ont été publiées.
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Rencontre d'un nouveau type
C'était une Rencontre d'un nouveau type après les fractures de l'histoire. Il fallait qu'il y ait une grande attente de mise en perspective et que l'opposition à la mondialisation, à la dictature des marchés financiers soient forts pour que s'exprime si nettement le renouveau de la pensée anticapitaliste. On a pu lire ceci, sous la plume d'un chroniqueur du Nouvel Observateur: " Les eaux glacées du calcul économique ont envahi toutes les terres émergées et la mercantilisation de secteurs entiers de la société donnent à la pensée de Marx une deuxième jeunesse critique " (1). De cette rencontre, est né le réseau Espaces Marx international avec le même esprit: dynamique de contacts et de débats, circulation des informations entre tous ceux qui ont pour ambition de travailler à changer le monde. L'intérêt pour le 30e anniversaire de mai-juin 68 n'a pas été une moindre surprise. L'opinion en demandait et en redemandait. Certains médias ont dû parfois improviser articles et interviews. Naturellement, chacun juge du contenu. N'empêche que la révolte de la jeunesse et la grève générale des salariés de 1968 ont rappelé leur existence dans les esprits.Çccedil;a n'avait pas été le cas depuis longtemps. Il en a été de même pour l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Des écoutes records pour les émissions de télévision, des salles pleines pour les conférences et débats. Et pas mal de découvertes sur les rapports du capitalisme naissant et de l'esclavagisme. Au total, ce tiercé idéologique n'est pas innocent. On peut penser que l'impasse de la mondialisation actuelle et du libéralisme provoque un appel à une certaine radicalité. L'air du temps est à nouveau porteur du besoin de références historiques, de projets réellement alternatifs. Besoin d'utopie. C'est à l'aune de ce besoin qu'il faut apprécier l'initiative du PCF au Palais des sports de Paris le 6 juin, " Le communisme: histoire, actualité, projet ".
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Le capitalisme, une machine efficace mais folle
Le sondage réalisé pour l'Humanité à l'occasion de l'anniversaire du Manifeste communiste est révélateur (2). Ainsi, le fonctionnement actuel du système économique capitaliste provoque l'enthousiasme et l'espoir de 22 Français sur 100, mais, pour 53 d'entre eux, toutes opinions confondues, la peur ou la révolte (85% chez les électeurs communistes, 60% chez les électeurs socialistes). Ainsi, 46 Français sur 100 pensent, toutes opinions confondues, (61 chez les communistes, 51 chez les socialistes, 64 chez les écologistes) qu'il faut transformer radicalement ou réformer en profondeur le capitalisme. Qu'attendez-vous en priorité de la politique ? Qu'elle propose un autre projet de société, répondent majoritairement les Français, toutes opinions comprises (chez les électeurs communistes 78%). Au capitalisme, il est par contre reconnu majoritairement quatre qualités: les innovations technologiques, la compétitivité des entreprises, la création de richesses, la liberté d'expression.
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Contradictions de la situation
Que la situation soit contradictoire, tout le montre. La crise politique et la méfiance envers la politique sont tueuses d'espoir et d'engagement. Voire travaillent pour l'extrême droite. On ne sait que trop comment cela fonctionne. On sait aussi l'appel à la démocratie et à la citoyenneté qui s'exprime ainsi. La tentation de se contenter de peu n'est pas moins présente. Mais, en même temps, la radicalité se fraye un chemin dans les luttes et le débat d'idées. Des forces cherchent dans la direction du dépassement du capitalisme une réponse à la monstrueuse course aux profits financiers. Le Parti communiste, comme Robert Hue l'a exprimé le mois dernier dans Regards (3) et, ces derniers jours, dans Libération (4) entend " être exigeant sur les réformes à venir. Elles doivent tendre à mettre en cause le poids dominant du libéralisme. Si la politique de la majorité plurielle se confondait avec une sorte de " libéralisme de gauche ", cela mènerait inévitablement à l'échec (...) Nous pouvons contribuer à apporter à la majorité plurielle, où s'expriment des choix sociaux-démocrates, des solutions s'inscrivant dans le dépassement du capitalisme par des grandes réformes transformatrices. Notre destin n'est pas d'être l'aile gauche d'une dominante social-démocrate, mais d'être au sein de cette majorité un élément moteur d'une pensée révolutionnaire pour transformer la société ".
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Contestations et politique
Cette visée communiste peut et doit rencontrer d'autres forces qui cherchent dans la même direction. De nombreux articles de presse font référence au rôle de Pierre Bourdieu et à son analyse du rapport entre le mouvement social et les partis politiques au gouvernement. Aux yeux des communistes, le respect de l'autonomie d'action et de positionnement du mouvement social doit être absolu. En même temps, une dynamique politique majoritaire susceptible de faire bouger la société, de faire reculer l'influence des marchés financiers ne peut venir que de la conjonction entre les contestations qui grandissent dans le pays, dans lesquelles le Parti communiste tient à prendre toute sa place, et toutes les forces de gauche et progressistes. L'enjeu n'est pas que national. Il est européen et mondial. Les marchés financiers cherchent une maîtrise absolue à travers le néo-libéralisme et la mondialisation actuelle. Ils cherchent à faire sauter tout obstacle. Or, de France, pour des raisons évidentes, peut se développer aujourd'hui une contre-offensive. C'est aussi ce qu'a signifié le succès de la Rencontre internationale à Paris pour l'anniversaire du Manifeste. Et c'est aussi l'enjeu depuis un an avec ce gouvernement de gauche et sa diversité.. |
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1. Le Nouvel Observateur, 14 mai 1998. 2. CSA Opinion, l'Humanité, 14 mai 1998. 3. Regards n° 35, mai 1998. 4. Libération, 15 mai 1998.
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