Regards Juin 1998 - La Cité

Homosexualité
En attendant le pacte

Par Jean-Claude Oliva


Quelle place dans notre société pour les homosexuels ? Les conditions semblent réunies pour des avancées qui concernent chaque citoyen.

Selon un sondage réalisé en avril par l'institut BVA pour le compte de "Radio FG", les Français sont de plus en plus et très largement favorables (64%) à un "pacte civil de solidarité" fixant un cadre juridique pour deux personnes qui cohabitent: amis, frères et soeurs, concubins hétéro et homosexuels. Ce qui limite l'opération lancée par une partie de la droite en mal de valeurs et de projet, n'hésitant pas à faire appel à l'ordre moral et à l'homophobie autour d'une pétition de maires contre la loi de " contrat d'union sociale ".

 
Limites du " contrat d'union sociale "

Une synthèse de trois propositions de loi déposées par le PS, le MDC et le PCF a été remise fin avril à Catherine Tasca, présidente de la Commission des lois à l'Assemblée nationale, selon laquelle " le texte aboutira, en tout état de cause, avant fin 1998 " (Libération, 27 avril). Le PCF souhaite sans tarder sa mise à l'ordre du jour. Estimant que " le mouvement gay et lesbien en France propose des avancées significatives pour tous les couples non mariés, hétérosexuels et homosexuels ", Serge Guichard, responsable du " collectif lutte contre les discriminations liées à l'homosexualité " au PCF, en appelle à " la responsabilité de la gauche plurielle pour, en cette année du 50e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, faire progresser par la loi l'égalité des droits, le refus de toutes discriminations d'opinion, de religion, de culture ou d'origine géographique, sexiste ou homophobe." Les droits de l'Homme sont aussi la référence de la Gay Pride qui s'ouvrira le 20 juin à Paris par une banderole " les droits des gays et des lesbiennes sont les droits de l'Homme ". Jean-Sébastien Thirard, président de la " lesbian and gay pride ", souhaite un texte qui ne soit pas spécifique aux homosexuels mais s'applique à tous. Pour lui, le " contrat d'union sociale " (dont le projet de loi définitif n'est pas encore publié) ne constituerait pas un " sous-mariage ", il sépare le couple et ce qu'il vit - sa sexualité - qui reste dans le domaine privé. Mieux vaudrait donc avoir cet acquis, débattu depuis quinze ans dans la communauté, plutôt que perdre encore dix ans. L'essentiel étant d'obtenir une reconnaissance symbolique forte par le passage devant un officier civil et l'ouverture de droits nouveaux (droit de succession, transfert de bail, droit de séjour des étrangers, etc.). Pour le reste, " c'est surtout une question de mentalités ".

 
Un débat sain pour la démocratie

A l'opposé, la loi peut verrouiller la situation, craint Christine Waigl, vice-présidente du Centre gay et lesbien (CGL) chargée des droits des gays et lesbiennes; si elle soutient les projets actuels comme le pacte civil de solidarité, le point problématique est la reconnaissance du couple qui est différent d'une association entre frères ou amis. Et de revendiquer " les mêmes droits, les mêmes institutions, les mêmes obligations ". Michèle Larwy, éducatrice et militante d'Archives Recherches et Culture lesbiennes, insiste davantage sur les droits de la personne que ceux du couple. D'autant que les femmes n'ont pas la même place dans la société et vivent une pression pour le mariage, par exemple, sans commune mesure avec les hommes. Aussi le mariage ne figure pas vraiment dans ses objectifs de lutte. Si un consensus semble donc se dessiner dans la société en général et chez les homosexuels contre les discriminations et pour la reconnaissance de droits nouveaux, au-delà, tout fait débat: le mariage, la famille, l'adoption, la "parentalité"... Et, au fond, confronter ses valeurs, ses institutions, à des exigences nouvelles des citoyens, est un exercice sain pour la démocratie, qui fait bouger toute la société. La Fédération sportive gay et lesbienne (CGPIF) donne un exemple intéressant de cette portée universelle et émancipatrice en combattant les discriminations liées notamment à la sexualité dans le domaine sportif. La Fédération, selon son vice-président Manuel Picaud, promeut " un sport ouvert à toutes et à tous, combinant loisirs et compétition ". Elle porte haut les valeurs d'intégration et de convivialité, participant à des " eurogames ", véritables compétitions de masse avec 13 000 sportifs attendus cette année à Amsterdam sans sélection préalable. Pour le coup, il s'agit vraiment de participer. Bref, l'image d'un sport " sans complexes ", le contraire d'un ghetto communautaire. Manuel Picaud ne revendique pas de statut particulier pour les homosexuels. A terme, les discriminations disparues, il n'y aurait plus de raison d'avoir un mouvement sportif gay et lesbien, comme c'est déjà le cas en Norvège ou en Suède...

 


* Membre du secrétariat de la Fédération de Seine-Maritime du PCF.

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