Regards Juin 1998 - La Cité

Espaces citoyens
Expérimentation havraise

Par Jacky Maussion *


Un des éléments de la réponse communiste à la crise de la politique est la création de nouveaux lieux d'élaboration de propositions et d'action.

Crise de la politique ! L'affirmation renvoie sans aucun doute à l'image donnée généralement par la politique et la manière dont elle est pratiquée. A ce titre, elle ne recouvre pas toute la réalité, d'autant qu'existe, y compris chez celles et ceux qui ressentent de l'allergie aux formes actuelles des partis, une véritable soif de donner son opinion et de participer à la vie de la cité et du pays. Crise de la politique, indéniablement alimentée par une crise sociale vécue avec plus ou moins d'intensité selon les revenus, le logement, l'environnement...et où beaucoup doutent d'une manière plus ou moins affirmée de la capacité des " politiques " à agir pour modifier le cours des choses et la logique infernale des marchés financiers. Si on ne veut pas décourager le rejet montant de l'ultralibéralisme, il faut répondre à l'aspiration au changement en donnant notamment à voir un parti communiste qui participe activement à restituer à la politique ses lettres de noblesse. En clair, si l'objectif des communistes est de construire une majorité politique de progrès qui s'exprime dans le mouvement social et dans les urnes, ils ne peuvent se payer de mots, mais s'atteler à la tâche. Un des éléments de la réponse communiste à la crise de la politique consiste à relancer une forme de rencontres et débats qui avait prévalu au lendemain des élections législatives de juin 97 avec la consultation des communistes sur l'opportunité ou pas de participer au gouvernement et des rencontres citoyennes. L'idée de créer des " espaces citoyens " venait ainsi de naître. Toute proportion gardée, cette façon de faire renaître les clubs jacobins ou les comités d'arrondissement de la commune de Paris (les immigrés y participaient) s'inscrit dans la durée, mais la crise de la politique exige d'agir dans l'urgence: " la réussite du changement nécessite l'intervention des salariés, des citoyens sur toutes les questions. Il ne s'agit ni de tout attendre du gouvernement de gauche ni de ne plus rien en attendre." En Seine-Maritime, cahin-caha, avec des fortunes diverses, plusieurs espaces citoyens ont été créés. Nous en sommes au tout début du début. L'expérience vécue au Havre vaut d'être relevée. Au lendemain de l'élection du député communiste Daniel Paul, une rencontre citoyenne regroupe 90 participants, le débat tourne autour de l'utilisation de l'argent. A l'automne, au siège de la section du Parti communiste, plusieurs espaces citoyens se réunissent sur les thèmes de la réduction du temps de travail, de la filière maritime... Au fil des rencontres la participation s'étiole, les discussions ne donnent pas leur pleine mesure, les communistes hésitent à donner leur opinion... Contact est pris avec des personnalités intéressées par la démarche, un collectif se crée dans lequel on retrouve, à titre individuel et citoyen, un dirigeant de la FSU, un responsable de l'Union locale CGT, un responsable départemental de la CFDT, un ancien adjoint socialiste à la mairie du Havre, un responsable de la Ligue des droits de l'Homme, le secrétaire de la section du PCF, un prêtre, un communiste responsable de " Controverses ".

 
L'importance des mots agir ensemble, comment et pourquoi

Ce collectif se réunit, choisit un thème, désigne un rapporteur, un animateur, et celui qui, à la fin de la réunion, synthétise la discussion. Toutes celles et ceux qui sont intéressés rejoignent le collectif pour préparer le prochain espace citoyen. Tout cela a été suscité par des communistes, mais, pour autant, doivent-ils être les seuls à décider ? A l'évidence, non ! Le Parti communiste met à disposition local et financement des tracts et affiches. Là aussi, il convient que l'espace citoyen trouve un lieu, et qu'une collecte soit organisée à l'issue de chaque réunion. D'autres expériences en Seine-Maritime se sont déroulées d'une manière différente, à la satisfaction des participants à chaque fois. Ils ont envie de revenir et de s'engager. Un membre du collectif au Havre a eu ce mot: " Enfin, je vais servir à autre chose qu'appeler à voter." Dans la mesure où ces lieux où l'on débat entre citoyens de la politique et où l'on décide d'agir sont nouveaux, les espaces citoyens ne font de l'ombre à personne, bien au contraire. Il semble même évident qu'ils renforcent la nécessité pour beaucoup de cellules du Parti communiste d'un fonctionnement plus attractif, plus vivant. Les espaces citoyens n'ont pas vocation à remplacer des organisations ou structures existantes; nier le parti par exemple reviendrait à nier ses capacités à évoluer, au contraire les espaces citoyens peuvent faciliter aussi la rencontre entre les citoyens, la politique, les associations, les syndicats. Dans les débats, si la passivité n'est pas de mise, les communistes n'ont pas réponse à tout. L'importance des mots " agir ensemble ", et comment ? Pour quels objectifs ? figurent dans tous les débats. Reste l'essentiel: enclencher un mouvement où sont débattues les conditions politiques nécessaires pour amplifier le changement. La pratique généralisée des espaces citoyens ouvre des perspectives très certainement encore insoupçonnées..

 


* Membre du secrétariat de la Fédération de Seine-Maritime du PCF.

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