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Télécommunications
Par Xavier Delrieu |
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| Depuis la privatisation partielle du 20 octobre dernier et l'ouverture à la concurrence dans le domaine des télécommunications, France Télécom affiche une forme quasi indécente. Le cours de l'action émise il y a seulement six mois a doublé et la société annonce un bénéfice net record pour 97 de 14,9 milliards de francs, quelques jours avant d'emporter le monopole d'accès Internet à l'école. Les oiseaux de mauvais augures qui annonçaient qu'une société dans laquelle l'Etat est toujours présent n'a aucune chance de se développer dans un secteur concurrentiel en sont pour leurs frais. A moins bien sûr qu'ils n'aient acheté eux aussi des actions... Mais cette bonne santé ne saurait faire oublier la vigilance face au marché des télécommunications en plein bouleversement. Plusieurs raisons à cela. D'abord, la hausse de l'action France Télécom étant largement plus importante que celle enregistrée dans le même temps par le CAC 40, de nombreux gérants de portefeuilles sont tentés d'en acheter, pour doper leurs résultats. D'où un risque de surchauffe. Ensuite, la concurrence n'a certainement pas dit son dernier mot, d'autant que France Télécom bénéficie encore de certains avantages dus à son ex-monopole. Ainsi, étant le seul opérateur à disposer de l'accès local aux abonnés, il loue ses tuyaux aux autres opérateurs, mais peut aussi se permettre de casser les prix quand bon lui semble et de s'appliquer à lui-même des tarifs hors concurrence ! C'est pourquoi Cégétel (qui appartient à Vivendi, ex-Compagnie générale des eaux) a piqué une grosse colère après l'octroi du marché scolaire: personne ne peut rivaliser avec France Télécom, tant que les tarifs de location ne sont pas égaux pour tous. Enfin, il ne faudrait pas oublier que France Télécom marche sur un fil tant le monde de la téléphonie est en pleine mutation. La guerre des prix sur les mobiles comme sur les tarifs des communications fait que personne n'est aujourd'hui définitivement à l'abri des difficultés. Or, ces deux marchés représentent à eux seuls 75% des activités de France Télécom. Reste aussi que les 165 200 salariés de France Télécom voudraient bien, eux aussi, profiter quelque peu de cette bonne santé, plutôt que d'enrichir les amateurs du Palais Brongniart. |
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1. France-Soir du 11 mars 1998 2. Cf.les Ecrans de la violence, éditions Economica, Paris 1997 3. In le Monde TRM du 12/13 avril 1998, p.38.
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