|
Dérégulation de l'audiovisuel, un répit encore Par Pierre Courcelles |
|
|
| Du 6 au 8 avril dernier, à Birmingham, étaient convoquées les 3es Assises de l'audiovisuel européen (1), à l'initiative de la présidence britannique de l'Union européenne et de la Commission européenne. Ces deux instances, comme on les connaît, avaient la ferme intention d'accomplir un pas décisif dans la libéralisation de ce secteur qui lui échappe encore, protégé (relativement) par la notion d'exception culturelle, obtenue à l'arraché par la France lors de la phase finale des négociations du Gatt, en 1993, et qui vient d'être confortée par le report (définitif?) de l'AMI (voir Regards n° 33, mars 1998, l'échange entre Jack Ralite et Nuri Albala). Mais cette exception risque à nouveau d'être mise en cause dans un autre cycle de négociation, le projet de Nouveau marché transatlantique (de libre-échange), le NTM, imposé par Leon Brittan, vice-président de la Commission, croisé de la concurrence sans entraves, y compris dans le domaine des oeuvres artistiques (2). Même si elle n'était pas telle quelle inscrite à l'ordre du jour de ces Assises, la question de l'exception culturelle était présente à travers " la " question de fond, celle du " déficit des échanges audiovisuels entre l'Europe et l'Amérique du Nord [qui] ne cesse de s'accroître, et à un rythme de plus en plus rapide ", selon l'Observatoire européen de l'audiovisuel. Bien que le secteur audiovisuel ait connu une croissance de 11,4% en 1996, le déficit pour cette même année atteignait 5,6 milliards de dollars, 18% de plus qu'en 1995 et devrait s'aggraver d'au moins 9% en 1997. Selon Jean-Michel Baer, responsable de la politique audiovisuelle européenne, dans dix ans, l'Europe, avec un marché de 500 millions d'habitants, sera " sans doute le premier marché d'Hollywood " (dans la Tribune du 6 avril). Au-delà des chiffres, ce déficit produit des effets d'asphyxie sur la culture des différents pays européens. Jean-Michel Baer ajoutait: " On peut considérer que les Américains sont en position culturellement dominante." Ces données alarmantes ne le sont pas pour les " dérégulateurs ". Dans un document confidentiel révélé par le Monde du 5 avril, un proche du premier ministre britannique, le travailliste, Tony Blair, affirme: " L'Europe doit quitter ses attitudes furieusement protectionnistes [...] pour adopter un programme plus concurrentiel et trouver un juste équilibre entre besoins commerciaux et culturels ". Le cap ainsi fixé, l'invité vedette des Assises, Rupert Murdoch, magnat australo-américain de la presse, de l'audiovisuel et du cinéma (il est l'un des producteurs du film Titanic), a pu se livrer, selon le Monde du 8 avril, à " une attaque brutale contre les principes mêmes de culture, d'identité et de service public ". Mais le discours guerrier de celui en faveur duquel le chef du gouvernement britannique est intervenu auprès de son homologue italien dans une récente négociation avec Silvio Berlusconi, aura produit l'effet inverse de celui qui était recherché et que le Figaro Economie du 9 avril a ainsi fort bien résumé: " La dérégulation compromise. En réaction contre les positions de Murdoch, la plupart des intervenants se sont prononcés à Birmingham pour un renforcement de la réglementation ". Ce n'est qu'un répit. |
|
1. Après Paris en 1989 et Bruxelles en 1994. 2. Leon Brittan fut, en 1993, le Commissaire européen en charge des négociations du Gatt et farouche opposant à la position de la France sur la question de l'exception culturelle qui excluait de ces négociations les oeuvres audiovisuelles, notamment.
|