Regards Avril 1998 - La Planète

Israël-Palestine
Vers un nouvel apartheid ?

Par Agnes Pawlovski


Entretien avec Azmi Bichara *
Voir aussi Pour que vienne le temps de la paix...

Azmi Bichara, Arabe, Palestinien, citoyen d'Israël, est membre de la Knesset. Il est député de l'Assemblée démocratique nationale, parti arabe qui prône l'égalité en Israël et les droits nationaux dont le slogan est " Israël n'est pas l'Etat des juifs, mais l'Etat de tous ses citoyens ".

 
Vous parlez d'un nouvel apartheid à l'israélienne, que voulez-vous dire ?

 
Azmi Bichara : C'est un processus en cours depuis les accords d'Oslo. Nous ne sommes pas dans une occupation classique. Les Palestiniens et les Israéliens sont séparés, entre les territoires palestiniens et les territoires israéliens, Etat et colonies. Les Israéliens sont libres de circuler, pas les Palestiniens. Pour comprendre ce qu'Israël ébauche, il suffit d'examiner le parcours des routes de contournement construites pour que les colons ne traversent pas les centres d'habitations palestiniens qui n'ont et n'auront pas de continuité territoriale. Nous avons et nous risquons d'avoir des sortes de bantoustans avec une autorité limitée selon les bons auspices israéliens et avec une économie dépendante d'Israël.

 
Pourquoi avez-vous une vision si pessimiste du futur ?

 
A. B.: Parce que les Israéliens en général partagent cette optique. Il n'y a pas de rupture fondamentale entre la politique de Benyamin Natanyahou et celle de Shimon Peres ou de Ehud Barak, le chef actuel du parti travailliste. Le Likoud, qui considère qu'un Etat palestinien existe déjà, la Jordanie, admet néanmoins l'idée d'une entité palestinienne car il ne peut ignorer la réalité des accords d'Oslo. Des différences d'interprétation portent sur la phase intérimaire. La droite reproche aux travaillistes de vouloir rétrocéder trop de terres avant les négociations sur le statut final, alors qu'elles seraient une carte à utiliser au moment des pourparlers. Mais, au bout du compte, les deux partis importants en Israël refusent le retour des réfugiés, une complète souveraineté palestinienne et la restitution de Jérusalem-Est. Ils veulent annexer des territoires occupés en 1967 et maintenir la plupart des colonies. D'un point de vue stratégique, la majorité des Israéliens estiment que des troupes militaires doivent rester le long de la vallée du Jourdain pour la sécurité des frontières israélo-arabes. Sur une même terre, coexistent et coexisteront des colons citoyens israéliens et des autochtones non souverains. L'apartheid de demain se définira par une entité palestinienne assimilée à un Etat sans en être tout à fait un et qu'une armée israélienne encerclera à l'Est et à l'Ouest. Certains Israéliens à gauche sont prêts à délaisser plus de colonies. Mais, en grande majorité, ils sont sur cette ligne consensuelle. En outre, même un gouvernement dirigé par les travaillistes ne mettrait pas forcément en oeuvre la politique du parti. En effet, celui-ci a peu de chance de parvenir au pouvoir sans créer une coalition avec d'autres qui l'infléchiraient à droite.

 
Le gouvernement israélien vit des crises successives. Ont-elles des effets sur le processus de paix ?

 
A. B.: La question palestinienne n'a jamais fait l'objet d'une crise. Elle n'est pas un sujet de dissension au sein de la droite au pouvoir. Mais les crises ont plutôt permis au premier ministre d'adopter un discours plus patriotique lors des rencontres avec des négociateurs palestiniens, amenant l'opinion à le soutenir dans l'union contre l'ennemi. Je souhaite souligner qu'aucune crise gouvernementale n'a mis en danger le premier ministre. Malgré les démissions, même celle de David Lévy, ancien ministre des Affaires étrangères, la coalition est solide. C'est pourquoi je ne m'attends pas à des élections anticipées. D'autant que la nouvelle loi israélienne, en vertu de laquelle le premier ministre est élu directement au suffrage universel, limite les possibilités de le renverser. Il faudrait 61 voix sur 120 au Parlement pour une nouvelle élection, mais en même temps l'assemblée s'auto dissoudrait. Pour révoquer le premier ministre sans dissoudre la Knesset il faudrait 80 voix.

 
Benyamin Natanyahou a relancé sa proposition de négocier dès maintenant le statut final. Quelle que soit la réponse de l'Autorité palestinienne, quels sont ses moyens pour renforcer sa position ?

 
A. B.: L'Autorité palestinienne a des moyens pour obtenir quelques concessions et pour être plus en position de force. Elle a la possibilité de mobiliser l'opinion publique internationale. Elle doit mieux se coordonner avec les pays arabes. Et, surtout, elle doit démocratiser ses institutions, rendre ses prérogatives au conseil législatif et faire la preuve de ses compétences. Je déplore sa mauvaise administration et ses dérives même si je comprends dans quelles circonstances elle se débat. Les Palestiniens doivent parvenir à un consensus pour faire face au consensus israélien que je viens de décrire. Quoi qu'il en soit, je ne pense qu'il soit possible de sortir de l'impasse avec ce gouvrnement israélien. Il est trop inflexible. Pour l'instant, la seule conduite qui me semblerait fructueuse serait d'insister sur l'application des accords d'Oslo.

 
Mais les Israéliens disent attendre encore l'abrogation de certains éléments de la charte palestinienne appelant à la destruction d'Israël.

 
A. B.: C'est un prétexte sur lequel Natanyahou se repose pour ne pas appliquer Oslo et ne pas aller de l'avant dans la phase intérimaire. La charte a été modifiée l'an dernier dans ce sens. La politique palestinienne de toute façon a changé depuis la fin des années 70. La question est celle du statut final.

 


* A été professeur de philosophie durant des années à l'université de Bir Zeit.

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Pour que vienne le temps de la paix...


La saison culturelle 1998 à Bagnolet est placée sous le signe de la paix au Moyen-Orient. Théâtre avec Najib Ghallale, la compagnie Pré-Texte, et Georges Ibrahim et le théâtre El Kasaba de Jérusalem; expositions de photos avec Luc Choquer et Noël Jabour; rencontres littéraires avec Bernard Noël, Ryad Beidas et Mahmoud Darwich; concerts de musique arabe orientale et de musique yiddish apporteront une contribution originale pour soutenir la paix et combattre les extrémismes. On le sait, apprendre à vivre ensemble c'est aussi apprendre à se connaître, aussi Bagnolet accueillera des artistes français, israéliens et palestiniens, ainsi que des universitaires et des journalistes spécialistes de la région qui donneront au cours de plusieurs débats, quelques clés pour mieux comprendre ce drame contemporain.

Renseignements au service municipal de la culture: 01 43 63 51 71.

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