|
Israël-Palestine
Par Françoise Amossé |
|
Voir aussi Les réfugiés et leur droit au retour |
|
La résolution de l'ONU du 29 novembre 1947 recommandait le partage de la Palestine.
Un Etat juif est créé et, le 14 mai 1998, Israël fêtera ses cinquante ans.
Le peuple palestinien, chassé, exilé, encerclé, cherche toujours à recouvrer ses droits, à bâtir l'Etat auquel il aspire légitimement.
La lecture de ces événements a toujours été unilatérale, donnant une vision historique littéralement kidnappée par la version officielle israélienne.
Aujourd'hui, l'application de la décision onusienne est revisitée par les " nouveaux historiens " israéliens dont les travaux discréditent l'interprétation jusque là en vigueur du " départ volontaire " des Palestiniens.
Dominique Vidal, journaliste au Monde diplomatique, spécialiste du Proche-Orient, en rend compte dans un livre à paraître aux éditions de l'Atelier.
Dès 1947, les peuples ne seront plus jamais à l'abri dans cette zone parmi les plus perturbées de ce siècle.
L'avenir de la jeunesse palestinienne est en jeu.
Marina Da Silva, journaliste, a rencontré les enfants des camps du Liban, enfants de l'exil.
La résolution de l'ONU a été également l'aboutissement d'un projet politique mûri dès la fin du XIXe siècle parmi les sionistes de l'époque.
Alors que Benyamin Netanyahou s'attache à bloquer l'accord d'Oslo, des voix israéliennes protestent.
Azmi Bichara, Palestinien, citoyen d'Israël, député à la Knesset, craint un nouvel apartheid.
|
|
Avec le Péché originel d'Israël.
L'expulsion des Palestiniens revisitée par les " nouveaux historiens " israéliens (1), Dominique Vidal, du Monde diplomatique, donne à lire une autre interprétation des événements de 1947-1949, que confirme, en postface, Joseph Algazy, journaliste au quotidien israélien Haaretz.
|
|
Voici manifestement un livre né d'un silence éditorial obstiné en France.
Les travaux des " nouveaux historiens " israéliens, dont vous faites la synthèse, n'ont jamais été traduits dans notre langue...
Dominique Vidal: ... Et c'est incroyable, vu leur importance. Car c'est bel et bien une révolution dans la connaissance d'une période qui fonde aujourd'hui encore la réalité du Proche-Orient. Entre le 29 novembre 1947, date de l'adoption du plan de partge de la Palestine par l'ONU et le 20 juillet 1949, date du dernier armistice, la majorité des Palestiniens doit quitter le pays. De ce phénomène, longtemps occulté, il y avait jusque-là deux versions. Pour les Palestiniens, il s'agissait d'une expulsion dont les forces juives avaient été les instigatrices. En revanche, les Israéliens - à l'exception des communistes et de certains sionistes de gauche - présentaient l'exode comme volontaire et encouragé par les dirigeants arabes. Une véritable bataille de propagande opposera, des décennies durant, les tenants de l'une et l'autre thèses. Mais les archives de 1948 commencent à s'ouvrir en 1978, en Israël, aux USA et en Grande-Bretagne. Et puis le contexte évolue, avec la guerre du Liban et l'éclatement de l'Intifada. Disparue en 1949, la Palestine resurgit et devient une question politique majeure. Souvent engagés dans le dialogue avec les Palestiniens, les " nouveaux historiens " israéliens découvrent soudain que la thèse palestinienne a de véritables fondements historiques, qu'ils retrouvent dans les archives israéliennes. Le premier, Simha Flapan, publie la Naissance d'Israël, mythes et réalités (2). Mais le tournant, c'est en la Naissance du problème des réfugiés palestiniens, 1947-1949 (3). Suit Avi Shlaïm avec sa Collusion au-dessus du Jourdain. Le roi Abdallah, le mouvement sioniste et le partage de la Palestine (4). Benny Morris approfondit sa réflexion dans 1948 et après. Israël et les Palestiniens (5). Enfin Ilan Pappé présente la Création du conflit israélo-arabe, 1947-1951 (6). Autant de livres auxquels les publics israélien et anglophone ont eu accès, mais pas le lecteur français !
|
|
On s'aperçoit, au fil de votre livre, que ces travaux alimentent un débat majeur et récurrent: celui de la nature de l'Etat d'Israël.
Revenir à la source historique pose à nouveau la question: Etat juif ou Etat laïque et démocratique ?
|
|
D.
V.: A partir du moment où l'on approche de la vérité sur les conditions du départ forcé de milliers de Palestiniens, de la naissance de l'Etat juif, mais pas de l'Etat arabe, le débat fondamental est rouvert.
Israël doit-il n'être qu'un Etat juif destiné à accueillir les juifs du monde entier - cinquante ans plus tard, nous savons qu'un tiers seulement des juifs vivent en Israël ? Ou bien doit-il être l'Etat de tous ses citoyens ? Comme Joseph Algazy le montre dans la postface, cette réflexion historique est donc complètement en prise avec la fin de l'ère du sionisme mythique, et l'entrée dans une ère dite " post-sioniste " où toutes les questions se posent: celle, je l'ai dit, de la nature de l'Etat d'Israël, mais aussi celle de ses relations avec l'indispensable Etat palestinien, clef de son insertion dans son environnement proche-oriental.
Le chantier ouvert est passionnant.
Bref, la pierre que posent les " nouveaux historiens " n'est pas une pierre de plus, mais une pierre fondatrice: la vérité, qu'ils cernent de plus près, sur la naissance de l'Etat d'Israël et du problème des réfugiés palestiniens.
|
|
D'où la démolition de certains mythes ?
|
|
D.
V.: Le premier mythe contesté par les " nouveaux historiens " est celui de David et Goliath.
En 1948, Israël aurait été un petit Etat, sous-armé, attaqué à peine né par les troupes du monde arabe coalisé pour le tuer dans l'oeuf.
Flapan, Shlaïm et Pappé montrent qu'il n'en est rien.
Du point de vue strictement militaire d'abord: à la seule exception, peut-être, de la période qui va du 15 mai au 11 juin 1948, la supériorité des forces juives, est indiscutable, chiffres en main.
Mais il y a plus: l'accord intervenu entre le roi Abdallah de Jordanie et l'Agence juive, représentée par Golda Meir, le 17 novembre 1947, soit douze jours avant l'adoption de la résolution de l'ONU ! Abdallah s'emparerait du territoire envisagé pour l'Etat arabe de Palestine, en échange de quoi il ne toucherait pas à celui prévu pour l'Etat juif.
Pour Israël, c'est une garantie stratégique: la fameuse Légion arabe de Jordanie, la force arabe la plus conséquente, ne l'attaquerait pas.
Cet engagement sera répété formellement, en février 1948, par le Premier ministre jordanien devant le ministre britannique des Affaires étrangères, Ernest Bevin.
Et, de fait, même si elle a fini par participer aux opérations militaires, la Légion a tenu ses engagements.
Et le partage israélo-jordanien s'est finalement substitué à celui de l'ONU.
A ceci près qu'Israël avait augmenté d'un tiers sa superficie, et surtout que 700 000 à 800 000 Palestiniens avaient dû quitter le pays.
|
|
Et là, c'est la théorie de l'expulsion qui prévaut, a contrario de celle du départ " volontaire ".
|
|
D.
V.: Depuis le début des années soixante, la BBC ayant enregistré toutes les émissions arabes, on sait qu'il n'y a jamais eu le moindre appel radiophonique au départ.
Mais les nouveaux historiens confirment, de surcroît, qu'il n'y a pas eu non plus d'appel écrit, sauf très localement.
Il est vrai que, dans les premiers mois, quelque soixante à soixante-dix mille Palestiniens, le plus souvent aisés, s'en vont sans y être forcés.
Mais ensuite ? L'éviction proprement dite commence avec le plan Dalet, fin mars 1948.
Elle s'accélère avec les massacres, en premier lieu celui de Deir Yassine (9 avril 1948).
Au contraire de ses collègues, Benny Morris nie qu'il y ait eu un plan global d'expulsion.
En même temps, il multiplie les " indices " attestant l'existence d'une politique d'expulsion.
Laquelle sera indiscutable à partir de juillet: Lydda, Ramleh, la Galilée, le Sud sont littéralement vidés de leur population arabe.
A vrai dire, l'opération ne nécessitait pas une directive globale et officielle.
L'appareil politique et militaire était convaincu de la nécessité de créer un Etat juif aussi vaste que possible et peuplé du moins possible d'Arabes.
Aux yeux de presque tous, le génocide nazi justifiait que l'on soit implacable avec quiconque risquait de mettre en danger le projet sioniste.
|
|
Né à la fin du XIXe siècle, ce projet envisageait un " transfert " de populations.
Cela n'éclaire-t-il pas les événements en 1948, et depuis ?
|
|
D.
V.: C'est un des grands apports de Benny Morris.
Il prouve que les textes officiels sionistes ont été systématiquement " édulcorés " pour gommer toute allusion à un transfert.
L'historien a notamment étudié une importante réunion de 1937.
A l'époque, suite au déclenchement de la grande révolte palestinienne, la Commission britannique Peel propose un premier partage de la Palestine accompagné d'un transfert de populations.
Les dirigeants sionistes, Ben Gourion en tête, saisissent la balle au bond.
Si bien qu'en 1947, c'est un appareil largement favorable à l'idée de transfert qui se trouve confronté à la guerre, civile, puis militaire, avec les Arabes.
Et il met naturellement en oeuvre le projet longtemps débattu.
D'où, non seulement l'expulsion des Palestiniens, mais aussi les mesures prises, avec le Comité du transfert, pour s'approprier " légalement " leurs villes, villages et terres afin d'y accueillir les nouveaux immigrants juifs.
Et tout est fait pour que les réfugiés palestiniens ne puissent jamais revenir.
|
|
Autre idée battue en brèche, celle des intentions belliqueuses des Palestiniens et des Arabes au lendemain de ce premier conflit.
A la conférence de Lausanne en 1949, ils étaient prêts à envisager un accord de paix avec Israël.
|
| D. V.: Pour beaucoup de lecteurs, Lausanne sera une révélation. Organisée sous l'égide de l'ONU - sur la base du plan de partage de 1947 et du droit au retour (ou à une compensation) des Palestiniens affirmé par l'Assemblée générale de l'ONU le 11 décembre 1948 -, cette conférence réunit les représentants d'Israël et de ses voisins arabes. Les Israéliens ne viennent que pour complaire aux Américains et aux Européens, afin de pouvoir devenir membres des Nations unies. Ce qui les amène à signer, le 12 mai 1949, un protocole comportant à la fois la reconnaissance par les Etats arabes de l'Etat d'Israël et le principe du droit au retour des réfugiés. Mais ils n'auront ensuite de cesse de l'enterrer. Particulièrement éclairants sont les écrits des délégués israéliens: ils reflètent, souvent crûment, leur absence totale de disponibilité aux ouvertures arabes. La meilleure preuve, c'est la manière dont sera traitée la proposition, pourtant étonnante, du président syrien Husni Zaïm: une offre de paix globale, doublée de l'accueil en Syrie de 300 000 réfugiés, à condition qu'Israël négocie avec la Syrie des frontières honorables et l'aide à obtenir l'assistance de l'Occident. La proposition est balayée d'un revers de main. Lorsque Tel Aviv s'aperçoit qu'elle mérite quelque intérêt, il est trop tard: le colonel Zaïm a été éliminé par un coup d'Etat. Peut-être les conditions n'étaient- elles pas mûres pour un règlement global. Quel gâchis, en tout cas: il faudra plus de quatre décennies de guerres, de terrorisme et de drames humains pour que les uns et les autres se retrouvent enfin autour du tapis vert, à Madrid puis à Oslo... |
|
1. Editions de l'Atelier, 208 pages, 98 F. 2. Croom Helm, Londres et Sidney, 1987. 3. Cambridge University Press, 1987. 4. Clarendon Press, Oxford, 1988. 5. Clarendon Press. 6. I.B.Tauris, Londres et New York, 1992.
|
|
Les réfugiés et leur droit au retour
|
|
Plus de trois millions et demi de Palestiniens sont dispersés de par le monde.
La question des réfugiés a, depuis cinquante ans, des répercussions politiques dans tous les pays d'accueil, en particulier les pays frontaliers de la Palestine historique, et ne peut être traitée que par un règlement politique global fondé sur la reconnaissance du droit au retour et à l'autodétermination.
Les terres des Palestiniens ont été récupérées par les Israéliens durant leur exil forcé, à la faveur d'une loi, votée tout spécialement, dite des " propriétaires-absents ".
L'appropriation de la terre étant un des fondements de la politique israélienne, le gouvernement israélien ne veut pas entendre parler du droit au retour.
Les accords de paix ne font référence aux réfugiés qu'au stade final des négociations (multilatérales).
Ils les divisent entre ceux de 1967 qui auraient un minimum de droits et ceux de 1948 qui n'en auraient aucun.
Il n'y a aucun engagement à appliquer la résolution 194 des Nations unies qui stipule le droit au retour pour tous, ou des compensations pour ceux qui le demanderaient.
Au Liban, les Palestiniens vivent dans des conditions particulièrement difficiles.
Des négociations avaient commencé entre l'OLP et le gouvernement libanais, en 1991, pour améliorer le statut des réfugiés mais ces négociations ont été rompues et mises en équation avec ce qui serait obtenu aux multilatérales.n M.
D.
S.
|