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1968
Par Aime Halbeher * |
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Chez Renault, le mouvement de grève a démarré le 16 mai au matin à Cléon, puis à la succursale du Mans.
A Billancourt, informés par les radios de ce qui se passe, on appelle à un meeting dans l'Ile Seguin, nous nous retrouvons un millier sur 35 000 travailleurs de l'entreprise.
On occupe l'Ile Seguin à un millier.
On occupe pour la nuit mais on ne décide pas à la place des gars, on occupe pour éviter le lock-out patronal.
Dans la nuit, plusieurs centaines de salariés nous ont rejoints après avoir mesuré l'évolution du mouvement à la radio.
Le 17 au matin, à 6 h, on ouvre les portes aux équipes qui prennent le travail et on se donne rendez-vous pour un meeting dans l'Ile Seguin, à 10 h.
Il y a beaucoup de monde.
La CGT est très majoritaire dans l'usine, mais on a tout de suite cherché l'union.
Dans la nuit, on a joint FO et la CFDT et on a appelé ensemble à la grève.
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Une grève massivement votée chaque matin
On n'a pas appelé à la grève générale illimitée mais à la grève reconductible avec occupation, avec vote des assemblées générales chaque matin. C'était une démarche nouvelle. On a décidé, le vendredi, d'occuper le week-end pour donner le temps à la direction d'ouvrir les négociations sans perturber gravement la production. On a créé des comités de grève par départements et par ateliers, chacun devant établir son cahier de revendications. La direction ne donne pas signe de vie. Le lundi, nouveau grand meeting, les trois organisations syndicales proposent de poursuivre la grève reconductible, elle est votée massivement chaque matin.
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Jours chauds pour la première rencontre ouvriers-étudiants
La première nuit, les radios avaient répercuté le mot d'ordre des étudiants à se rendre dans les usines pour fraterniser avec les travailleurs. Nous avons appelé les étudiants à ne pas venir. Nous ne voulions donner aucun prétexte à une intervention policière. Ces étudiants n'ont pas compris que nous leur refusions l'entrée. C'était la première rencontre ouvriers-étudiants. Je suis certain que, si nous avions laissé rentrer les étudiants, les ouvriers le lendemain ne seraient pas rentrés occuper l'usine avec nous. Dans ces jours chauds de mai, nous sommes souvent allés en délégation à Nanterre. J'ai même invité Sauvageot à débattre place Nationale sur les thèmes de " pouvoir ouvrier " et " pouvoir étudiant ". Ils ont refusé ce débat, mais ils en ont organisé un où je me suis rendu, en pleine nuit, il y avait un monde fou. Sauvageot n'était pas présent. J'ai expliqué les droits que nous avions déjà chez Renault et que leurs mots d'ordre de cogestion n'apportaient pas grand chose de plus que nous ne connaissions déjà et que tout ça n'était pas très révolutionnaire. On a eu des débats comme ça tout le long de la grève. A. H. |
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* En mai 68, Aimé Halbeher a 32 ans, il est le secrétaire du syndicat CGT de Renault Billancourt et membre du bureau de la fédération de la métallurgie CGT. |