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De bric et de broc(s) Par Raymonde Temkine |
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Qui sont-ils ? Des gens - que font-ils ? Ils vivent.- Mais encore ? De la façon la plus banale, avec les gestes de tous les jours; et quelques autres quand même car nous sommes au théâtre, très précisément au Théâtre Trianon situé, nonobstant son nom distingué, dans un des quartiers les plus populaires de Paris, Barbès.
Et nous assistons à la Transhumance des riens, spectacle étonnant du Théâtre de la Mezzanine.
Ils sont neuf, plus un (de celui-ci nous reparlerons), que leur directeur-metteur en scène-scénographe Denis Chabroullet fait évoluer - en sus quelques mannequins - sur un très vaste double plateau tournant de bois, sorte de tambourin ajouré (de la lumière en filtre parfois) d'où saillent de longs bâtons sur lesquels s'arc-boutent les hommes qui les propulsent. Pas toujours; la mécanique prend le relais. Sur le plateau qui ne cessera guère de tourner plus ou moins vite, au centre un petit édicule, baraque " petits besoins ", flanqué d'un poteau électrique fourni en câbles. Y est arrimé un réservoir d'où sort, perpendiculaire, un long tuyau alimentant quatre pommes de douche. A diverses reprises, un homme grimpe sur le toit, d'en bas on lui passe des brocs, il déverse l'eau dans le tuyau, et ils sont quatre à s'aligner sous la douche, nus ou vêtus. Nous sommes - c'est le plus probable - sur un terrain de camping mais peut-être faut-il, pour évacuer l'idée de vacances, dire plutôt un lieu de survie. Autres indices: une caravane des plus frustes, munie certes d'une porte, mais largement béante; et hommes et femmes y plongent, tête la première. Et puis, quelques basiques, brocs, bassines, bouteilles butane. Notons, en équilibre, un landau d'où sortent des pleurs de bébé. On n'entendra rien d'autre de tout ce spectacle, sans paroles mais pas muet: actions et images nous parlent. L'oreille requise par une trame sonore plus insinuante qu'affirmée, sauf dans le déchaînement final, ce qu'on nous donne à voir ce sont des gens dont aucun n'est un personnage, femmes et hommes interchangeables qui ne nouent pas de vrais rapports, chacun vit pour soi. Ils peuvent seulement se gêner un peu, sans que cela entraîne mouvement d'humeur ou conflit. Ils sont des " riens ", c'est-à-dire, dit Chabroullet, " des personnages [moi je dirais: des êtres] déglingués, abîmés, à bout de souffle ". De l'intérêt pour rien, que superficiellement pour des riens, si ce n'est... Ici intervient le dixième, le coureur cycliste qui, tout au long du spectacle, sur son vélo fixé au plateau, pédale, pédale, suscitant l'intérêt de tous, ce peut même aller jusqu'à une sorte d'enthousiasme. Ce coureur ne fait pas partie de la troupe. Un bénévole différent chaque soir, amateur ou professionnel, vient s'adjoindre à elle. Les candidats ne manquent pas. Denis Chabroullet situe l'action en 2020. Les Riens " traumatisés par les histoires à peine vraisemblables de leurs ancêtres ", rongés par le mal-être, ont perdu toute vitalité. Quand même, le grand rêve nostalgique du tour de France leur reste. De là ne pas imaginer un spectacle déprimant; c'est tout le contraire. La Transhumance des riens est le délectable spectacle surréaliste de petits-neveux de Kantor, parenté qui n'est pas pour entraver leur invention, mais la stimuler. Cet immense cheval d'une dérisoire Apocalypse qui sort de l'ombre, manipulé par les Riens, et y retourne pour réapparaître à la fin. Ce soldat de la guerre de 14 avec son fusil baïonnette. La frénésie enfin qui s'empare de tous et, sur le sacrilège, le Christ arraché de sa croix et jeté à l'auto-tamponneuse-poubelle alors que tous entrent en danse dans un beau charivari. La trilogie Nom d'un chien (1990-1995) sans paroles également mais tissant une histoire, put, tel en fut le succès, enchaîner tournée sur tournée. Peut-on en prédire autant à la Transhumance des riens ? Cela s'annonce bien. Après les 22 représentations au théâtre Trianon, d'autres sont déjà annoncées jusqu'en mai.
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| Au Théâtre Trianon, jusqu'au 7 mars En Ile-de-France: 13-14 mars, Avon; 24 mars, Le Perreux-sur-Marne; 27 mars, Brétigny-sur-Orge; 4 et 5 mai, Combes-la-Ville. En région: 17 mars, Voiron (38); 20 mars, St-Priest (69); 3 avril, Talence (33); 7 avril, Boulazac (24). Le théâtre de la Mezzanine, 3, rue des Arcades, 77176 Savigny-le-Temple. Tél.: 01 60 63 01 72. |
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1. 25, rue du Charolais, 75012 Paris 2. Cette faction émane d'une scission qui a eu lieu en décembre 1994.A cette date, une partie du FRUD et les autorités djiboutiennes ont entériné, après trois ans de guerre civile, un " protocole d'accord et de réconciliation nationale ".Cette branche du FRUD, devenu parti légal, constitue actuellement le parti associé au Rassemblement populaire pour le progrès (RPP), parti du président.Ces deux partis forment la coalition au pouvoir aujourd'hui.
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