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Emploi
Par Paul Boccara |
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Voir aussi Initiatives en Languedoc Roussillon |
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Un Français sur cinq choisit, en premier lieu, parmi les mesures proposées pour réduire le chômage, " des allégements généraux de charges sociales des employeurs ".
Cela n'aura pas d'effet sur l'emploi, répondent deux économistes, Paul Boccara et Liêm Huang Ngoc.
Explications.
Cette réponse correspond surtout au battage de la pensée dominante et des principaux médias. Les mêmes sondages donnent 14% pour les " aides en matière de formation " et 14% pour " des aides spécifiques aux entreprises pour embaucher ". On pourrait aussi bien dire que la grande majorité ne choisit pas la baisse générale des charges sociales. Il y a, dans une large mesure, une contradiction entre l'option en faveur de la baisse des charges sociales et l'opinion fortement majoritaire des sondés selon laquelle la réduction du temps de travail ne doit pas être accompagnée d'une diminution de salaire afin de contribuer à l'emploi. Ce que l'expérience a prouvé, c'est, tout d'abord, qu'un allégement des charges sociales pour certaines catégories de salariés, en diminuant le " coût salarial " ou le " coût du travail ", fait pression en faveur d'une baisse générale des coûts salariaux et donc des salaires eux-mêmes. Ensuite, même la baisse générale des coûts salariaux patronaux, comme avec des aides aux employeurs pour les cotisations, en relevant encore les profits disponibles - dont la part relativement aux salaires s'est beaucoup relevée dans la valeur ajoutée - ne conduit pas du tout à augmenter l'investissement, la production et l'emploi, mais favorise encore les placements financiers. Ce type de baisse de charges est non seulement inefficace mais pervers. Il relance des cercles vicieux développant le chômage, comme l'a montré l'expérience des vingt dernières années. D'abord, dans la mesure où il s'agit d'abaissements de charges sociales ciblées sur certaines catégories, par exemple les emplois de certains jeunes, cela a pu entraîner des substitutions à d'autres emplois, des effets d'aubaine, des cadeaux, sans création supérieure à ce qui aurait été fait de toute façon, avec en outre une précarité de ces effets eux-mêmes.
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La baisse des charges sociales et la baisse des charges salariales en général sont inefficaces du point de vue de la création d'emplois et de la réduction du chômage
La baisse des cotisations sociales étant même utilisée en faveur de ceux qui prétendent faire moins de licenciements que prévu, a pu aboutir, globalement, à des licenciements nets comme avec la loi Robien. Cependant la première loi des 35 heures prévoit non seulement de très fortes aides à la baisse des charges sociales, mais encore leur utilisation en cas de licenciements réduits. Enfin, les exonérations générales de charges sociales sur les bas salaires (plus de 40 milliards dans le Budget de l'Etat en 1998), en encourageant les bas salaires, renforcent l'attraction vers le bas de tous les salaires et ses effets dépressifs. La baisse des charges salariales tend à: 1.déprimer la demande de consommation, donc les débouchés pour la production et l'emploi, alors que les nouvelles technologies économisent déjà fortement les moyens matériels et le travail vivant.2.freiner le relèvement des qualifications, donc les conditions d'une production et d'un emploi efficaces 3.réduire les dépôts en comptes-chèques des salariés dans les banques ne demandant pas de rémunération, en relevant le coût de la ressource bancaire et les taux d'intérêt Tout cela tend à limiter la production et à réduire encore l'emploi. On dit: " il faut abaisser les charges des entreprises ", en sous-entendant les charges salariales. Mais pourquoi pas les charges financières ? Toute la crise systémique peut être vue sous l'angle de l'opposition entre le gonflement des marchés financiers et le recul des crédits à l'économie réelle. Pourtant, même quand on parle d'orienter autrement l'argent, on pense en général aux profits ou au Budget, alors que les crédits constituent des sommes beaucoup plus considérables, bien plus élastiques et pouvant orienter l'ensemble. Mais les taux d'intérêt réels restent beaucoup trop élevés, car sensiblement supérieurs à la croissance réelle et donc aux capacités de paiement sans amputation des salaires ou des profits.
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La baisse des charges financières des entreprises favoriserait une tout autre logique qui serait, elle, efficace pour l'emploi.
Il est possible d'abaisser très fortement les taux d'intérêt des crédits pour les investissements de développement des entreprises, et cela d'autant plus que ces investissements programment plus de création d'emplois. Une logique de baisse des charges financières favoriserait la baisse des exigences de rendement financier. Elle peut aller de pair avec une sélectivité des crédits contre les placements financiers et aussi une fiscalité accrue contre les revenus financiers. A l'opposé de la compétitivité par la baisse des coûts salariaux, elle favorise une compétitivité par le développement de la formation et des capacités humaines. Les PME souffrent tout particulièrement de taux d'intérêt plus élevés encore que ceux des grandes entreprises. Cette forte baisse des taux d'intérêt peut être opérée par: - des bonifications d'intérêt, à partir de Fonds publics prenant en charge une partie des intérêts, à l'opposé des fonds publics gâchés pour compenser les baisses de cotisations sociales; - une expansion de la création monétaire, pour la croissance efficace, avec des soutiens de crédits à bas taux des banques par des " refinancements " de la Banque centrale, à l'opposé des restrictions des critères de Maastricht. Enfin, sans attendre des décisions nationales ou européennes possibles, on a proposé d'organiser, au niveau régional, des rencontres entre dirigeants des banques et institutions financières, dirigeants d'entreprises, responsables syndicaux, d'associations de chômeurs, élus régionaux ou locaux. Ces rencontres visent à discuter de coopérations nouvelles et d'incitations (notamment par des fonds publics régionaux) afin d'abaisser les taux d'intérêt du crédit, de façon sélective, pour les investissements, dans la mesure où ces investissements sont associés à des créations d'emplois et afin de mettre bien davantage les ressources régionales des banques au service de la production et de l'emploi régional.. |
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Initiatives en Languedoc Roussillon
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Une conférence régionale sur le financement de l'emploi, question clé pour le Languedoc-Roussillon qui souffre particulièrement du chômage, a été organisée à Nîmes, le 26 février 1998, à l'initiative notamment des candidats communistes aux élections régionales.
Elle a associé salariés des entreprises, dirigeants et cadres de banques, d'assurances et d'institutions financières, responsables de PME, élus régionaux.
La conférence a proposé d'affecter des fonds publics régionaux à la prise en charge d'une part des taux d'intérêt des crédits pour les investissements, à condition qu'ils s'accompagnent de créations d'emploi effectives.
Les taux d'intérêt seraient d'autant plus abaissés qu'il y aurait plus d'emplois.
Ces conditions nouvelles de financement seraient utilisées pour appuyer toutes les propositions concrètes de maintien et de création d'emplois, dont celles des travailleurs dans les entreprises, qu'il s'agit de favoriser.
Un appel à l'intervention citoyenne.
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