Regards Mars 1998 - L'Evénement

Emploi
Les charges ne sont pas là où on les attend / L'opinion évolue

Par Véronique Sandoval


L'analyse des enquêtes du CREDOC par les chercheurs du Cevipof (1) montre que l'opinion des Français sur les causes du chômage et sur les moyens d'y remédier évolue. La modernisation et le progrès occupent encore la première place parmi les causes du chômage énoncées spontanément et, pour 20% des Français, le développement des technologies économisant la main-d'oeuvre est l'un des principaux freins à l'embauche. Pour eux, il faut donc mieux partager le volume de travail nécessaire et les aménagements du temps de travail remportent un succès croissant parmi les premières mesures les plus efficaces pour réduire le chômage (passant de 8 à 20% en 3 ans). C'est pourquoi la proportion de ceux pour qui la réduction de la durée du travail est un moyen de développer l'emploi s'accroît de 20 points entre 1993 et 1996. Pourtant, pour 2 Français sur 3, une réduction de la durée du travail accompagnée d'une baisse des salaires ne serait pas efficace pour résoudre le problème du chômage. Parmi les causes du chômage, l'arrivée des étrangers n'est plus citée que par 2% des sondés (6% en 1985). L'insuffisance ou l'inadaptation de la formation est, elle aussi, en net recul. Si les embauches sont insuffisantes, ce n'est plus " parce que les patrons éprouvent des difficultés pour trouver du personnel compétent ". Pour un sondé sur quatre, contre un sur six en 1990, si les entreprises déclarent rencontrer des difficultés pour recruter le personnel dont elles ont besoin pour occuper des emplois qualifiés c'est " parce qu'elles sont trop exigeantes ".

La responsabilité des patrons dans le développement du chômage est, en revanche, de plus en plus souvent spontanément mise en avant. Il étaient 5% à le faire entre 1989 et 1993, ils sont de plus en plus nombreux après, dont 12% en 1996. Pour une majorité des sondés (55% contre 44%), quand les entreprises licencient, c'est, le plus souvent, non " parce qu'elles ne peuvent pas faire autrement sans mettre leur existence en danger ", mais " parce qu'elles refusent de faire des sacrifices financiers alors qu'elles pourraient garder leurs salariés ". Et l'idée que " les entreprises doivent se donner les moyens de garder leurs salariés " se développe au détriment de l'opinion selon laquelle, " en cas de licenciement, il faut que les salariés tentent de préserver l'emploi " (y compris en acceptant une baisse de leur pouvoir d'achat). Il n'est donc pas étonnant que la première mesure la plus efficace pour réduire le chômage ne soit plus, aux yeux des Français, " des aides spécifiques aux entreprises pour embaucher ", qui recueillaient 32% des suffrages il y a trois ans encore, mais seulement 14% aujourd'hui.

En revanche, l'allègement des charges sociales reste proposé comme la mesure la plus efficace pour réduire le chômage par un sondé sur cinq. Sans doute faut-il y voir le résultat du martèlement idéologique sur le thème des cotisations sociales trop élevées qui constitueraient un frein à l'embauche. Mais il ne faut pas éliminer le rôle de la " mondialisation " et de la concurrence internationale qui, si elle n'est pas évoquée spontanément parmi les causes du chômage, pèse sur les solutions envisagées pour le réduire, à savoir la réduction des coûts par cet allègement des charges sociales et un certain protectionnisme, en " favorisant la production nationale et en limitant les importations ", qui regroupe 28% des réponses.n V. S.

 


1. Depuis 1984, le Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) publie une enquête annuelle sur les conditions de vie et les aspirations des Français, dont une partie porte sur le chômage, son indemnisation et les politiques de l'emploi.Ces résultats ont été analysés par les chercheurs du Cevipof (Centre d'études sur la vie politique française.Fondation nationale des sciences politiques).

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