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De l'argent Roi à l'argent Dieu Par Henri Malberg |
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Les élections régionales, et cantonales, se politisent au fur et à mesure qu'approche l'échéance.
A droite, comme à gauche, les électeurs ont beaucoup de raisons de ne pas laisser passer cette occasion de prendre la parole.
L'abstention, c'est laisser réussir la force adverse.
Or, les enjeux sont très élevés.
D'abord, le fait régional.
Considérable.
Il s'agit de la direction des vingt-deux régions françaises avec leur rôle croissant en matière d'aménagement, de formation et d'emploi.
Les régions peuvent être un lieu d'où rayonne et se construit un des fronts du changement.
Elles peuvent être l'inverse.
Et puis, il y a le signal politique.
Il y a un an, la droite a été chassée du pouvoir.
Il ne faut surtout pas lui laisser l'occasion de dire que l'exigence de changement reflue en sa faveur.
Il serait alors plus difficile de faire avancer les réformes nécessaires.
Et puis, il faut nettement s'opposer au Front national vers qui une partie de la droite lorgne dangereusement.
Autre signal d'importance pour les élections aux conseils généraux, un renforcement du vote communiste donnera de la force au pôle de réussite à gauche.
Tout concourt ainsi à faire de l'élection régionale un moment politique important.
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Et l'AMI ?
Le bruit de fond des événements est propice à relancer le débat d'idées. L'Accord multinational sur l'investissement (AMI) (1), c'était la grande affaire qui devait mettre un point d'orgue au triomphe universel de la mondialisation capitaliste. Plus de barrière pour la circulation des capitaux, plus aucune limite. Aucun intérêt " particulier " - droit des peuples et des nations, droits sociaux, droit à la culture nationale, secteurs publics - ne pourrait être opposé au droit suprême des marchés financiers. Le capital roi, le capital dieu. Il semble que l'affaire ait du plomb dans l'aile. Il faut tout faire pour que ce soit définitif. Mais tout ne fait que commencer. Certes, parce que les partisans de l'AMI vont laisser passer l'orage et tenter de repartir. Mais, surtout, parce que l'excès même de toute cette affaire doit donner l'occasion aux forces progressistes d'ouvrir en grand le dossier des marchés financiers. Le début d'une contre-offensive politique. Par exemple ceci: la globalisation, la mondialisation, la fatalité, tout le cinéma selon lequel " on ne peut rien ", c'étaient des menteries. Quand les gouvernements veulent, ils peuvent dire non. Et s'ils disent oui, ce n'est pas par impuissance, mais parce que soit ils sont partisans de l'ultra-libéralisme, soit leur volonté est engourdie par la pensée unique. Mais le plus important, peut-être, c'est la montée, parmi les peuples du monde entier et même parmi les gouvernants et experts, d'un doute. La puissance et la nuisance des marchés financiers commencent à faire peur. Les critères financiers, les multinationales superstars commencent à être contestés comme porteurs d'efficacité, de modernité, de réussite.
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Problèmes de priorité
Pour preuve de ce début de renversement de tendance, cette chose inouïe d'un professeur éminent de la London Business School, récompensé par la Fondation Mc Kinsey pour une étude mettant en cause " l'excessive priorité accordée à la valorisation financière pour l'actionnaire contre la valorisation du capital humain ". Une petite musique monte: et pourquoi le critère financier serait dominant quand on juge de l'efficacité d'une entreprise et pourquoi ce ne serait pas l'apport à la société, l'intérêt de ceux qui y travaillent, la qualité des produits, leur utilité sociale. Dans ce numéro, Paul Boccara et Liêm Huang Ngoc (2) donnent un éclairage à la question des salaires, du chômage et du temps de travail. Pourquoi diminuer les charges sociales dans les entreprises puisque ces charges sont du salaire différé et produisent du progrès social: santé, retraites, aide aux familles. Pourquoi ne pas diminuer les charges financières qui sont du capital parasitaire ? (3) Car derrière l'abstraction des marchés financiers, il y a concrètement...des financiers. C'est-à-dire des personnes en chair et en os. On sait par exemple que dans l'échelle des fortunes privées mondiales, le club des milliardaires compte 450 membres. Leur fortune est égale au Produit national brut de tous les pays pauvres - 56% des habitants de la planète.
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L'affairisme sur la sellette
L'autre enseignement de ce qui vient de se passer avec l'AMI, c'est le poids croissant des opinions publiques. Trois ans de travail, d'expertises, des spécialistes des 29 pays les plus riches du monde et leurs constructions, probablement parfaites d'un point de vue technique, volent en éclats dès que l'affaire devient publique. Confirmation que beaucoup des tares de la société actuelle ne sont possibles que parce que les constructions idéologiques et la fatalité prédominent. Pour l'instant. Aucune illusion qu'il suffirait d'une " bonne propagande " pour régler ce qui ne va pas. Pourtant, un réveil contre la communauté des affairistes semble bien en marche. La démocratie nous tue, s'était écrié un député, ami de Thiers, dans l'assemblée des Versaillais, ceux qui ont écrasé la Commune. La transparence nous a tués, pourraient ajouter les auteurs du projet d'AMI. Aucun pouvoir, et pas même les capitalistes, ne peuvent mener le bal contre un mouvement majoritaire d'idées et d'interventions populaires. Cela ouvre des perspectives aux peuples. Le contexte des idées devient plus favorable à des réformes qui commencent à mettre au coeur du fonctionnement de la société l'être humain, l'intérêt général. Les réformes dont le Parti communiste français dit qu'elles sont urgentes pour faire avancer la politique de gauche sont toutes d'une façon ou d'une autre liées au fait qu'une politique de progrès social et de développement économique n'est possible qu'en allant chercher l'argent dans l'énorme gâchis que représentent les placements financiers. Et en l'orientant différemment. C'est vrai du point de vue des entreprises et c'est vrai du point de vue des fortunes privées. Après le choc de la mise en cause de la pensée unique, on dirait bien que la mise en cause des critères financiers a commencé.n H. M. |
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1. Voir le face à face p.24 de ce numéro.2.Voir l'Evénement p.6.3.Voir le graphique sur les charges.financières des entreprises, p.6. |