Regards Mars 1998 - La Cité

Agriculture
Une vitrine en guise de salon

Par Gérard Le Puill


Voir aussi A voir au Salon

Du 1er au 8 mars, l'agriculture hexagonale aura tenu son Salon international annuel, remportant, une fois de plus, un franc succès, tant du côté des paysans que des citadins. De la reine des vaches laitières au taureau reproducteur le plus lourd, du concours des meilleurs fromages à celui des vins d'appellation en passant par les techniques de production les plus pointues, le Salon fonctionne comme une vitrine où la France agricole présente ses plus beaux atours. Mais il ne doit pas être regardé comme la photographie exacte de ce qu'est aujourd'hui la France paysanne, encore moins le reflet fidèle de l'évolution du niveau de vie des agriculteurs. Depuis 1973, la production agricole française a augmenté de 40% en volume tandis que le nombre d'actifs agricoles a été divisé par deux, la productivité du travail augmentant de 5% par an en moyenne.2, 4 millions de personnes (actifs agricoles et leurs familles) vivaient en 1995 sur 700 000 exploitations. Tout en produisant plus, l'agriculture libère chaque année une moyenne de 65 000 hectares pour l'urbanisation et 20 000hectares pour la forêt. Entre 1955 et 1995, la surface moyenne de chaque exploitation est passée de 14 à 39 hectares. L'agriculture française et les industries de transformations dégagent chaque année un excédent commercial de l'ordre de 50milliards de francs. S'agissant enfin du niveau de vie des paysans, les comptes de l'INSEE ne calculent qu'un revenu brut par exploitation, généralement supérieur au revenu disponible pour le ménage. Une moyenne des années 1992, 1993 et 1994 le situaient à 149 000 francs par exploitation, avec une fourchette de 1 à 9: 42 000 francs de moyenne pour un éleveur du massif central, 360 000 francs pour les bonnes exploitations laitières ou céréalières.

 
La formule 1 des étables

Comme son nom l'indique, une vache laitière sert à donner du lait qui devient ensuite un produit conditionné ou transformé: lait UHT, yaourt, beurre, poudre, fromage etc. Plus de quatre millions de vaches laitières peuplent les étables et les herbages de notre pays. En moyenne chacune produit un peu plus de 5.000 litres de lait par an. Les bêtes de concours du Salon dépassent souvent les 10 000 litres pour une lactation de 310 jours. Les plus productives sont la Prim-Holstein, la Normande et la Montbéliarde. La vache laitière doit donner un veau chaque année pour renouveler son cycle de lactation. Poussée au rendement comme une formule 1, elle dépasse rarement six à sept lactations. Avec cette rotation rapide du cheptel laitier, la sélection avance à grands pas. Ainsi s'oriente-t-on vers un gain d'environ 100 litres de lait par vache pour1997. Le top niveau de la sélection consiste à faire inséminer les meilleures laitières avec la semence de taureaux aux performances bien établies dans le même registre génétique. Ces vaches deviennent alors des productrices d'embryons, lesquels sont ensuite greffés sur des mères porteuses. Ces dernières feront alors naître des veaux, mâles ou femelles, porteurs du patrimoine génétique de parents exceptionnels. La France, comme les autres pays européens, est soumise aux quotas laitiers depuis 1984. A l'expérience, le système n'a pas généré que des défauts. Le prix du lait s'est maintenu à un prix convenable, bien qu'en baisse en francs constants. Mais il ne restait plus que 141 000 livreurs de lait en 1996 contre environ 350 000 en 1984. Enfin chaque producteur livrait en moyenne 159 600 litres en 1996 contre 65 600 en1983.

 
Blondes et rousses

La vache allaitante doit ce titre au fait qu'elle allaite son veau durant plusieurs mois. Le troupeau allaitant se compose donc de race à viande dont la puissante morphologie fait l'admiration des visiteurs du Salon, connaisseurs ou pas. Avec ses zones herbagères du grand Massif Central, la France se veut le berceau des races allaitantes dont les plus réputées sont la Charolaise, la Limousine, la Salers, une blonde et deux rousses. S'y ajoutent d'autres races plus excentrées: la Blonde d'Aquitaine et la Maine Anjou notamment. Les meilleures viandes proviennent du troupeau allaitant, le fin du fin étant le boeuf de quatre ans engraissé au pré. L'élevage bovin français comptait plus de 4,2 millions de vaches allaitantes en 1997, dépassant pour la première fois le nombre des laitières. En effet, bridés par les quotas, de nombreux éleveurs ajoutent aujourd'hui un petit troupeau allaitant au cheptel laitier pour consommer tout leur fourrage et dégager un revenu d'appoint. Quand la maladie de la vache folle est venue semer le trouble chez les consommateurs, les 120 000 exploitations agricoles de bovins allaitants ont été les plus affectées par les conséquences de la mévente alors que leur viande était potentiellement la plus saine. Depuis, les progrès de l'identification des viandes ont partiellement redressé la situation. Néanmoins, sur la base des résultats de ces trois dernières années, les revenus des éleveurs spécialisés dans le bovin allaitant et la viande ovine n'atteignaient que 47% du revenu moyen des agriculteurs. Cette forme d'élevage demeure pourtant la seule capable de valoriser les zones herbagères inconvertibles particulièrement nombreuses en France.

 
Du grain à moudre

La France est championne d'Europe en production céréalière, laquelle frôlait les 63 millions de tonnes en 1997. Les gros céréaliers ne sont pas seulement des céréaliers. Une bonne pratique agronomique suppose la rotation des culture afin que la même plante ne puise pas toujours les mêmes éléments dans un sol qui s'en trouverait vite appauvri. Ainsi, 80% des céréaliers pratiquent au moins quatre cultures différentes et 50% dépassent les six cultures. Au nord de la Loire, la production dominante demeure le blé pour 60% des surfaces, les autres céréales étant l'orge et le maïs. Betterave industrielle, pomme de terre, colza, pois protéagineux et tournesol complètent souvent le tableau. Au sud de la Loire, le maïs irrigué devient souvent la culture dominante et la part des oléoprotéagineux (soja, tournesol, colza) est importante dans certaines zones bien que bridée depuis que l'Europe a renoncé au développement de ces cultures dans le cadre de l'accord dans l'Organisation mondiale du commerce (ex GATT) pour ne pas gêner les exportateurs de soja américains et brésiliens. En réduisant les prix garantis pour leur substituer des primes à l'hectare et de la jachère rémunérée, la réforme de la Politique agricole commune de 1992 a relancé la course à l'agrandissement des exploitations et au rendement céréalier via l'irrigation. L'eau est souvent prélevée par forage dans les nappes phréatiques au détriment du débit des ruisseaux et des rivières. La recherche d'une baisse permanente des cours pour descendre au niveau du prix mondial est à nouveau inscrite dans la prochaine réforme de la PAC. Elle accroîtrait les phénomènes négatifs observés depuis 1992, à commencer par les dégâts sur l'environnement.

 
Productions à risques

Outre le vin, avec ses grandes années favorisées par des conditions climatiques souvent favorables durant la décennie en cours, l'agriculture de cette fin de siècle connaît quelques secteurs aux progrès techniques rapides et aux conditions de mise en marché souvent délicates en raison des surproductions cycliques, et des conditions imposées par les grandes surfaces et leurs centrales d'achat. Le " hors-sol ", ainsi nommé dans la mesure où l'élevage s'effectue dans des bâtiments approvisionnés par des aliments fabriqués et fournis par les industriels de la nutrition animale, est devenu la méthode d'élevage quasi exclusive des porcs, des poulets, des pintades et des dindes. Dans ces productions de façonniers, le niveau technique de l'éleveur joue un rôle déterminant. Réduire le taux de mortalité, éviter les épidémies, obtenir le meilleur rapport entre la consommation d'aliments et la prise de poids d'un lot d'animaux sont les critères à partir desquels l'éleveur gagnera convenablement sa vie ou pas. A condition que la baisse brutale des cours ne vienne pas tout anéantir. Problème: ces productions deviennent polluantes quand elles se concentrent dans une même région. La Bretagne en sait quelque chose. Couvrant ses besoins en viande porcine, la France est exportatrice nette de volailles. En fruits et légumes, les aléas climatiques produisent parfois des conséquences inattendues. Une bonne récolte peut devenir catastrophique si elle débouche une offre trop abondante et un effondrement des cours pour des produits conditionnés en raison du coût de la main-d'oeuvre. De plus, les achats préventifs des grandes surface auprès d'exportateurs extérieurs à l'Union européenne peuvent provoquer le même résultat. D'où, parfois, la colère des producteurs et des manifestations de destructions spectaculaires. Notons enfin que la France demeure lourdement déficitaire en fruits et légumes frais.

 

 


A voir au Salon


Entrée payante tous les jours de 9 H à 19 H, parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. Nocturne le venderdi 6 mars jusqu'à 22 H. Hall 1, concours des races bovines, ovines, caprines et porcines, du 1er au 7 mars avec défilé des animaux primés le dernier jour. Hall 2/1, aviculture et animaux de compagnie.150 chiens et les plus beaux spécimen du patromoine avicole et cunicole français. Hall 3, gastronomie et produits des régions. Hall 4, agriculture biologique, tourisme, trésors des mers et des rivières. Hall 7, tourisme équestre, concours général des produits agricoles.

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