|
Versions Par Xavier Delrieu |
|
|
|
Librairies et romans virtuels
Les petits libraires ont, une nouvelle fois, du souci à se faire. La vente de livres pourrait bien être le premier secteur économique à connaître de sérieux bouleversements avec le développement d'Internet. Les données sont en fait assez simples: une librairie sur Internet pouvant se passer de stock, il lui est possible, malgré les frais d'affranchissement, de baisser le prix d'un livre et de disposer d'un catalogue de plusieurs centaines de milliers de titres, allant du dernier Goncourt au bouquin introuvable en librairie. Les USA, toujours précurseurs en la matière, possèdent déjà de gigantesques librairies virtuelles. Les livres y sont présentés avec leurs couvertures, des extraits ou encore des articles de presse. Et, si vous êtes intéressé par les livres traitant de la culture des bonsaïs ou la littérature romanesque malgache, on peut vous avertir par courrier électronique qu'un nouveau titre vient de paraître. Après la déferlante multimédia que vient de connaître la France durant les fêtes, nous devrions d'ici peu voir se développer de tels sites, même si nous perdrons le rapport humain avec le vendeur (mais qui a déjà presque disparu avec les grandes surfaces culturelles) et le plaisir de l'objet livre feuilleté, ainsi que la merveilleuse odeur de l'encre et du papier... Néanmoins, la relation intime entre Internet et la littérature ne se résume pas à la simple vente de livres. D'autres applications, bien plus originales, sont apparues ces derniers temps. Certains sites fonctionnent ainsi sur le principe du cadavre exquis: chacun peut ainsi apporter sa petite pierre à un édifice romanesque en écrivant quelques pages de chez lui. Ailleurs, c'est grâce aux liens hypertextes que prennent forme des romans collectifs qui n'ont en fait ni début ni fin. Certains écrivains travaillent aussi sur des romans à arborescences multiples ou d'autres encore, comme John Updike l'été dernier, écrivent le début et la fin d'un roman en laissant les internautes imaginer le milieu... Les possibilités sont infinies et on ose à peine s'imaginer à quoi ressembleront les romans de science-fiction et de fantasy, dès lors que chacun pourra y intégrer des textes, des images de synthèse ou des sons. Tout le monde n'a pas le talent de Tolkien, bien sûr, mais son oeuvre inachevée pourrait bien s'enrichir sous peu d'une bonne centaine de volumes.
|
|
Microsoft, le feuilleton
Chaque jour apporte un nouvel épisode dans la guerre ouvertement déclarée entre Microsoft et la justice américaine. Il semble que nous assistions au premier procès de l'ère technologique où il ne suffit plus de connaître son droit et la constitution pour être à même de juger du bien-fondé d'un argument. Le problème en ce début d'année est l'attitude que doit adopter Microsoft en attendant le 31 mai, date à laquelle l'expert désigné par le juge fédéral Jackson rendra son rapport sur l'insertion du navigateur Internet Exploreur dans la future version de Windows 98. Le juge Jackson a en fait exigé que les versions de Windows 95 vendues à l'heure actuelle ne comportent plus le navigateur, afin de laisser aux usagers la possibilité de choisir et de briser dans l'oeuf une future situation de monopole, puisque le logiciel Windows équipe 90% du parc informatique mondial. Mais, et c'est ici que les difficultés commencent, Internet Exploreur est déjà intégré dans les versions actuelles de Windows 95. Microsoft propose donc aux fabricants informatiques trois formules de son système d'exploitation: une vieille version de Windows 95 sans le navigateur, une version où celui-ci est encore inclus et cette même version dans laquelle on aura au préalable retiré le logiciel incriminé, aux risques et périls de l'ordinateur selon Microsoft. Or, le juge, qui n'est pas expert en informatique, affirme avoir retiré ce navigateur de son ordinateur en moins de 90 secondes... La suite du feuilleton le mois prochain.. |