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Europe
Par Jonas Sjöstedt * |
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Voir aussi Mouvements en tous genres |
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La discussion sur l'élargissement de l'Union européenne porte uniquement sur le rythme auquel les Etats demandeurs sont censés mettre en oeuvre les programmes et les règles communautaires actuels.
Après le sommet de Luxembourg, des négociations doivent s'ouvrir sur l'élargissement de l'Union européenne (UE) à six nouveaux Etats (2), mais il est tenu pour acquis que ces peuples devraient intégrer la communauté telle qu'elle est. Il est clair que les relations entretenues avec ces nouveaux Etats, fondées sur un devoir unilatéral d'adaptation, sont empreintes d'une certaine arrogance. Le débat sur l'élargissement gagnerait pourtant à considérer d'autres points de vue. Et à poser plusieurs questions fondamentales. Mais cette Union économique convient-elle bien à l'Europe ? Le développement actuel de la construction européenne doit-il fonctionner comme modèle pour l'Europe entière ? L'élargissement se présente-t-il comme la réponse aux problèmes de tous ces pays ? D'autres solutions ne peuvent-elles être envisagées pour s'attaquer à la crise sociale, au déficit démocratique et aux problèmes de l'environnement qui se font jour en Europe orientale ? Répondre à ces questions invite à analyser d'abord l'actuelle construction. 1. L'objectif numéro un, au sein de l'UE, est de réaliser le passage à la monnaie unique, l'euro. Cette politique a pour corollaire une politique monétariste, verrouillée, et pour conséquence, la croissance inédite du chômage et le démantèlement des systèmes de protection sociale. 2. La mise en place de l'euro se traduit, sur le plan institutionnel, par un renforcement du pouvoir supranational, dans bien des domaines, confirmé par le traité d'Amsterdam, alors que le bilan des années 80 enregistre un énorme transfert des décisions des assemblées nationales vers les institutions européennes. 3. L'Union européenne s'attache désormais à coordonner ses budgets et ses actions en matière de politique étrangère et de sécurité. Le traité d'Amsterdam confère à l'UE de nouveaux pouvoirs dans le domaine militaire et l'autorise à créer une force commune. 4. Les accords de Schengen permettent la libre circulation des personnes. Cette disposition abolit les contrôles aux frontières, mais augmente les difficultés d'entrée pour les ressortissants de pays non membres. Vue de l'extérieur, l'Union fait figure de citadelle.5. La liberté du marché demeure la doctrine idéologique, au détriment, par exemple, des exigences d'une politique moderne de l'environnement. C'est vrai non seulement de la priorité donnée à la libre circulation des biens mais aussi des politiques agricoles et de transport. 6. L'UE semble incapable de concevoir la nécessaire et radicale réforme budgétaire et préfère privilégier les coupes claires dans les subventions agricoles et les fonds régionaux. 7. L'UE occupe désormais une place grandissante et une position en partie dominante dans les relations entre les différents pays européens. Cette situation la met en concurrence avec un fonctionnement de type coopératif entre les pays eux-mêmes.
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La division autour de l'adoption de la monnaie unique
Quel est le sens de ce développement ? Convient-il, j'y reviens, à l'Europe-même ? Prenons l'exemple de la monnaie unique. Elle va diviser l'UE et les pays d'Europe. Il y aura ceux qui veulent la monnaie unique et qui ont droit d'entrer dans le système euro. Ceux qui sont autorisés mais qui ne le veulent pas (3). Ceux, enfin, qui ne seront pas les bienvenus quoi qu'ils pensent. La monnaie unique est un projet politique destiné à imposer le processus d'intégration en cours, ce qui ne manquera pas de créer des tensions. Les Etats entrants n'ont pas la possibilité d'adopter l'euro sans s'inscrire dans un futur déjà dessiné. Et l'euro, pour beaucoup, peut signifier une mise à l'écart du noyau central de l'union. Pour les partisans du fédéralisme, la supranationalité est un objectif plus important que l'élargissement. Certains, au sein du Parlement européen, ont d'ailleurs prévu d'engager plus loin la réforme des institutions, dans un sens plus centralisateur encore, et d'en faire une condition à l'élargissement. Ce comportement peut déclencher de forts sentiments anti-européens dans bien des pays. Au chapitre des tensions prévisibles, on peut ajouter la défense. Une militarisation de l'UE, combinée à l'extension de celle-ci, pourrait créer des différends du même ordre que ceux qu'engendre l'élargissement de l'Otan. La Russie pourrait interpréter ces initiatives comme agressives et tenter de s'y opposer par l'intermédiaire des pays Baltes.
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Un élargissement producteur de plus d'inégalités
Sur le plan de l'environnement, l'élargissement pourrait contribuer à résoudre certains problèmes dans la mesure où des investissements interviendraient là où les pays membres n'ont pas les moyens de les réaliser. L'extension de l'UE se présenterait alors comme une occasion de réforme interne importante. Mais aucun signe en ce sens n'est donné. La construction actuelle n'invite guère à l'optimisme. L'UE n'est pas préparée à une nouvelle situation en Europe. Elle résulte d'une vision qui prévalait dans les années 80, celle d'une union conçue pour un nombre limité d'Etats d'Europe de l'Ouest. Difficile d'imaginer autre chose qu'un élargissement producteur de plus d'inégalités entre les Etats membres, les pays entrants étant réellement considérés comme des sous-membres, privés de l'exercice de leurs pleins droits. Il est par ailleurs symptomatique de constater que les pays européens qui auraient le plus grand besoin de coopération européenne ne seront pas assis autour de la table de négociation sur l'élargissement. Soit ils n'ont pas demandé à entrer dans l'Union européenne. Soit, comme la Roumanie et la Bulgarie, ils sont relégués en queue de peloton. Si bien que le but demeure de construire et consolider les structures nécessaires à une coopération d'intérêts mutuels en Europe.
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Une coopération d'intérêts mutuels en Europe
Il est indéniable que l'Europe pourrait bénéficier d'une réorientation de la construction européenne au sein de l'UE. A condition que la mise en place de l'euro soit stoppée. Que l'UE se démocratise plutôt que de se centraliser plus encore. Qu'une politique de sécurité commune prenne le pas sur les projets d'union militaire. Que l'Union ouvre ses portes au lieu de s'enfermer dans ses frontières. Que l'environnement devienne l'objectif premier et non le marché. L'UE conviendrait alors mieux à l'Europe d'aujourd'hui.n J. S.
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Traduit de l'anglais par Françoise Amossé
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* Député européen, Vänster Partiet, gauche suédoise. 1. " Contre l'oubli démocratique ", les Cahiers d'Europe, no 2, éditions du Félin. 2. Pologne, République tchèque, Hongrie, Estonie, Slovénie (NDLR). 3. Il s'agit de la Suède, justement, du Danemark et de la Grande-Bretagne (NDLR). 4. La Grèce ne remplit pas les critères retenus (NDLR).
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Mouvements en tous genres
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Des signes sont là, plus ou moins forts, mais nombreux, qui pointent quelques aléas dans le cheminement du projet actuel. L'édifice économico-monétaire préétabli de la construction européenne, bâti sur la monnaie unique, tiendra-t-il le choc ? La Grande-Bretagne, pour laquelle Tony Blair a promis qu'il organiserait un référendum sur l'entrée dans l'euro, choisit le " wait and see " vis-à-vis de l'entrée dans le système monétaire. Mais préside l'Union économique (UE). Le même référendum annoncé par le président de la République française se fait désirer mais provoque de l'intérêt au moment où les chômeurs font irruption sur la scène politique hexagonale: justice sociale et critères de Maastricht ? De leur côté, les Danois font savoir qu'ils entendent se prononcer sur le traité d'Amsterdam avant d'entamer la marche vers cet euro-là. Tandis que 57% des Allemands ne se montrent guère enthousiastes. Et que les conditions d'un élargissement prévu à six nouveaux membres provoquent mises en garde et inquiétudes d'une " union " à plusieurs vitesses notamment en Suède, qui annonce son désistement de la première " tournée " de l'euro...n F. A. |