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La révolte des chômeurs
Par Paul Lespagnol * |
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Injustice, souffrance, blocages: le mouvement des chômeurs a mis en lumière les tares insupportables de l'économie qui empêchent des millions de gens de vivre.
Analyse et propositions du Parti communiste français.
Le mouvement des chômeurs s'est amplifié au moment où était chiffrée la hausse de la Bourse pour 1997 (30% !) et où le Nouvel Economiste publiait le baromètre annuel des 400 premières fortunes de France, qui se partagent 600 milliards de francs. Alors que les chômeurs s'apprêtaient à passer Noël avec une indemnité mensuelle de 3000 F, le Figaro magazine nous charmait avec un choix de cadeaux de fin d'année qui valent parfois dix fois plus cher, et que certains s'offrent tranquillement. Un cri de révolte monte de la frange de la population la plus meurtrie par ces intolérables inégalités, fruit des politiques qui se sont succédé depuis des années. L'occupation des Assedic leur a permis d'obtenir la reconnaissance de l'Etat et, au-delà, de toute la société. Il faut sans doute remonter à la grande crise des années 30 pour retrouver un mouvement similaire à celui des chômeurs. Jusque-là, ils étaient souvent isolés. Nous assistons aujourd'hui à une action collective persévérante, d'ampleur nationale, pluraliste où se retrouvent ensemble associations et syndicats. Comme pour le mouvement social de 1995, les actions des routiers ou encore celles des professions de santé, une majorité de Français se reconnaît dans ce mouvement qu'elle soutient. Nos concitoyens supportent de moins en moins une société où le tiers de ceux qui pourraient travailler n'ont pas d'emploi. Ils sentent qu'ils sont eux-mêmes fragilisés et menacés dans leur avenir et craignent pour celui de leurs enfants. Ainsi émerge, de manière constante et sous des formes diverses, un mouvement social et citoyen qui pose de plus en plus les problèmes d'emploi en terme d'enjeu de civilisation. Ces luttes expriment les souffrances et les angoisses mais aussi la volonté de se réapproprier l'action collective pour peser sur le cours des événements. Leur contenu est également riche d'enseignements. Au-delà de la revendication de l'augmentation des minima sociaux, les chômeurs font entendre avec force qu'ils ne sont pas une catégorie à part mais des travailleurs privés d'emploi. Ils interpellent du même coup l'organisation du travail et de la société. En effet, commence à être perçu le fait que, non seulement l'efficacité économique ne peut plus se mesurer à l'aune des profits réalisés par quelques-uns, mais qu'au contraire l'emploi recule parce que les choix politiques tendent à favoriser les marchés financiers. Nombreux ont été révoltés ceux qui ont vu les profits boursiers de certaines entreprises monter en flèche à l'annonce des plans de licenciements.
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Améliorer la situation des chômeurs contribuerait à diminuer la pression sur les salariés
Cette indignation porte en germe la possibilité de rassemblements de type nouveau contestant la société capitaliste actuelle. De ce point de vue, les cloisons que certains auraient voulu dresser entre ceux qui ont un travail et ceux qui en sont injustement privés tendent à tomber. Le mouvement social des chômeurs rend service non seulement au gouvernement de gauche en lui rappelant ses engagements, mais à la société française en contribuant à réduire la fracture entre les sans-emploi et les salariés. Ajoutons que cela peut réduire le " terreau " où croît le Front national. Le Pen, en condamnant le mouvement des chômeurs, ne s'y est pas trompé. Améliorer la situation des chômeurs contribuerait à diminuer la pression sur les salariés, sur les protections sociales, sur les garanties de ceux qui travaillent. Inséparablement, l'amélioration des conditions de vie et de travail des salariés, l'augmentation de leur pouvoir d'achat, l'abaissement du temps de travail, dégageraient du même coup des moyens supplémentaires pour augmenter les minima sociaux et, surtout, pour créer des emplois stables. Ce mouvement de ceux qui ont porté la gauche au pouvoir n'est pas une gêne pour le gouvernement. Au contraire, c'est un atout sur lequel la gauche pourrait s'appuyer face à la droite, au CNPF, aux financiers qui refusent farouchement l'augmentation des salaires, l'arrêt des licenciements et la réduction du temps de travail. De premières mesures positives ont été prises, certaines sous l'impulsion des parlementaires et des ministres communistes. Mais ce qu'attend le pays désormais, c'est que l'emploi soit au coeur de toute politique économique. C'est précisément parce que les politiques suivies jusque-là ont aggravé le chômage que les gouvernements successifs ont été rejetés. Et l'actuel gouvernement sera, lui aussi, jugé d'abord sur sa capacité à faire reculer le chômage. Progresser vers cet objectif exige de répondre aux urgences et s'engager dans d'importantes réformes structurelles. Un quadruplement de l'impôt sur les grandes fortunes dégagerait des moyens considérables pour le relèvement des minima sociaux dans le cadre d'une loi efficace contre l'exclusion et pour la réinsertion dans le travail. L'expérience montre que l'application stricte des critères de convergence du traité de Maastricht, qui consistent à réduire toujours plus les dépenses sociales et publiques, empêchent un relèvement des minima sociaux à la hauteur des besoins. Même si le gouvernement a obtenu un sommet sur l'emploi à Luxembourg avec quelques orientations nouvelles, chacun mesure à quel point la construction européenne actuelle aggrave le chômage. Il est donc impérieux de travailler et d'agir pour une réorientation de l'Europe vers l'emploi et le social. D'autre part, une amélioration sensible du pouvoir d'achat serait porteur de relance de la consommation, et donc de la production et de l'emploi. En ce sens, il devient nécessaire de tourner le dos à la pensée unique, considérant le travail comme un coût à réduire. Au contraire, c'est le travail qui est producteur de richesses et de services indispensables. Les véritables charges sont les charges financières qui pèsent sur les entreprises, particulièrement sur le PME. Elles peuvent être réduites. Une rénovation du système du crédit permettant de très bas taux d'intérêt y aiderait. Les entreprises qui s'engageraient dans des négociations en vue d'élaborer des programmes de création d'emplois et de formation devraient bénéficier prioritairement de tels crédits bonifiés pour l'emploi.
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La réussite de la loi sur les 35 heures sans réduction de salaire liée à l'embauche correspondante de chômeurs
L'efficacité ne commande-t-elle pas de lier la réussite de la loi sur les 35 heures sans réduction de salaire à l'embauche et à la formation correspondante de chômeurs ? Dans cet esprit, en ouvrant plus largement l'accès à l'allocation formation-reclassement, avec les moyens financiers nécessaires, on pourrait créer les conditions pour permettre aux chômeurs qui en bénéficieraient d'accéder aux emplois nouvellement créés par la réduction du temps de travail. De même, dans le cadre d'une discussion associant l'Etat, les chômeurs, les entreprises, les salariés, les élus, devraient être examinées les possibilités de transformer progressivement les situations d'indemnisation précaires ou d'assistance dans l'exclusion, en formation, avec un revenu, en vue d'un débouché dans un emploi stable. Fondamentalement, le PCF propose d'aller vers une nouvelle pratique des aides publiques et du crédit dont l'objectif serait la création effective d'emplois. Ce serait possible avec la mise en place d'un fonds national décentralisé de soutien et d'incitation à la création d'emplois en liaison avec les 35 heures. Ce fonds serait un outil qui, à partir d'un prélèvement sur les produits financiers, la pénalisation des licenciements sans reclassement, les fonds publics pour l'emploi, subventionnerait des crédits à long terme, avec des taux d'intérêt d'autant plus bas que l'entreprise créerait des emplois et développerait la formation. En même temps, la réussite du plan emplois-jeunes dans le public, la mise en oeuvre du plan emplois-jeunes dans le privé, le remplacement des 630 000 départs à la retraite par l'embauche de chômeurs, la transformation des emplois précaires en emplois stables sont autant de dispositions importantes, réalisables, qui contribueraient à faire reculer le chômage de manière significative, ouvrant une perspective à des milliers de familles. Inscrivant leur démarche dans une visée de transformation sociale, les communistes sont actifs aux côtés des chômeurs et des exclus, au Parlement et au gouvernement avec le même objectif: celui de jeter les bases d'un système nouveau de sécurité d'emploi et de formation pour toutes et tous. Des résultats significatifs sont indispensables pour faire reculer l'insupportable plaie du chômage. C'est la condition pour ranimer l'espoir qui peut être un formidable levier de développement de notre société. |
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* Membre du secrétariat national du PCF, chargé des questions économiques et sociales. |