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"Du travail et du pain" Par Henri Malberg |
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L'histoire semble bégayer...
Remplaçons pain par minima sociaux, et soupe populaire par restos du coeur, et nous y sommes presque.
Soixante ans après, le cri des manifestants des années 30 " du travail et du pain " ressurgit à peine modifié.
Le capitalisme, tous comptes faits, se révèle égal à lui-même.
La société est infiniment plus riche, plus productive, plus savante, tout semble changé, mais l'écart entre la richesse sociale et l'appauvrissement absolu de millions et de millions d'habitants de ce pays perdure. C'est cela qui ne peut plus continuer...et qui nécessite de frayer de nouveaux chemins pour construire une société plus juste, plus humaine, plus solidaire, plus libre.
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Le climat modifié
On savait qu'ils étaient là. Un, puis deux, puis trois millions sans travail, précaires et exclus. Dans chaque famille ou presque, un souvenir de chômage ou un proche qui s'y trouve. Partout où on travaille, la peur de perdre son emploi. Depuis vingt ans, pas une intervention d'homme politique qui n'en parle. Et les communistes plus que tout autre. Se souvenir de la campagne pour l'emploi des jeunes de Robert Hue à l'élection présidentielle. Et pourtant, chacun sent bien que, depuis quelques semaines, le débat a changé de nature. L'apparition sur la scène sociale et politique du visage concret de chômeurs qui interpellent la société, manifestent, occupent Assedic et lieux publics, a tout changé. Le mouvement des chômeurs vient de faire reculer très nettement l'idée qu'il n'y a pas de travail pour tous, que " c'est comme ça et c'est tout ". François Mitterrand l'avait dit nettement: " on a tout essayé, et puis..." L'idée avait fini par s'installer que le chômage était le prix à payer, le sous-produit inévitable du progrès. Malgré la voix de tous ceux qui disaient qu'il n'y a pas de fatalité, malgré l'effort de ceux qui organisent les chômeurs depuis des années. Et puis la voix de ces femmes et de ces hommes s'est élevée, forte et nette. Une fois de plus, le mouvement réel du pays s'est avéré plus fort que toutes les constructions abstraites: Allez leur dire qu'il n'y a pas de travail pour tous. Allez leur dire que vivre avec 2 500 F ou 3 000 F par mois - c'est le sort de plus de six millions d'habitants de ce pays - est normal. Allez leur dire que c'est de leur faute, qu'ils sont paresseux. Et assistés, injure suprême.ça ne passe pas.ça ne passe plus. Comme ne passe pas le mépris insolent du baron Seillière, président du CNPF, quand il ose dire: " on ne peut pas mener des combats avec des regards concentrés sur l'infirmerie." Paroles de soudard.
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Les responsabilités de la gauche
Chacun, gauche, droite, gouvernement, partis, patronat, pourra de moins en moins éluder les questions fondamentales. La société doit-elle assurer une vie décente, un minimum sans lequel on ne peut pas vivre humainement ? Et si oui, où prendre l'argent ? Le travail est-il un luxe ou, comme le dit la Constitution, un droit ? Faut-il renoncer à un emploi pour tous et, sinon, qu'est- ce que cela signifie dans les conditions techniques de productivité et de mutation incessantes de notre temps ? La construction européenne doit-elle signifier un plus, un pas en avant des acquis sociaux et de la société elle-même ? Et, si oui, comment ? La mondialisation doit-elle permettre aux peuples de la planète de vivre mieux, de connaître un développement et des rapports entre les peuples qui soient un plus fraternel ? Et, si oui, comment ? En vérité, les problèmes fondamentaux de civilisation et de société sont posés de plus en plus clairement. Quelle société voulons-nous ? La force symbolique de la " foire aux gueux " à Quimper, ces femmes et ces hommes qui, comme sur un marché, proposaient leur force de travail et leur intelligence aux plus offrants veut bien dire ce qui ne peut plus continuer. C'est la société qui se rebelle.
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Choisir:
Pour la gauche, c'est l'heure des plus grandes responsabilités. Elle ne peut pas, il n'en est pas question d'ailleurs, faire comme la droite. C'est-à-dire le dos rond, quelques mini concessions et continuer comme si de rien n'était. Chirac et Juppé ont vu ce que ça coûtait. L'espoir que la gauche ferait une autre politique a été au coeur des élections législatives. On a élu la gauche pour qu'elle change vraiment de politique, de pratique et de perspectives. En même temps, le mouvement des chômeurs montre que, toute chose étant, on ne peut pas bouger grand-chose sans modifier profondément les choix faits depuis vingt ans: la pression sur les salaires et le pouvoir d'achat, la carte blanche aux marchés financiers et l'Europe sous leur coupe. Certes, tout ne peut se faire d'un coup. La progressivité de la mise en place d'une politique nouvelle est un vrai problème. Mais, devant un mouvement comme celui des chômeurs, des décisions plus importantes s'imposent à l'évidence et de façon générale le calendrier, les objectifs, les moyens doivent sans cesse être clairs pour le pays.
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Le Parti communiste, pôle de réussite
Les communistes sont des partisans inconditionnels de l'effort pour conduire à la réussite ce qui a commencé en juin 1997. Leur contribution politique comme relais actif des citoyens, pour qu'on tienne compte de ce qui monte dans ce pays, n'a rien à voir avec une démarche brouillonne ou politicienne. Ils se pensent à leur place et dans leur rôle quand ils avancent des propositions pour tenir compte de la situation et des attentes désormais plus pressantes du pays (1). Etre un pôle de réussite, c'est le sens de l'appel de Robert Hue à engager partout dans le pays - entreprises, quartiers, villes, départements et régions - une véritable bataille de l'emploi et de la croissance en liaison avec les 35 heures. H. M. |
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1. Voir le dossier d'actualité pages 6 à 9 de ce numéro. |