Regards Janvier 1998 - Vie des réseaux

Enchainés

Par P.c.et X.d.


Le loupé de 20 H

Lancée en octobre, la nouvelle formule du 20 heures de France 2 n'a pas enrayé l'érosion de son audimat. Au contraire, les téléspectateurs, sans doute déroutés (?), ont un peu plus déserté le journal présenté par Béatrice Schönberg et Daniel Bilalian. Au-delà d'un simple problème de décor ou de présentateurs, c'est la question même du changement qui est ici posée: peut-on proposer aux Français un autre style de 20 heures que celui qui, depuis des décennies, rythme nos soirées ? Oui, serait-on tenté de dire au vu des résultats du 19-20 de France 3 (voir article p.4). Mais à condition de ne pas opérer dans la demi-mesure. Soit on change radicalement, soit on opère dans la nuance. Le pari était pourtant ambitieux: créer un journal en deux parties, la première consacrée à l'actualité proprement dite et la seconde au développement d'un sujet. Encore faudrait-il que celui-ci ait quotidiennement la qualité d'un reportage d'" Envoyé spécial ", que celui-là soit suffisamment convivial pour garder captifs les téléspectateurs et que ces deux parties soient bien distinctes. Or, une telle disposition impose nécessairement un abandon de toutes les notions de d'information-spectacle et de grand messe, du style "Nous allons faire le tour de France des barrages routiers". Ce n'est pas le cas. Et fallait-il pour si peu renvoyer Bruno Masure, le présentateur préféré des Français ? X. D.

 
La petite chaîne qui monte

La grève sur France 3, de celles dont on dit qu'elle laisse des traces, fut peut-être le prix à payer en contrepartie du succès grandissant de son journal du 19-20. La modestie et le sérieux de cette rédaction sans strass ni stars sont en effet en train de révolutionner le petit monde de l'information. Qui, il y a peu encore, pouvait imaginer que ce journal hors normes pourrait infliger une raclée au 20 heures de France 2 et chatouiller celui de TF1 ? Sans doute ceux qui avaient bien compris qu'une carte de France ne se réduit pas à un plan de Paris et que la presse écrite quotidienne régionale réalise de bien plus forts tirages que les quotidiens nationaux. A l'heure où les autres chaînes font valser leurs animateurs vedettes à la recherche d'un bon " access prime time ", Elise Lucet et sa bande font parler la poudre sur l'audimat. Voilà qui est plutôt rassurant. X. D.

 
La fin des bonnes recettes

Rien ne va plus sur TF1 et France 2 entre 18 heures et 20 heures. Les directeurs des programmes ont beau couper, intervertir et tout chambouler régulièrement, les téléspectateurs désertent cette tranche horaire pourtant essentielle puisque les recettes publicitaires y sont très importantes. Des points audimat qui disparaissent représentent immédiatement un manque à gagner puisque le prix de la pub est liée à l'audience. Il existe aujourd'hui une véritable frénésie pour la rentabilité immédiate, pour le concept miracle. Or, toutes les émissions ont besoin d'un temps d'adaptation, le 19-20 de France 3 en étant l'exemple type. La diffusion de la série Walker Texas Rangers sur TF1 à 19 h 05 n'est en fait qu'une manière de parer au plus pressé. Il y a peu de chance que l'on puisse y trouver une solution d'avenir puisque seule la créativité est un concept payant, dans tous les sens du termes. X. D.

 
La grande évasion

Les Français aiment leur télévision mais la regardent de moins en moins. Deux nouvelles races d'humanoïdes ont même été clairement identifiées il y a à peine un an: le téléspectateur fugitif et le déserteur. Le premier zappe illico dès l'instant où le premier spot de pub apparaît et le second a jeté la clef du poste au fond du bocal du poisson rouge. Or, ces deux spécimens appartiennent à la même catégorie: les bons consommateurs, c'est-à-dire les actifs de niveau socio-professionnel élevé et les jeunes. C'est ici que le bât blesse. Les acheteurs d'espaces publicitaires ne désirant plus payer le prix fort, alors que les bons consommateurs disparaissent, les régies sont obligées de réviser leurs tarifs à la baisse. D'où manque à gagner. On pensait le phénomène passager. Force est de constater que ça ne s'arrange pas. X. D.

 
Service public

La Belgique, comme la France, possède un service public de l'audiovisuel, l'un comme l'autre sont en crise, crise à étages multiples, souvent semblables dans l'un et l'autre pays. C'est le premier enseignement de la lecture du livre d'Hugues Le Paige, Une minute de silence dont le sous-titre indique expressément l'objet de ses analyses, ses critiques, et ses propositions: Crise de l'information, crise de la télévision, crise du service public (1). Journaliste depuis près de trente ans à la RTBF (Radio Télévision Belge), auteur et producteur de documentaires (notamment sur François Mitterrand, diffusés sur France 2), Hugues Le Paige est aussi le fondateur du Comité de défense du service public de l'audiovisuel belge. Le titre de l'ouvrage est repris d'un article publié dans le Monde du 24/01/1991 où l'auteur demandait " une minute de silence pour un examen de conscience ". C'était en pleine guerre du Golfe, CNN monopolisait les images sans autre réel que celui de l'excellence technique des armes américaines dans leurs frappes" chirurgicales ". Une guerre sans mort apparente. C'est là qu'on prit définitivement conscience que l'information, elle, est mortelle dans ses usages, et la télévision dans sa crédibilité. C'est là, probablement, qu'est né le livre d'Hugues Le Paige. Rappel à l'éthique: comme il ne peut y avoir de science sans conscience, l'information sans... P. C.

 


1. Editions Labor, (156-158, chaussée de Haecht, 1030 Bruxelles, tél.(02) 240 05 70).

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