Regards Janvier 1998 - L'Evénement

Nos invités imaginent1998

Par Nos Invités...


Regards s'est adressé à plusieurs dizaines de personnalités pour leur demander :

1.quel est le changement le plus important qu'elles souhaitaient pour 1998, et éventuellement 2.leurs attentes particulières vis à vis du Parti communiste français pour qu'il y contribue.

Les premières réponses sont là. Diverses, évidemment. Mais convergentes dans leur refus de la brutalisation des femmes, des hommes, de la société, du monde, par le libéralisme " ultra " ou " social ".

Il y a dans tous ces espoirs exprimés " pour que les personnes deviennent plus importantes que les bilans " comme une nouvelle vitalité pour endiguer la violence " physique et morale ", toutes les violences, celles du chômage et de l'exclusion, celles du gâchis des inégalités, celles des haines du Front national, celles des guerres fratricides.

Il y a dans toutes ces paroles comme un hymne à une renaissance de la politique " non plus se contenter de souhaiter mais apprendre à vouloir et à agir ", une conception de la politique proche de ce qu'ambitionnent les communistes: partage des pouvoirs, parce que partage des savoirs et des avoirs.

Signe des temps, beaucoup de ces personnalités encouragent le PCF. Certains le souhaitent " aiguillonneur ", " garant de changements ", " élément moteur du renversement de l'économie au service du politique ". L'encouragement va de pair avec l'exigence: appel à une " critique implacable du stalinisme ", à " poursuivre l'ouverture ", à " devenir encore plus démocratique ". Un stimulant à pousser l'analyse et la compréhension du passé, de notre passé, des échecs comme des acquis du siècle qui s'achève pour construire " le siècle de l'être humain solidaire ".

Construire ? Cela veut dire ouvrir, plus largement et avec tous, des chantiers pour inventer des réponses humanistes aux enjeux de notre temps.

Regards voudrait bien, voudrait mieux, en cette nouvelle année solliciter, accueillir, faire se croiser toutes les intelligences, les bonnes volontés et les solidarités de cette " fourmilière créatrice ".

Merci de ces contributions, merci de bien vouloir être de cette aventure...avec beaucoup d'autres.

JACQUES PERREUX

 

 
André Comte-Sponville, philosophe

Ce que je souhaite pour 1998 ? Comme tout le monde: la justice, la paix, la liberté, aussi la santé et le bonheur, et pourquoi pas l'argent ou la gloire ? Mais il ne sert à rien de souhaiter, il faut agir: faire ce qui dépend de nous, comme disaient les stoïciens, au lieu d'espérer ce qui n'en dépend pas.

Ce que je souhaite ? Que nous ne nous contentions pas de souhaiter: que nous apprenions à vouloir et à agir - ce qui est morale, pour les individus, et politique, pour les peuples.

Mais vous parlez de changement: agir davantage en serait déjà un, et la clé de tous les autres.

Le changement le plus important ? Que nous sortions tous ensemble la politique du discrédit dans lequel elle est tombée. Pour changer tout ce qui doit l'être, et d'abord, bien sûr, pour faire reculer le chômage. Mais sommes-nous prêts à nous en donner les moyens ?

La question se pose aussi au Parti communiste. Réexaminer son passé fait partie, depuis longtemps, des nécessités de l'heure. Mais ne le dispensera pas d'une lucidité, peut-être plus difficile, sur le présent.

 
Joëlle Brunerie-Kauffmann, vice-présidente de la Ligue des droits de l'Homme

L'année 1998 sera l'année du cinquantenaire de la Déclaration des Droits de l'Homme et du centenaire de la création de la Ligue des droits de l'Homme. Il y a pourtant de nombreux domaines où les droits de l'Homme sont bafoués, dans beaucoup de pays mais aussi en France, où ce sont les droits économiques et sociaux qui nous inquiètent: droit au travail, droit à une vie familiale épanouie, droit à l'éducation, droit à la santé.

Pour 1998, ce sont donc les voeux que je désire faire: une amélioration du domaine de l'emploi et une diminution du chômage et de la précarité.

En cela, le PCF se doit d'être l'aiguillonneur. Il est proche des travailleurs et doit soutenir leurs revendications. Il doit être à l'origine de propositions novatrices au sein du gouvernement pour que les droits au travail soient respectés, en particulier pour les femmes.

 
Julia Kristeva, écrivain

1. Je souhaite l'avancement concret de l'Europe sociale.

2. J'attends du PCF la critique impitoyable du stalinisme.

 
Philippe Breton, chercheur au CNRS.

L'année 1998 pourrait être considérée comme une bonne année, à mes yeux, si la question de l'immigration cessait d'être au centre des débats politiques et des préoccupations d'une partie importante de l'opinion. Ce serait rendre justice au fait qu'hors l'imaginaire de certains, cette question n'a pas une grande importance dans notre société et cela libérerait des espaces mentaux aujourd'hui encombrés par de fausses réponses. La responsabilité que porte le système économique libéral actuel dans le chômage et le développement tous azimuts des inégalités apparaîtraient peut-être alors plus clairement. Si cette question devait être encore plus au centre des débats politiques, cela poserait en revanche le problème difficile mais inévitable de l'interdiction des partis politiques qui prônent la préférence nationale, exaltent la xénophobie et développent des thèses inégalitaires menaçant dans son fondement la démocratie. Ne faut-il pas tarir à la source cette propagande qui manipule l'opinion ? J'attends donc du Parti communiste qu'il mène plus que jamais le combat pour que notre société, qui ne l'est pas tout à fait, devienne encore plus démocratique, même si cela doit passer par une prise de position ferme sur l'exclusion hors de l'espace public de l'extrême droite.

 
Bernard Andrieu, philosophe

Du PCF n'attendons rien ! A force d'attendre on est toujours déçu. L'idéal n'est jamais réalisé même s'il reste l'objectif à atteindre. Les ministres communistes sont présents, et bien présents dans le gouvernement. La cohérence gouvernementale n'interdit pas de faire peser toutes les forces populaires vers une réduction réelle du chômage. Faut-il se contenter des 350 000 jeunes embauchés au Smic pour cinq ans comme si nous ne pouvions pas attendre davantage et de plus définitif pour notre peuple ? De qui se moque-t-on ? Allons-nous pendant longtemps nous laisser endormir par des signes adressés aux électeurs sans que cela change réellement la situation dans le pays ? A force de ne pas faire de vague, ne risquons-nous pas de couler dans le modèle social libéral ?

Pas de chantage non plus, car un renversement du gouvernement serait préjudiciable. Mais une pression efficace, une fois les accords électoraux des régionales passés, doit s'exercer pour en finir avec une gestion à la petite semaine. Souhaitons-nous tant la décomposition de la droite que notre seul adversaire soit la prochaine alternative démagogique des Français: le Front national ? Orange, Vitrolle et Toulon ne nous suffisent-ils pas ? Sans une politique économique vraiment de gauche qui réponde aux problèmes quotidiens des Français, le risque d'une radicalisation est réel. Que le PCF ne se dissolve pas dans une majorité plurielle mais que les députés non socialistes constituent un véritable pôle en 1998 pour peser sur le Parti socialiste.

 
François Hadji-Lazaro, chanteur du groupe Pigalle

1. Une véritable politique culturelle populaire. Sinon pour l'an 2 000, l'art et la culture deviendront, à la vitesse de la lumière et de l'informatique, un déversoir à produits manufacturés exclusivement commerciaux. C'est maintenant qu'il faut bloquer cet entonnoir basé sur le marketing et développer les fourmilières créatives.

2 . Le Parti communiste français a compris depuis trois, quatre ans, que son fonctionnement interne et son image n'avaient pas évolué assez par rapport aux véritables changements des conceptions, des moeurs, de l'histoire. Pour que le parti redonne une nouvelle motivation, pour que les gens aillent vers lui, il faut que cette conscience d'un besoin de changement se mette en place à très grande vitesse, sinon les regards et les envies iront ailleurs.1998 doit être l'année de réactualisation conceptuelle du Parti communiste français.

 
Jean-Yves Calvez du Département d'éthique publique du Centre Sèvres, Paris

Le changement le plus important que je souhaite pour 1998 ? J'ai du mal à n'en dire qu'un. J'en veux deux. L'un de l'ordre de la paix: une rencontre des coeurs enfin entre Israéliens et Palestiniens, la reconnaissance mutuelle. L'autre est de l'ordre de la justice, concernant cette fois le monde entier. Que nous retrouvions tous la primauté de la justice, que nous ne la laissions pas remplacer par des valeurs de pure efficacité dans l'organisation de la vie économique et sociale. A la limite, pour une certaine efficacité, plus d'un proclamerait aujourd'hui qu'il est " normal " qu'il y ait des pauvres, et même que des millions d'hommes et de femmes de continents entiers naissent et meurent dans la misère. Et que l'inégalité est normale et bénéfique, comme une " différence de potentiel " productrice d'énergie ! Je souhaite que, fût-ce avec les seules vues d'un libéral social comme Rawls, on accepte de distinguer les inégalités acceptables et les inégalités inacceptables. Qu'on ne refuse plus le problème. Avec cet objectif commun, nous commencerions sans doute tous ensemble à trouver des voies.

 
Fodé Sylla, président de SOS Racisme

La chose la plus importante ? Que cessent les violences physiques, les violences morales, celles de la crise sociale et économique, sur le plan national et international.

On approche de l'an 2000. Il faut réussir une société apaisée où tout ce qui est atteinte à l'intégrité des individus s'estompe.

Je souhaite un débat sérieux sur le Front national et sa milice, le département protection sécurité, qui tombe sous le coup de la loi du 10 juillet 1936.

Sur le plan mondial, qu'on en finisse avec toutes les images de guerre de nos frères palestiniens et israéliens et de guerres fratricides.

Le Parti communiste a un rôle important à jouer pour l'égalité, et le prouve dans l'ensemble de ses actions. Le PC au gouvernement doit être garant d'une certaine morale dans la façon de gouverner et doit oeuvrer pour l'égalité des immigrés, des jeunes, sans lesquels il n'y a pas d'avenir, des femmes, des ouvriers.

 
Philippe Caubère, comédien, auteur, metteur en scène

1. Un rêve plus qu'un voeu: que le Front national disparaisse de la circulation. On critique beaucoup l'attitude qui consiste à tout faire tourner autour de la question du Front national, mais le FN est un cancer. Alors, comment faire pour penser à autre chose quand on sait qu'on l'a ? Un voeu plus réalisable: l'abrogation (nommée) des lois Pasqua.

2. Je crois que le Parti communiste doit continuer sa collaboration loyale et constructive avec le gouvernement sans pour autant renoncer à jouer son rôle d'opposition de gauche ferme et sans concession. Je crois que c'est dans la maîtrise de cette contradiction qu'il peut trouver le secret de son renouvellement.

 
Danielle Mitterrand, présidente de la fondation France Libertés

"Il n'y a pas de changement sans rupture" disait François Mitterrand. Tous ceux qui ont un pouvoir de décision pour la marche du monde, auront-ils le courage de reconnaître l'incohérence du système qu'ils admettent et auquel ils sont soumis. Celui qui, au nom de la rentabilité, laisse les 7/8e de l'humanité dans le plus grand abandon alors que leur mission est d'organiser la vie des peuples qui leur ont fait confiance. Ah ! si l'un d'eux pouvait un jour dire " Basta Ya " ! Au Parti communiste ou ailleurs, les citoyens devront se faire le porte-parole de ceux qui, en Europe, Amériques, Asie ou Afrique, ont devancé les fatalistes et initient déjà le monde du XXIe siècle. Le siècle de l'être humain solidaire.

 
Edgar Morin, directeur de recherches à l'EHES

Je souhaite une perspective historique pour une politique de civilisation et de l'imaginaire politique.

 
Marcel Trillat, journaliste à France 2

Les deux jambes du Père Noël En somme vous me demandez si je crois encore au Père Noël ? Car il faut en effet une bonne dose de candeur pour espérer que quoi que ce soit puisse changer dans le bon sens en l'an 1998. Eh bien, la réponse est oui ! Car, au-delà des nouvelles accablantes qui nous tombent sur la tête chaque matin, il y a ici ou là de petites mais prometteuses vibrations d'espérance. Alors pourquoi, au moins, ne pas faire semblant d'y croire ?

Pourquoi ne pas souhaiter par exemple une société plus fraternelle ? Une société moins " dure aux miséreux " comme dit la chanson; plus accueillante à tous ces " étranges étrangers " salués par Jacques Prévert qui furent de tous temps un véritable don du ciel pour notre culture, notre vitalité, notre créativité, notre joie de vivre dans la diversité et le partage et à qui nous devons un petit miracle qui fait de la France comme un concentré du genre humain.(Bien sûr, la nouvelle loi sur l'immigration ne sera pas terrible, mais la lutte continue...).

Une société aussi qui ne se prosterne plus devant les diktats des marchés financiers, devant les fausses fatalités de la montée du chômage et de la pauvreté qui masquent pudiquement des enrichissements et des gaspillages de plus en plus scandaleux (serait-il plus ringard de faire " payer les riches " ou de continuer à faire trinquer les pauvres ?) Une gauche " plurielle " qui reste solidaire, tant bien que mal, dans le respect des différences, sans rêver secrètement " de tuer l'autre " (et ça ce serait vraiment un grand changement !)

Et puis le cadeau des cadeaux: une France enfin réveillée de ses cauchemars qui ferait mordre la poussière aux régionales, en 1998, au Front de la Honte Nationale et à l'ami des débris vermoulus de la Waffen SS.

Alors, bien sûr, pour apporter tous mes cadeaux, le Père Noël a impérativement besoin de sa jambe gauche: le Parti communiste. C'est le seul moyen de l'empêcher de boiter insensiblement, une fois de plus, vers les ornières de la droite. Mais un parti métamorphosé comme un sou neuf. Robert Hue (épaulé par Jean Ferrat) a trouvé l'autre jour à " la Marche du siècle " le courage et les mots pour dire ce que j'attendais, comme d'autres, depuis 25 ans. Encore un effort, chers ex-camarades. Il y a encore des cadavres, des congrès de Tours, des " pacte germano-soviétique ", des Budapest dans les placards. Entre l'héritage de Jaurès, du Front populaire, de la Résistance, des combats anticolonialistes et les nostalgiques de Dzerjinski et de Brejnev, il faut choisir, clairement, définitivement, même si cela suppose de douloureux mais indispensables examens de conscience...

 
Albert Jacquard, généticien

Quel changement souhaiter pour 1998 ? Mon souhait est utopique: extirper de l'esprit des hommes l'idée que le " libéralisme "est la solution pour organiser la vie en commun.

Nous assistons à une sorte de soumission à la fatalité de la loi du marché, à la nécessité de la compétition, à l'indépendance des banques centrales.

Il est urgent de provoquer un renversement des valeurs, mettre enfin l'économique au service du politique, et non l'inverse.

J'attends du PCF qu'il soit un élément moteur de ce renversement.

 
Patrick Rambaud, écrivain, prix Goncourt 199

J'ai plus de doutes que de croyances, plus de plaisirs que d'illusions, aussi mes souhaits s'apparentent-ils davantage au rêve qu'à la politique ordinaire. Je souhaite, en rejoignant la meilleure part de vos principes fondateurs, une société sans classes, sans castes et sans cons, mais le retour des joyeuses tribus. Je souhaite que la conversation remplace le débat. Je souhaite que les cours de la Bourse s'effondrent partout à la même heure, et que les billets de banque n'aient plus de valeur que pour les collectionneurs de belles images. Je souhaite que Jean-Marie Le Pen accepte enfin de se faire soigner dans un service de psychiatrie compétent, voire même aux urgences. Je souhaite que l'on éclate de rire dans les rues d'Alger comme dans celles de La Courneuve. Je souhaite la paix permanente et le gigot d'agneau pour tous. Bref, je souhaite un changement radical et immédiat des mentalités.

 
Geneviève Fraisse, philosophe, déléguée interministérielle aux droits des femmes

Rêver à l'année 1998. Rêver à une nouvelle culture de la relation entre hommes et femmes. Une culture ? Oui, celle qui saurait que la vie des deux sexes ne se ressemble pas, que l'histoire est sexuée et qu'il faut en tenir compte dans l'universel de la démocratie. Tenir compte de la différence des sexes consiste à reconnaître que cette différence est source de guerre comme de paix, d'amour comme de domination. Il faut reconnaître le conflit, savoir l'inégalité sociale, économique, politique fabriquée dans l'espace des relations entre hommes et femmes. En un mot, je souhaite rendre visible cette sexuation du monde car la visibilité est le premier pas à accomplir sur le chemin périlleux de l'égalité. Une nouvelle culture ? Oui, celle de l'évidence de la " question des femmes ", qui est la question de tous. La condescendance, la vulgarité que l'homme se plaît encore à utiliser pour répondre à cette " question des femmes " aura disparu.

 
Julien Lauprêtre, président du Secours populaire français

Au Secours populaire français, nous vivons le drame au quotidien de millions d'enfants, de familles monoparentales aux prises avec les affres de l'exclusion. Celle-ci continue de gagner du terrain; elle frappe dans le domaine alimentaire, vestimentaire mais, bien au-delà, elle étend ses ravages. Les victimes sont des " sans-logis ", " sans soins ", " sans vacances ", " sans loisirs ", parfois " sans-papiers " et, souvent, " sans espoir ". C'est pour semer cet espoir que les bénévoles du Secours populaire français se dévouent sans compter.

C'est pourquoi le vote d'une loi contre l'exclusion sociale et se donnant vraiment les moyens financiers, matériels, logistiques pour promouvoir de nouvelles mesures, et non seulement réaffirmer les droits constitutionnels ou législatifs, serait la bienvenue. La naissance d'un statut du bénévolat constituerait aussi un sérieux atout pour développer l'irremplaçable solidarité populaire.

Le scandale de l'assujettissement à la TVA des associations humanitaires et des frais postaux qui leur sont imposés devrait cesser.

Nous souhaitons que le Parti communiste français, ses élus, contribuent à mettre un terme à ces injustices flagrantes.

 
Jacques Milliez, professeur des Universités, gynécologue accoucheur des Hôpitaux

En France, j'attends un espoir pour les jeunes, la perspective d'une réduction du chômage, l'attention d'une société ouverte sur les moins favorisés, notamment dans les banlieues. J'attends une voix expliquant que la tolérance n'est pas une vertu spéculative mais une nécessité politique pour la cohérence de notre tissu social. J'attends une convergence des consciences pour condamner toute compromission politique qui accepterait le racisme. J'attends l'Europe comme une chance qu'il ne faut pas gâcher. Dans le monde, j'attends la fin de la violence politique en Algérie, une vraie paix au Moyen-Orient, la restitution des territoires occupés à l'Autorité palestinienne et la fin de l'embargo sur l'Irak. J'attends des mesures pratiques qui atténueraient le fossé qui sépare les pays en développement des autres nations, particulièrement odieux quand il concerne la santé. J'attends une politique monétaire qui éviterait par exemple la dévaluation des francs africains telle que le moindre gramme de pénicilline, de quinine ou de médicament contre le sida devient inaccessible à ceux qui en ont le plus besoin. J'attends plus de solidarité. Du Parti communiste, j'attends qu'il poursuive son ouverture dans l'espace qui s'offre à lui aujourd'hui grâce au partage qu'il a su accepter des responsabilités de l'Etat, sans qu'il soit contraint, la preuve en est faite maintenant, de se renier.

 
Béatrice Giblin, géographe, professeur à Paris-VIII

Pour les Français, le changement le plus important pour l'année 1998 serait l'inversion de la courbe du chômage, signe d'une possible amélioration des conditions de vie pour les millions de chômeurs et travailleurs précaires. Certes, les 35 heures et les emplois jeunes, on le sait, seront loin de suffire à résorber les demandes d'emplois, mais ils permettent d'affirmer la priorité absolue de ce gouvernement de la gauche plurielle. Une diminution du chômage attribuée pour partie à l'action politique permettrait d'atténuer la méfiance envers les responsables politiques de droite et de gauche, jugés incapables jusqu'ici de répondre à la préoccupation majeure des Français, le chômage. Dans le cas où la reprise économique accompagnerait cette action politique, la reprise de l'embauche contribuera à redonner confiance à l'ensemble de la population, ce qui est une des conditions essentielles pour détourner les électeurs du vote Front national, car l'inquiétude est l'un des ressorts du vote d'extrême droite. Tant que la réduction nette du chômage est imperceptible, il est inutile, voire politiquement dangereux, de prôner une politique d'ouverture à l'immigration ou de vouloir régulariser tous les sans-papier. En effet, l'extension du vote d'extrême droite, bien qu'inégale, sur l'ensemble du territoire national, montre l'adhésion de plus en plus large aux discours de ce parti, ce qui est très inquiétant à un moment où la droite est en déliquescence. Il est plus que temps de ne pas jouer avec le feu.

 
Marina Vlady, comédienne, écrivain

Que souhaiter pour 1998 ? Naturellement la paix, du travail pour ceux qui n'en ont pas, des logis pour ceux qui sont à la rue, des papiers pour les exclus de la société, plus de justice, plus de compassion, plus de clairvoyance chez les dirigeants, encore plus de courage pour les militants et, peut-être un souhait très simple: que la devise " Liberté, Egalité, Fraternité " soit appliquée à tous ceux qui se trouvent sur le sol français.

 
Viviane Forrester, écrivain

Je souhaite que l'on cesse de confondre l'économie avec le monde des affaires et le monde des affaires avec celui de la spéculation.

Je souhaite que l'on cesse de confondre utilité avec rentabilité.

Je souhaite que les personnes redeviennent plus importantes que les bilans.

 
Sapho, auteur, compositeur, interprète

1. La loi sur le code de la nationalité reviendra à l'Assemblée en deuxième lecture. Je suis pour en revenir au droit du sol, c'est-à-dire pour que les enfants nés en France puissent être français sans avoir à le demander. C'est pour moi un choix humain avant d'être un choix politique.

2. Le Parti communiste pour moi ? Serait-il possible que la gauche de la gauche aide la gauche à être à gauche ?

 
Tamar Gozhansky, dirigeante du Parti communiste israélien, députée à la Knesset

1. J'espère que l'année 1998 apportera vraiment la paix au Moyen-Orient et particulièrement entre Israéliens et Palestiniens, et entre Israël et la Syrie. Mais la situation actuellement ne s'y prête guère avec le Likoud au pouvoir et la ligne dure de ses dirigeants. Pour que le processus de paix reprenne, il faudrait un changement de politique et donc un nouveau gouvernement. Cette possibilité n'est pas exclue. De nouvelles élections pourraient avoir lieu si la crise gouvernementale s'accentuait. La politique de Netanyahu est celle des mensonges et cela dans tous les domaines, pas uniquement celui du processus de paix. Nous avons des problèmes sociaux et économiques cruciaux en Israël, le chômage, la récession du tourisme. Maintenant, des médicaments et les traitements coûteux pour des maladies telles que le cancer ne seront plus remboursés. Je souhaite que se poursuive le combat des travailleurs qui, ces derniers temps, a été remarquable, avec une grève dans le service public de 400 000 personnes pendant cinq jours. Mon espoir s'appuie sur la prise de conscience de cette duperie de Netanyahu et la peur d'une nouvelle guerre.

2. Au niveau de la solidarité, il est important de témoigner de la réalité. J'espère que nous pourrons organiser en 1998 des rencontres entre Israéliens, Palestiniens et Français. Le Parti communiste peut y contribuer parce qu'il a des relations de qualité avec les hommes de paix israéliens et palestiniens. Propos recueillis par Agnès Pavlowsky

 
Gilles Perrault, écrivain

Il faut que 1998 marque un coup d'arrêt à la progression du Front national. Si ce n'est pas le cas, le pire deviendra possible. On risquerait d'assister à une débâcle, à tous les sens du terme: la désagrégation d'une droite paniquée viendrait grossir les bataillons du néo-fascisme et nous pourrions alors vivre le cauchemar de régions françaises passant sous le contrôle de Le Pen et de ses nouveaux alliés.

Dans cet affrontement vital pour notre démocratie, le Parti communiste français se trouve en première ligne. Son affaiblissement a ouvert un espace aux démagogues populistes. Son renforcement permettra de reconquérir le terrain perdu car il est à peu près le seul à pouvoir toucher et convaincre les couches les plus frappées par la crise économique et sociale. En 1998, le gouvernement de la gauche plurielle est condamné à réussir, notamment sur le front essentiel du chômage. Puisse le Parti communiste peser de tout son poids pour que ce gouvernement tienne le bon cap !

 
Dominique Lecourt, philosophe, professeur à l'Université Denis Diderot, Paris-VII

1. Que la politique reprenne la valeur qui devrait être la sienne aux yeux de tous les citoyens.que, surmontant leurs découragements et leurs dégoûts, ils y voient à nouveau l'objet le plus digne de leur souci, et qu'ils consacrent à nouveau leurs efforts communs à penser un nouveau type de rapports sociaux pour sortir du monde qui maintenant s'effondre.

2. Qu'il entreprenne sans plus tarder l'indispensable réflexion collective sur ce que fut le stalinisme dans ses rangs, son organisation, ses modes de pensée et d'action.

 
Danièle Linhart, sociologue du travail

L'année 1998 ne sera pas, je crois, l'année de grands changements, alors qu'il en faudrait tant !

Ce que je souhaite plus particulièrement, parce que je suis sociologue du travail, c'est un regain de vitalité et de crédibilité de l'action syndicale.

Les salariés sont livrés, individuellement, aux stratégies managériales dont on mesure de plus en plus les conséquences néfastes sur le plan social. Cela ne peut pas continuer.

Les syndicats ont, certes, des efforts à faire de leur côté pour explorer, définir et argumenter des politiques revendicatives plus adaptées et qui ne délaissent pas les questions d'organisation du travail qui conditionnent largement celles de l'emploi. Mais ils ne peuvent pas le faire sans les salariés. Par plus que les salariés ne " s'en sortiront " tout seuls.

Ce que je souhaite donc pour l'année 1998, c'est l'amorce d'une dynamique de prise de conscience progressive chez les salariés de l'importance de la présence et de la mobilisation syndicale, comme de la nécessité d'y contribuer.

 
Jean-Paul Fitoussi, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris

1. Que l'on décide vraiment de tout mettre en oeuvre pour vaincre le chômage et rétablir la cohésion sociale et que cette décision soit crédible. Il s'agit tout simplement de souhaiter que la société française retrouve son avenir. Ce souhait n'est pas nécessairement utopique: il implique que l'on combatte le chômage et la précarité avec la même obstination que celle qui a présidé à la lutte contre l'inflation. J'espère même avec davantage d'obstination.

2 . J'attends du Parti communiste qu'il soit le fer de lance de ce combat, qu'il rappelle en permanence l'urgence de trouver une solution au problème de l'emploi. Mais j'attends aussi qu'il invente de nouvelles solutions, et qu'il contribue à la réflexion sur l'avenir de notre société..

 


1. Voir pp.6 à 9 de ce numéro.

2. Voir Robert Hue au Conseil national du Parti communiste français, les 13 et 14 novembre 1997.

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