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1998 ne sera pas un long fleuve tranquille Par Henri Malberg |
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1997
a surpris. Qui aurait parié, voici un an, sur la défaite de la droite et l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement de gauche plurielle, avec des ministres communistes. L'avenir réserve sans doute d'autres surprises. Les messages des invités (1) qui " imaginent 1998 " pour les lecteurs de Regards disent, dans une extrême diversité d'approche, les attentes profondes du pays. Attentes dont témoignent tous les observateurs politiques comme les sondages, les militants de terrain, associatifs et syndicaux... La satisfaction populaire devant le bilan d'une demi-année de pouvoir de gauche se double d'impatiences légitimes." Pour l'instant, on ne voit rien venir ", pensent des millions de sans-emploi, de mal-logés, de salariés sous payés. Des problèmes de plus en plus précis se font jour. Ils relèvent de choix politiques. La question de presser le pas si on veut répondre au besoin de changements se trouve posée.
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Enjeux
Vraisemblablement 1998 ne sera pas un long fleuve tranquille. Les enjeux sont élevés, et tout le monde le sait. Il n'est que de voir l'arrogance de la droite et l'élection " d'un tueur " à la tête du CNPF, les pressions énormes des milieux financiers français et européens pour que l'expérience française rentre dans le rang. Il ne faut pas, à leurs yeux, qu'une issue progressiste se fraye un chemin contre le libéralisme et le libre mouvement des capitaux. Cet enjeu, qui est proprement national, est aussi européen. Cela se verra de plus en plus clairement. Et concrètement. Comment la gauche pourrait-elle réussir et maintenir un rapport de forces en sa faveur autrement qu'en répondant aux attentes de ceux qui l'ont portée au pouvoir, autrement qu'en s'en prenant aux racines du mal social et du mal économique ? On peut enregistrer positivement qu'au Congrès socialiste il ait été dit: pas de libéralisme de gauche, pas de "blairisme", et que Lionel Jospin comme François Hollande aient déclaré qu'il n'était pas question de faire la pause et qu'il fallait avancer dans la voie des réformes et des engagements pris. Tenir les engagements, n'est-ce pas précisément s'engager dans des réformes de structures pour opérer un tournant non pas vers le pire, comme nous en avons souvent trop connu dans notre histoire et encore en 1983 avec le tournant de la rigueur, menant la gauche à l'échec, mais un tournant vers le mieux. Les communistes veulent contribuer à un tel tournant prenant force et dynamisme dans l'intervention citoyenne (2). Il s'agit bien de contribuer ainsi à la réussite de la gauche. Réussite politique lors des élections régionales. Et réussite économique et sociale sans lesquelles les attentes exprimées avec tant de force ne pourraient être satisfaites avec tous les risques d'échecs qui en découleraient.
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Réformes
Des réformes de structure sont indispensables. Le principe de ces réformes est inscrit dans la déclaration commune du Parti communiste et du Parti socialiste du 29 avril, à la veille des élections victorieuses. Il faut en rappeler la substance. Il s'agit de relance du pouvoir d'achat et de la consommation, ce qui implique une augmentation sensible des salaires et une augmentation du Smic autrement significative que le coup de pouce de juillet dernier. Peut-on vivre avec cinq mille francs par mois ? Et moins. L'économie peut-elle redémarrer si elle se confine à chercher des marchés extérieurs qui s'avèrent non solvables ? Ne faut-il pas rendre solvable le marché intérieur ? Priorité à la lutte contre le chômage et pour l'emploi, ce qui implique la réussite des emplois jeunes avec, dès maintenant, l'engagement de la formation et la reconnaissance des qualifications, des 35 heures sans diminution de salaires et avec création d'emplois. Mais aussi une profonde réforme du système fiscal pour orienter l'argent vers l'emploi, la production, les services, la formation. Réformes qui doivent également alléger les charges financières qui pénalisent les PME-PMI et créations d'emplois. Autre axe majeur: la défense et le promotion des services publics, leur rénovation et leur démocratisation. Politique qui implique l'arrêt des privatisations. Il s'agit enfin de faire avancer la République et la démocratie en créant les conditions pour que les salariés exercent dans les entreprises des droits nouveaux notamment sur les choix financiers et ce qui touche à l'emploi et en faisant franchir une nouvelle étape à la démocratie française permettant aux citoyens de peser sur les décisions qui les concernent. Et puis, l'urgence... Peut-on continuer à laisser des millions de personnes sans emploi, sans toit, sans formation et sans avenir ? Serait-il raisonnable de s'opposer à la proposition simple des communistes de multiplier par quatre l'impôt sur les fortunes et d'ainsi consacrer 30 milliards à la lutte contre la pauvreté ? Certes tout ne peut être fait en une fois, mais tous ces chantiers sont urgents si on veut ouvrir une nouvelle période politique de progrès. Sans ces efforts, tout peut s'enliser. Quant au fond, une même question revient de manière incessante: oriente-t-on l'argent vers les hommes, leurs besoins, ou vers ceux des marchés financiers, tonneau sans fond ?
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Le dossier européen n'est pas clos
S'il est un domaine où l'année qui commence sera cruciale, c'est bien celui des questions européennes. De toutes parts, on décrète que le pli européen actuel est irréversible et la page tournée. Rien n'est moins sûr. L'avenir des relations européennes reste ouvert: marchés financiers dominants ou peuples solidaires, " euro " ou monnaie commune avec maintien des monnaies nationales... Le destin hésite et on y peut quelque chose. C'est Jean Boissonnat, partisan de la monnaie unique, qui s'inquiète de " ce séisme, le plus important depuis la guerre avec l'effondrement du mur de Berlin..." Des dates clés se présentent. L'année commence avec, le 18 janvier, la manifestation nationale organisée à l'appel du Parti communiste pour la réorientation de la construction européenne et pour un référendum pour un passage à la monnaie unique. En février, ce sera un colloque public entre le Parti communiste et le Parti socialiste avec l'ambition de débattre " toutes cartes sur la table ". En tout état de cause, les grands partenaires de la construction européenne sont le peuple français, et les peuples européens, dont l'entrée en scène se fait plus vive avec les échéances. Il ne faut pas oublier que la réussite de la gauche française est inséparable de la réorientation de la construction européenne.
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En mars, une occasion
Les élections régionales et cantonales en mars prochain doivent être l'occasion d'affaiblir la droite et de faire échouer les prétentions de l'extrême droite. Affaiblir nettement la droite qui dirige 20 régions sur 22 et se sert de ces pouvoirs pour contrecarrer les changements. Et encourager la gauche, et particulièrement sa composante communiste, à aller de l'avant plus vite, plus loin, plus fort, pour que l'espoir né en juin dernier trouve les concrétisations tant attendues.
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| Pour conclure, toute l'équipe de Regards souhaite aux lecteurs une bonne année, donc pas trop tranquille. |
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1. Voir pp.6 à 9 de ce numéro. 2. Voir Robert Hue au Conseil national du Parti communiste français, les 13 et 14 novembre 1997.
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