Regards Janvier 1998 - La Cité

Enseignement
Des ambitions pour l'Education

Par Nicole Borvo *


Les savoirs que l'école transmet, les mesures pour combattre l'échec scolaire, la formation professionnelle, les nouvelles missions de l'Enseignement supérieur: les questions que pose l'Education doivent faire l'objet d'un débat de fond.

Le gouvernement a donné des signes depuis juin d'une pratique nouvelle: il a montré qu'il savait, tant dans l'élaboration de projet qu'à l'occasion de conflits sociaux, prôner la concertation avec les différents acteurs concernés, en opposition à un patronat au comportement guerrier. Cette méthode ne peut pas faire défaut quand il s'agit d'une question aussi essentielle que l'Education et d'une catégorie professionnelle aussi impliquée que sont les enseignants." Je crois au débat, à la discussion large, publique sortant des conciliabules de cabinets " déclare Claude Allègre à la presse. Alors, à quand les actes ? Le Parti communiste n'a cessé, depuis des années, de proposer un grand débat national sur l'Education. L'école appartient à la nation: c'est aux citoyens de décider ce qu'ils veulent, les missions qu'ils lui assignent, les moyens qu'ils lui consacrent. Mais le premier atout pour l'école, ce sont les enseignants, leur qualité, leur motivation, leur ambition, la place que leur reconnaît la société. La transformation du système éducatif n'est pas exclusivement dans les mains des enseignants, mais aucune transformation positive ne se fera sans eux, voire contre eux et encore moins sans la contribution des organisations syndicales dont ils se sont dotés.

Depuis quarante ans, le système scolaire n'est pas resté immobile. A l'heure des comparaisons européennes, il n'a pas démérité: 63% d'une classe d'âge atteint le bac pour à peine plus de 30% en Grande-Bretagne. Les luttes massives et obstinées pour la défense du service public national d'éducation et pour des moyens publics contre les assauts du libéralisme n'y sont pas pour rien. En même temps, la massification n'est pas synonyme de démocratisation en profondeur. Les écarts d'origine socioculturelle persistent. L'échec est multiforme, et " exclut " 70 000 à 100 000 jeunes par an. Les enquêtes sur le recrutement des élites sont terriblement accusatrices: la proportion d'enfants de milieu populaire accédant aux grandes écoles a reculé depuis trente ans.

A ces problèmes non résolus, s'ajoutent et se mêlent des problèmes nouveaux: les difficultés de vie des élèves et de leurs familles, la crise de la société et ses répercussions dont le rejet de l'institution et la violence sont les manifestations les plus perceptibles. L'opinion qu'ont les Français du système éducatif traduit cette contradiction: elle est toujours plutôt positive globalement, mais ils veulent des changements. Or, les dysfonctionnements dont tout le monde parle peuvent alimenter les pires démagogies et les orientations les plus régressives comme " le moins d'école " ou le " kit " de survie de l'OCDE, l'orientation à 13 ans, l'apprentissage précoce, etc.

 
Une demande d'avancées en matière éducative

La majorité de notre peuple qui a rejeté la politique de la droite attend de la gauche plurielle qu'elle prenne à bras-le-corps les problèmes et qu'elle s'engage pour de nouvelles avancées démocratiques en matière éducative. Le gouvernement a pris des mesures sociales et civiques urgentes pour les élèves (cantines, prime de rentrée, mesures contre la pédophilie, le bizutage...). Les ministres concernés ont annoncé des pistes de travail ou de réformes, sur les ZEP, les lycées, la déconcentration, la relance d'un programme universitaire... Les acteurs du système éducatif, les citoyens sont en droit d'attendre du gouvernement qu'il affiche des objectifs, des ambitions, qu'il donne un fil conducteur.

Pour notre part, nous souhaitons que soient affirmées des idées fortes, et d'abord la nécessité d'une formation de haut niveau pour tous, condition indispensable d'une perspective de progrès de civilisation. Ce choix a deux conséquences, elles aussi indispensables: le développement du service public et la lutte résolue contre les différents mécanismes élitistes et ségrégatifs à l'oeuvre à l'intérieur du service public; le choix de l'investissement éducatif, car le niveau de développement d'un pays se mesure aux moyens qu'il consacre à l'Education. Les auteurs du plan Langevin-Wallon déploraient, il y a cinquante ans, que la France n'y consacre que 7% du produit intérieur brut. Le PIB n'est plus le même mais la proportion est toujours de 7% (dont 3,8% seulement à la charge du budget de l'Etat). Faire ce choix implique de prendre à bras-le-corps une série de problèmes de fond.

Quels savoirs l'école doit-elle transmettre ? Et quel doit être le socle commun à tous les jeunes à la sortie du système éducatif ? Une réflexion en profondeur sur les contenus, les méthodes d'enseignement, la formation initiale et continue des enseignants s'impose. La question de l'obligation scolaire jusqu'à 18 ans avec tout ce qu'elle implique se pose aussi.

 
Un débat qui ne peut pas être " cadré " par quelques experts

Quelles sont les orientations à développer pour combattre l'échec, sur la base du bilan contrasté des ZEP et des expériences positives existantes de pédagogies différenciées ?

Quels liens entre formation générale et formation professionnelle ? Question pressante pour revaloriser la formation professionnelle publique.

Quelles missions nouvelles pour un enseignement supérieur de masse ? Se posent la question de l'articulation entre enseignement secondaire et supérieur et donc celle de l'orientation, de la définition et des contenus des filières, mais aussi du lien entre formation, recherche et emploi ainsi que du statut de l'étudiant; enfin celle des coopérations européennes et internationales.

Quelle démocratisation des structures et de la vie des établissements ? Tous les acteurs du système éducatif, y compris les jeunes, doivent bénéficier de droits nouveaux. La citoyenneté est une exigence incontournable.

Le débat doit porter sur toutes les grandes questions. Il ne peut être " cadré " par quelques experts. Sont tout à la fois nécessaires la contribution croisée des chercheurs et des praticiens de terrain et l'intervention des citoyens. Et pourquoi pas demain des états généraux de l'école ?

Les communistes, quant à eux, sont bien décidés à s'investir avec leurs propositions dans ce débat nécessaire et à tout faire pour qu'il se développe. Les espaces citoyens que nous proposons de créer peuvent en être un des lieux.

 


* Sénatrice de Paris, Secrétaire du Comité national du Parti communiste français.

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