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Renouveau citoyen
Par Jean-Claude Oliva |
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Voir aussi Tendances , A droite toute |
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Selon une récente enquête, le fait de militer dans un parti arrive en fin de liste des actions définissant un bon citoyen ! Cela donne aux partis la mesure du chemin à parcourir avant de répondre aux exigences actuelles des citoyens.
Le chemin entre l'ancien et le nouveau.
Chacun ressent à sa façon la fin d'une certaine façon de faire de la politique, dans la société en général et au PCF en particulier. En même temps, de nouvelles possibilités d'engagement des citoyens se font jour et ne trouvent pas de débouché dans les partis tels qu'ils sont aujourd'hui. C'est ce double phénomène qui est appelé crise de la politique. Cette dernière n'est pas une donnée provisoire mais une réalité profonde qui touche toutes les dimensions de la politique: contenu, pratiques, institution, rapport à la société et aux citoyens. Une crise porteuse de refus de plus en plus déterminés et d'exigences de plus en plus pressantes. Un citoyen, une citoyenne ne veut plus subir ce qu'on lui impose même s'il n'a pas une vue très claire de ce qu'il faudrait faire ou de ce que l'on pourrait faire. Et faire procéder les décisions du débat citoyen impliquerait bien sûr de nouvelles institutions et méthodes pour l'action politique. Comme le soulignait Robert Hue devant le Conseil national du PCF réuni en novembre (1): il y a " un devoir d'imagination " en la matière.
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Des partis politiques qui répondent à l'attente des citoyens
Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, cette crise ne s'estompe pas avec le changement de gouvernement; les attentes sont plus fortes que jamais. Si, en 1990, 74% des Français pensaient que la politique est en crise, en octobre 1997, ils sont 84% à le dire; 88% chez les femmes, 89% chez les 18/24 ans, 91% chez les 25/34 ans, 87% chez les employés et 90% chez les ouvriers. Et ce n'est certainement pas un hasard si ces catégories se retrouvent le moins dans la politique telle qu'elle est aujourd'hui. Cette crise est vécue comme durable par 68% des Français en octobre 1997 contre 49% en février 1990. Elle préoccupait beaucoup 17% des Français en 1990, et elle en préoccupe beaucoup 34% à présent: 72% en ce qui concerne les électeurs communistes des dernières présidentielles ! Quels sont les enjeux de cette crise de la politique ? L'existence de la démocratie est le plus vital et le plus évident: ainsi 54% des électeurs de Le Pen veulent la suppression des partis politiques. Majoritairement, les Français attendent autre chose: 56% en 1990 et 61% en 1997 (68% chez les électeurs de Robert Hue) ne veulent pas supprimer les partis politiques. Mais souhaitent qu'ils répondent à leurs attentes. Sentiment spécialement fort vis à vis du Parti communiste dont 92% des Français (et 93% des proches du PC) jugent déjà qu'il a changé en bien. Mais aussi qu'il n'a pas changé suffisamment, l'image d'archaïsme continuant à prédominer largement à son égard.
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Un changement construit par chacun à son propre rythme
Sa " mutation " consiste à rejeter la notion de parti-guide car plus qu'un guide - on se souvient du " malheur au peuple qui a besoin de héros ! " du Galilée de Brecht - ce dont ont besoin les citoyens, c'est d'un Parti prenant des initiatives et formulant des propositions pour qu'ils puissent eux-mêmes construire le changement, à leur rythme. En rupture avec ce qui fut longtemps dominant dans la culture communiste. Et, en corollaire, la volonté d'ouverture totale à la société: un parti qui, par ses conceptions et ses comportements, n'est plus ni " au-dessus " ni " à côté " mais " dedans ". Bref, il s'agit concrètement de briser le moule léniniste. Ce que l'historien Marc Ferro notait à sa façon dans l'Humanité (2): " le PCF n'a-t-il pas un peu conservé cette idée qu'il incarne un savoir supérieur ? S'il rompt avec, il se modernise pour de bon." Autre élément déterminant, la volonté de mobiliser les capacités d'initiative de tous les individus communistes, de tous ceux, membres ou non du PCF, qui se retrouvent dans cette visée de transformation profonde de la société. Cela correspond à une tendance de fond de l'évolution sociale, l'individuation qu'on ne saurait confondre avec l'individualisme: " l'ère des individus n'est pas pour autant nécessairement celle de la fin du politique " (3) mais c'est l'individu lui-même qui fait sens, qui constitue la cohérence de ses divers engagements. Cette individuation appelle un nouveau type de militantisme que, faute de mieux, le sociologue Jacques Ion appelle " l'engagement distancié " qui suppose " des individus déliés de leurs appartenances, valorisant des ressources personnelles, se mobilisant ponctuellement sur des objectifs limités pour une durée déterminée, privilégiant l'action directe et l'efficacité immédiate même restreinte ". Très concrètement, le sociologue remarque que " hier l'adhésion valait acte militant, aujourd'hui l'adhésion peut être de pure forme tandis que la mobilisation peut se passer de l'adhésion " Peut-être s'agit-il d'une piste pour une forme renouvelée, davantage moyen de participer, de s'exprimer, bref de se servir du Parti communiste plutôt que le servir, être copropriétaire du Parti communiste plutôt que lui appartenir. Parti à la carte plutôt que carte du Parti ? En tout cas, la non-adhésion ne vaut pas à coup sûr désintéressement, de la même façon que l'abstention ne peut être interprétée comme un indice de dépolitisation: les électeurs ne participent pas moins à la politique, ils participent autrement, recourant plus volontiers qu'hier à la grève, à la manifestation et aux actions protestataires, notent les auteurs d'un ouvrage collectif consacré à l'analyse du scrutin présidentiel de 1995, " l'électeur a ses raisons " (4). C'est à ce niveau que doit répondre la dite mutation communiste, il ne s'agit pas seulement de panser les plaies du passé ou du énième tournant stratégique. Jacques Ion note le dépassement d'une définition des rapports entre individu et société qu'il convient de penser autrement que comme une relation d'inclusion entre deux éléments donnés. Dans cette conception, l'organisation ne préexiste pas à l'individu qui la construit." Le social se construit à partir de personnes en quête constante de leur propre définition dans les relations mêmes qu'elles nouent avec d'autres dans des espaces de moins en moins circonscrits ". Comme en écho, le PCF a adopté un type de démarche nouveau où la diversité est reconnue, où l'apport de chacun est valorisé, où le projet n'est pas achevé mais compris dans une dynamique de transformation sociale avec les citoyens. Cela touche à la fois à sa propre organisation mais aussi à son rapport aux citoyens. Cela veut se matérialiser, pour une part, dans " l'espace citoyen ", un lieu à inventer dans le paysage politique français, appartenant à ses participants. Un lieu où l'idéal communiste peut prendre vie au grand air de la démocratie. Un pari ambitieux sur l'avenir, un défi à relever pour les communistes.n J.-C. O. |
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1. L'Humanité du 14 novembre 1997. 2. L'Humanité du 7 novembre 1997. 3. La Fin des militants ? de Jacques Ion aux éditions de l'Atelier, 125 p., 75F. 4. L'Electeur a ses raisons, sous la direction de Daniel Boy et Nonna Mayer, Presses de Sciences Po, 405 p., 98 F.
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Tendances
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" Si je vote Front national..."
C'est le titre d'une enquête qualitative réalisée par l'agence Campana Eleb Conseil du 6 au 18 novembre 1997 en Seine-Saint-Denis.
Les témoignages de 70 personnes ayant voté ou ayant l'intention de voter Front national ont été recueillis par les journalistes.
Au-delà du leitmotiv de l'immigration, ce qui frappe d'abord, c'est la violence du rejet de la politique.
L'amère moisson d'une désillusion qui n'est pas seulement de l'ordre des politiques qui ne tiennent pas leur promesses et sont tous pourris.
La souffrance sociale - ils sont incompris dans leur travail, dévalorisés, laissés pour compte, dans le déclassement ou dans la crainte d'y tomber -, alimente leurs propos.
Leur pessimisme confine au désespoir.
Et dans cette situation, le Front national apparaît comme la tentation du pire.
Tentation ouvertement assumée - ce qui ne manque pas de choquer -, ils savent ce qu'ils font et les dangers encourus, parlent des nazis et d'Hitler...
Dernier élément de cette radioscopie, un grand trouble règne sur l'identité nationale: quelle est la France ? Faciès, langue, culture ? On se prend à rêver qu'une réponse plus assurée sur la nation, - oui tous ces jeunes " beurs, blancs, blacks " sont nés ici, sont donc français et sont en panne d'avenir, voici le vrai drame - pourrait les réveiller de leur cauchemar mortifère.
Mais c'est déjà un autre débat...
C'est reparti pour un " Tours "
Alors au nom d'une pseudo-modernisation, que l'on ne compte pas sur nous, les socialistes, pour devenir des libéraux de gauche, qui ne feraient qu'accompagner un mouvement, alors qu'il s'agit de le maîtriser et non de l'accompagner ".
Ces fortes paroles ont été tenues par François Hollande, nouveau premier secrétaire du PS, au Congrès de Brest.
Si elles marquent clairement la différence avec la droite libérale, elles indiquent tout aussi clairement que l'objectif de transformation sociale profonde de la société ne figure pas dans les perspectives adoptées par un Parti socialiste dont le rôle " se résume en trois mots: soutenir, relayer, proposer ".
Henri Weber, sénateur socialiste de la Seine-Maritime, met le doigt sur ce vide politique (1): " Le modèle social-démocrate d'après-guerre est en crise et chacun se demande bien par quoi le remplacer ".
Même interrogation chez Gilles Martinet, ancien secrétaire national du PS (Le Monde du 3 décembre 97.): " Quelle idée du socialisme se font les socialistes aujourd'hui ? ".
Pour Henri Weber, " la maîtrise, même relative, des forces du marché n'est plus possible dans le cadre national " et de proposer une " Europe-puissance " comme " cadre dans lequel une nouvelle politique économique volontariste et un nouvel Etat protecteur sont possibles ".
Pour Gilles Martinet, " dans un monde où le capitalisme apparaît triomphant, le mouvement socialiste n'a plus pour ambition que d'en limiter la toute-puissance, d'en corriger les règles et d'imposer le respect de valeurs (...) ".
Bref le capitalisme est indépassable.
Congrès de Tours, quand tu nous tiens !
La grande manip
A sa façon, Philippe Breton interroge aussi la crise de la politique.
Le chercheur en communication émet une hypothèse vertigineuse: la manipulation politique ou publicitaire dont son dernier ouvrage (1) s'attache à démonter les ressorts, pourrait nourrir une crise de confiance en la parole en général.
La pratique répétée de la manipulation, même mise en échec, favoriserait " l'enfermement personnel " et contribuerait à développer " l'individualisme destructeur du lien social "...
Philippe Breton rappelle aussi que le passage à une forme de discours brève correspond dans l'antiquité au passage de la République à l'Empire et à un recul sans précédent de la démocratie; pour autant, ces sociétés n'en ont pas été quittes avec le fantôme de la parole.
Où prendre le temps de l'exposé et de la réflexion ? N'est-ce pas le rôle spécifique de la presse dans nos sociétés actuelles de répondre à ce besoin ? n
Philippe Breton, la Parole manipulée, éditions la Découverte/Essais, 220 p., 105 F.
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A droite toute
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La droite semble en proie à une indescriptible cacophonie, notamment sur la question de son rapport au Front national. Si les " ténors " démentent régulièrement toute velléité d'alliance avec Le Pen, c'est pour affirmer mezzo voce qu'ils entendent bien les électeurs frontistes. Et les accords locaux ne sont pas exclus. On voit bien l'avantage de cette stratégie " deux fers au feu ". D'un côté, la majorité des électeurs de droite qui souhaitent ne rien avoir à faire avec le FN est rassurée. De l'autre, les électeurs, voire les dirigeants du FN, sont blanchis et même confortés de voir l'ensemble de la droite leur emboîter le pas dans le débat sur l'immigration. Cela peut assurer à la droite quelques gains électoraux momentanés. Mais ne résout guère les contradictions qui traversent ces différents partis et électorats sur leur projet politique. Seule orientation claire et partagée, s'affirmer bien à droite: c'est un peu court comme programme... Et encore, plutôt que d'un mouvement à sa propre initiative, ne s'agit-il pas d'une retombée de la repolitisation de la société ? |