|
Une maladie de la pauvreté Par Luc Ginot* |
|
|
|
Le saturnisme infantile, intoxication de l'enfant par le plomb, commence à être reconnu comme priorité de santé publique.
Il était temps.
Il reste beaucoup à faire.
Cette pathologie est due à l'inhalation de poussières contenant des sels de plomb, provenant de vieilles peintures, dans l'habitat ancien dégradé.
Les enfants sont d'autant plus facilement contaminés que leur logement est surpeuplé ou en voie d'insalubrité.
Les conséquences de la maladie sont redoutables: évolution aigüe (les encéphalopathies et les décès sont heureusement rares); et surtout évolution chronique (installation de troubles psychomoteurs et de difficultés d'apprentissage dès l'intoxication modérée). Le plomb est un poison cumulatif, qui ne s'évacue pas spontanément. Seules, des cures hospitalières, pénibles pour les enfants, peuvent partiellement réduire l'imprégnation biologique. L'intoxication ne peut être dépistée précocement que par une prise de sang. Le problème n'est pas marginal. Alors que le dépistage n'est vraiment engagé, et encore de façon très irrégulière, qu'en région parisienne, à Lyon et à Marseille, les données locales sont assez angoissantes: à Aubervilliers, 330 enfants sont ou ont été intoxiqués et 1360 cas ont été dépistés en Ile-de-France entre 1992 et 1995. C'est un phénomène lourd socialement, économiquement, humainement. La mobilisation des "décideurs nationaux" a été modeste. Les travaux pionniers de la PMI de Paris datent de plus de dix ans. Les gouvernement successifs y ont opposé un épais silence, troublé seulement par les mesures prises en 1993 par Simone Veil et par des adaptations règlementaires peu significatives. Or, les moyens de faire face à cette épidémie sont désormais codifiés: généraliser le dépistage dans les zones à risques, identifier ces dernières, engager d'urgence des travaux d'isolement du plomb, de décontamination, reloger les cas les plus graves. Le saturnisme infantile est une maladie doublement inégalitaire. Stigmate de la pauvreté, elle vient y ajouter ses effets spécifiques. A cela on doit éthiquement répondre par des moyens adaptés en dépistage, en accès aux soins, en soutien aux familles. C'est de la responsabilité des pouvoirs publics, des élus, des professionnels de la santé. Qu'il s'agisse de dépistage, de suivi sanitaire, de relogement, un double engagement local et national est nécessaire. Le saturnisme infantile est une maladie déterminée par les conditions de vie qui pose la question de l'habitat ancien dégradé, trop longtemps ignorée, et renvoie à la politique de lutte contre l'insalubrité et à des moyens financiers adaptés aux travaux de déplombage. Le saturnisme infantile engage la responsabilité publique: la communauté nationale est comptable de la santé de chacun de ses membres, singulièrement les plus fragiles. Des mesures règlementaires doivent protéger les occupants, amener les propriétaires bailleurs à procéder au déplombage. Une question de santé publique aussi liée à la précarité, aux problèmes de logement, ne se règle pas simplement. Le saturnisme infantile reflète nos choix sanitaires, notre politique de logement social, nos orientations urbaines, notre rapport aux plus défavorisés. En cela, c'est un enjeu politique local et national. Le gouvernement manifeste la volonté d'affronter ce problème, c'est une occasion majeure pour les acteurs de la vie sociale et politique. La question, trop longtemps abandonnée aux techniciens, est désormais revenue dans le champ de la transformation sociale.n l. G. |
|
* Médecin de santé publique.Co-organisateur de la troisième journée départementale "saturnisme infantile en Seine-Saint-Denis" (9/10/1997). |