Regards Décembre 1997 - Points de vue

L'Humanité à neuf

Par Xavier Delrieu


Entretien avec Pierre Zarka *

Le Comité national du Parti communiste français se réunissait le 28 octobre dernier avec, à son ordre du jour, les fonctions de l'Humanité et de l'Humanité dimanche (devenu l'Humanité hebdo le 23 novembre). En conclusion, accompagnant le lancement d'une souscription de 10 millions de francs, un appel du Comité national du Parti communiste français mettait l'accent sur " une nouvelle ambition pour inscrire l'existence et le développement de la presse communiste dans la réussite de la mutation du Parti communiste français ", et qui relevait que " s'appuyant sur les nombreux atouts originaux, la direction de l'Humanité et les rédactions de l'édition quotidienne et de l'hebdomadaire se sont engagées dans un processus de profond renouvellement de la presse communiste ". A la veille de la sortie de l'Humanité hebdo, Pierre Zarka évoque quelques aspects du chantier.

 
Pour que l'Humanité reparte sur de bonnes bases, à combien devra s'élever le tirage ?

 
Pierre Zarka : Il faudrait vendre 10 000 exemplaires supplémentaires de l'Humanité et 20 000 de l'Humanité dimanche. Nous ne serions pas riches, mais nous ne serions plus en danger et nous aurions des moyens de développement.

 
Il y a encore quelques années le journal se vendait à 80 000 exemplaires. Alors pourquoi parlait-on déjà de zone critique ?

 
P. Z.: Parce que la restructuration du journal n'était pas faite. Les réductions de personnel, la fermeture des éditions régionales et départementales ainsi qu'un réel effort des communistes nous ont permis au d'obtenir un premier répit durant l'année 1993. Le second est intervenu en 1995 avec une nouvelle souscription et la création de la société des amis de l'Humanité.

 
Pour attirer ces 10 000 lecteurs supplémentaires, le journal devra changer. A-t-on une idée de ce à quoi il ressemblera ?

 
P. Z.: Pas encore. Le chantier s'ouvre. En fait, nous ne voulons pas changer un peu, nous voulons faire une nouvelle Humanité. Il y a des attentes profondes auxquelles personne ne répond. C'est un besoin de gratter la surface des choses, de prendre son temps pour comprendre. Cela suppose fondamentalement une autre conception du journal. Nous voulons nous adresser à celles et ceux qui veulent transformer la société.

 
Les communistes restent le premier cercle de ces lecteurs ?

 
P. Z.: C'est le premier cercle mais je ne le dissocierais pas du reste, puisque, au fond, les exigences et les besoins sont les mêmes. On a besoin de lieux de rencontres, d'expressions et d'élaboration. L'Humanité peut en être un et offrir cette opportunité à tous ceux qui désirent participer à ce processus de transformation, qu'ils soient communistes ou non.

 
Connaît-on le portrait type de ces lecteurs qui ne lisent plus l'Humanité ?

 
P. Z.: Un bon nombre de lecteurs se sont découragés devant le poids de la crise et ont fini par se dire que la lecture est une chose vaine, qu'elle ne débouche pas sur des possibilités de transformation. Il faudra donc que le journal soit une prise sur le cours des choses, un moyen de participation.

 
Physiquement, cela se concrétisera comment ?

 
P. Z.: La question est précoce ! C'est sur la base du Comité national que va s'ouvrir le chantier. Et puis nous nous sommes d'abord, occupés de l'hebdomadaire. Je ne peux pas en dire beaucoup plus aujourd'hui. Mais il s'agira d'une conception originale de la presse. Nous ne voulons pas des canons dépassés du type " nous voulons faire l'opinion ", ni d'un moule consensuel. Pour que le lecteur se sente acteur, il faut que le journal le soit lui-même. Cela ne veut pas dire qu'il sera organisateur de tout le mouvement que l'on appelle citoyen, mais qu'il y participera. Il faut que nous soyons un vecteur d'exploration de la réalité. Nous voulons participer à l'élaboration d'un projet collectif où se retrouveront, bien sûr, les communistes, mais aussi d'autres gens. Il y a aujourd'hui une crise de l'information. Le drame de cette fillette, noyée dans la boue au Mexique, il y a quelques années est significatif. Qu'est ce que c'est que cette information qui véhicule un tel sentiment d'impuissance et d'inutilité ! L'informé devient maintenant un être passif.

 
L'Humanité va apporter sa réponse à la question de sens qui se manifeste aujourd'hui dans tous les médias ?

 
P. Z.: Pas tout à fait. Le journal va apporter aux lecteurs des éléments et des clefs pour qu'ils puissent construire eux-mêmes leurs réponses. Nous ne leurs demandons pas de nous consommer, mais plutôt de participer avec nous à la réflexion.

 


* Directeur de l'Humanité.

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