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Europe
Par Françoise Amossé |
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Entretien avec Martin Schultz * |
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L'harmonisation sociale en Europe vous paraît-elle nécessaire ?
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M.
S.: C'est logique.
Si l'on crée un espace économique libre, l'harmonisation de la structure sociale européenne s'impose, sur les bases les plus élevées, sinon l'on crée à nouveau un leadership capitaliste, avec libre circulation des capitaux, des marchandises, des services.
D'un côté, existerait une liberté totale pour les entreprises et les détenteurs de capitaux, de l'autre, le social se contenterait de structures fragmentées, basées sur le niveau national.
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Quel rôle pour l'Europe au plan social ?
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M.
S.: On ne peut construire une Europe qui ne donnerait pas les armes nécessaires aux syndicats, aux comités d'entreprises, aux institutions sociales.
On ne peut contenir les droits syndicaux au niveau national quand les grandes entreprises s'organisent internationalement.
L'objectif, c'est aussi une base légale à la législation sociale, valable pour toute l'Europe.
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Vous militez pour l'introduction d'un critère emploi pour la construction européenne ?
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M.
S.: Oui.
Il faut arriver à baisser le taux de chômage, avec pour référence par exemple, la moyenne des 3 pays qui ont le moins de sans-emplois.
La commission pourrait contrôler chaque année les progrès des Etats de la CEE.
J'espère que ce sera possible.
Mais je crains que le gouvernement allemand ne bloque ce processus.
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Où en est l'opinion publique vis-à-vis du passage à l'euro ?
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M.
S.: Les gens ne veulent pas l'euro mais ils pensent que tout est bouclé.
Les deux chambres ont ratifié le traité de Maastricht et, de ce fait, donné leur accord à la monnaie unique.
Les Allemands émettent de sérieuses réserves et craignent les conséquences du passage à la monnaie unique.
Ils sont fatalistes, au fond.
Helmut Kohl compte gagner les législatives de 1998 avec l'euro et, puisqu'il est " grillé " comme chancelier de l'Allemagne, se voit déjà en président de l'Europe.
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Mais son gouvernement semble avoir du mal à atteindre les fameux 3%...
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M.
S.: Theo Waigel, le ministre de l'Economie excelle dans la " comptabilité créative ", pour arriver aux 3, 0%.
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Votre collègue, Gerhard Schröder, a déclaré en substance au Monde: " Les 35 heures en France, bravo, si cela avait été fait plus tôt, ça aurait été meilleur pour la compétitivité de mon pays." Qu'en pensez-vous ?
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| M. S.: Dans les grandes entreprises industrielles, sans les 35 heures, il y aurait encore plus de chômeurs. Les 35 heures ont aidé à conserver des emplois, sans en créer de nouveaux. C'est plutôt un garde-fou contre les licenciements. Pour le tertiaire, les services marchands, les petites entreprises, la flexibilité me paraît mieux convenir. D'un certain point de vue, Gerhard Schröder a raison. Chez Volkswagen, la situation est beaucoup plus difficile aujourd'hui avec les 35 heures, en matière de compétitivité. Pour la France, les 35 heures sont nécessaires. Si la compétitivité européenne ne jouait plus à ce niveau, elle jouerait autrement... Peut-être aussi pourrait-on s'engager sur des coopérations en Europe plutôt que sur la concurrence, au niveau social, comme industriel et technologique ? |
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* Martin Schultz, maire de Würselen, député européen, membre du comité directeur du SPD. |