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Europe
Par Françoise Amossé |
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Entretien avec Bill Rammell * |
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Que signifie le report par le gouvernement de Tony Blair de l'entrée de la Grande-Bretagne dans l'euro?
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Bill Rammell : Le gouvernement a annoncé l'entrée de notre pays dans l'union monétaire.
Mais la différence entre les économies européennes et la nôtre nous créerait de très gros problèmes si nous entrions en 1999.
Dans quatre ou cinq ans, nous y serons si les législatives de 1998 donnent les travaillistes gagnants.
Tout milite en faveur de l'Union monétaire.
Nous sommes déjà en convergence avec Maastricht.
La convergence entre les économies reste à faire.
Nous continuons à prendre des mesures strictes, notamment la réduction budgétaire des dépenses publiques.
Nous devons adapter le monde des affaires, en particulier le système bancaire.
L'harmonisation avec les autres pays européens est à portée de main.
En deux ans, elle peut être réalisée.
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Tony Blair avait promis un référendum avant le passage à la monnaie unique.
L'idée a-t-elle encore cours ?
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B.
R.: Bien sûr.
Je suis convaincu qu'un référendum nous donnerait carte blanche pour entrer dans l'union.
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N'existe-t-il aucune réticence de la part de vos compatriotes?
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B.
R.: Selon les sondages, l'opinion publique n'est pas tout à fait prête.
Elle demande plus d'informations.
La grande majorité n'est pas décidée.
Mais elle était contre, au début de la campagne pour l'entrée dans la CEE.
Or, avec l'euro, il s'agit d'accéder au contrôle de l'économie.
En 1992, la Grande-Bretagne est sortie du SME et les spéculateurs ont joué contre nous.
Une monnaie plus forte assurerait un meilleur contrôle et serait comme une garantie contre les spéculateurs.
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Avec un taux de change fixe, les ajustements des économies européennes, s'effectueront sur l'emploi et les salaires.
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B.
R.: Je n'y crois pas.
Nous avons déjà pris les mesures structurelles pour entrer dans le système et le niveau du chômage est le plus bas que l'on ait connu depuis bien longtemps.
Mais chaque pays doit prendre des mesures contre le chômage.
Le système monétaire n'est pas à lui seul le problème .
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Pensez-vous possible que se dessine une Europe sur un modèle social?
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B.
R.: Il faut créer cette Europe sociale.
C'est l'occasion ou jamais quand de nombreux pays se sont dotés de gouvernements de gauche.
Il ne faut pas exclure un débat sur les 35 heures avec nos partenaires européens.
Mais la flexibilité de l'emploi est incontournable pour créer des postes de travail.
Comment lutter contre la pauvreté? Nous prévoyons le salaire minimal pour 1998.
Un contrat social devrait être élaboré, et une meilleure indemnisation des chômeurs.
J'envisage pour la prochaine législature l'augmentation des cotisations des actifs.
Il y aura en effet toujours un volant de chômeurs et la société doit l'assumer.
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Et une participation financière accrue des entreprises aux dépenses sociales?
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| B. R.: Ce n'est pas à l'ordre du jour. Mais pourquoi pas à l'avenir ? Les entreprises ont des devoirs vis-à-vis de la communauté. En cas de restructuration pour générer plus de profits, une partie de ceux-ci devraient être réinvestis dans la société. Nous devons travailler avec les gouvernements de gauche à créer une union qui ne soit pas seulement celle des financiers mais aussi une union des peuples. |
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* Député travailliste, banlieue nord de Londres |