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Le parti communiste devant la confiance renaissante Par Henri Malberg |
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En quelques semaines des événements se sont succédé qui révèlent l'évolution des rapports entre le Parti communiste et la société française.
La parution du Livre noir du communisme, son lancement médiatique, le choc bouleversant du thème choisi, " 85 millions de morts ", a agi comme un révélateur. Pour des millions de gens - et les communistes aussi - ce livre ravive le drame, le choc entre l'idéal communiste et les pratiques souvent épouvantables qui ont prévalu en URSS, en Chine, dans les pays de l'Est. Comment, devant ce livre, allaient se comporter les communistes, la gauche, les milieux intellectuels, la société elle-même ? Or, il est venu du plus profond du pays le refus d'assimiler communisme et nazisme et de faire procès au Parti communiste français des crimes commis au nom du communisme. La démarche de Stéphane Courtois a été repoussée au nom de l'honnêteté historique. Pourtant, un sondage vient de confirmer que le plus grand reproche fait au Parti communiste, y compris par ses proches, est de n'avoir pas pris suffisamment ses distances avec les conceptions et les pratiques des pays de l'Est (1). Les communistes se le reprochent eux-mêmes. On n'en a pas fini avec l'effort pour comprendre. Comprendre ce qui a amené si longtemps à fermer les yeux, à repousser des faits évidents, à éloigner les questions montant des propres rangs du Parti communiste. D'où est venue cette prétention à détenir la vérité absolue, envers et contre tous, même à l'égard de gens animés des meilleures intentions ? Comprendre, c'est décider de placer les questions de la démocratie, de la citoyenneté, de la liberté, des droits de l'individu au coeur du projet de transformation sociale et de la vie du parti communiste lui-même. Comprendre, c'est écouter la société, chercher avec le plus grand nombre à avancer et construire. La sincérité de cette démarche dont l'origine remonte déjà loin est maintenant ressentie si profondément dans le pays que, à la question posée par la SOFRES: le Parti communiste a-t-il changé plutôt en bien ?, 92% des Français répondent Oui. Quand Lionel Jospin déclare: " je n'ai jamais mis un signe égal entre nazisme et communisme ", et s'honore d'avoir des ministres communistes au gouvernement, quand le Congrès socialiste reçoit chaleureusement Robert Hue et quand le président de la République salue la mémoire de Georges Marchais avec respect et civilité...tout concourt à montrer que la place du Parti communiste dans la société française est en pleine évolution. Ce que les sondeurs appellent le vote potentiel pour le Parti communiste est fascinant: 28% pour l'ensemble, 40% pour les 18-24 ans (2).
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Un congrès de Tours à l'envers ?
Mais cet intérêt et cette confiance renaissante créent pour le Parti communiste de nouvelles obligations. On espère, on attend de lui que sa " principale qualité ", défendre les gens modestes, s'exprime jour après jour. Et tout autant, plus peut-être, qu'il réalise le travail de réflexion nécessaire, théorique et politique, pour contribuer à reconstruire une perspective historique de changement de la société. A cet égard, la récente réunion du Conseil national du Parti communiste mérite qu'on s'y arrête. Un mot personnel: je vous en prie, procurez-vous le rapport présenté par le Secrétaire national du Parti communiste. Considérez ce texte pour ce qu'il est: un effort sincère de synthèse des débats qui agitent actuellement les communistes et qui concernent leur place dans la gauche et dans la société française, l'avenir du pays et sa place dans le monde. C'est un texte qui a l'ambition de contribuer aux réflexions qui traversent l'époque. Comment apprécier cette fin de siècle, ce qui s'est fait de grand, ce qui a échoué ? Peut-on faire face au capitalisme triomphant et dégager une autre issue ? Quels sont les contours nouveaux de la lutte de classes ? Les communistes au gouvernement de la France, pour quoi faire ? Qu'entendent-ils par faire " réussir la gauche " ? Quelles réformes de structure préconisent-ils dans la période à venir ? Quelle est la visée historique de ce nouveau communisme et qu'entendre par dépassement du capitalisme (3)? On le voit, ce qui est à l'ordre du jour, ce n'est pas un congrès de Tours à l'envers. Tout appelle, au contraire, qu'à gauche chacun soit lui-même, se respecte, travaille avec les autres et défende devant le pays ses conceptions, ses idées. Il y a besoin du Parti communiste, de son rapport au peuple, du capital d'expérience et d'idées qui le rattache à un courant qui vient de loin dans l'histoire du pays. En clair, de sa radicalité. Les événements de la période récente sont un réel encouragement. Le mouvement social de 1995 et ce qu'il a semé, la victoire de la gauche et le souhait populaire de ministres communistes, le retour des intellectuels dans le combat pour les valeurs progressistes, le mouvement contre la pensée unique, les premiers résultats face à l'ultra-libéralisme en matière économique et sociale, se rattachent aussi de quelque façon à l'exceptionnalité française, à l'existence d'un Parti communiste. Il n'y a pas de raison de douter qu'il y a dans ce pays des ressources et des conditions pour un nouvel essor progressiste
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Georges Marchais
C'est à ce moment où tout semble en mouvement que Georges Marchais vient de disparaître. Sa mort est d'autant plus vécue avec peine que le parti qu'il a dirigé pendant plus de vingt ans est engagé dans une grande période de mutation. Période où nombre de questions qu'il a posées avec courage, et parfois comme intuitivement, prennent tout leur sens. Georges Marchais a dirigé le Parti communiste au coeur d'une tempête qui a complètement bouleversé ce qu'étaient la société, le monde et le communisme. Les avancées de cette période, les hésitations comme les blocages sont et seront évalués. On peut penser que l'histoire rendra justice au rôle de Georges Marchais. Aujourd'hui, le Parti communiste continue. Et change. Beaucoup rêvent, comme vient de l'exprimer un écrivain, " d'ouvrir le troisième millénaire avec la gauche plurielle, donc avec les communistes, donc avec leur parti, debout, transformé..." (4). |
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1. Enquête SOFRES pour le Nouvel Observateur, n° 1724, 20 novembre 1997. 2. L'Humanité du 24 novembre 1997. 3. Conseil national du Parti communiste français, Paris, 13-14 novembre 1997. 4. Roger Facon, Libération du 24/11/97.
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