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Démocratie, des actes Par France Morel |
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Entretien avec Michel Herry* |
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De sondages en sondages, l'élu le plus légitime, le plus efficace aux yeux de la population reste le maire.
Rencontre avec un édile municipal qui aimerait bien être considéré comme un citoyen.
Une citoyenneté qui demande donc à être activée, réactivée, développée...
Le sentiment d'efficacité dévolu aux maires relève à la fois de l'exercice d'un mandat de proximité et de l'insatisfaction des citoyens vis-à-vis du pouvoir en général. Les attentes à l'endroit des édiles municipaux sont considérables, les échecs peuvent être spectaculaires... Aucune municipalité ne peut plus aujourd'hui se contenter de psalmodier le mot démocratie. Il s'agit de bouleverser l'approche que les équipes locales peuvent en avoir. Notre équipe avait, par exemple, préféré, après réflexion, présenter un programme. En revanche, un " projet de ville " a été préparé avec les Villeneuvois par le biais de " carrefours de travail ", animés non pas spécialement par les élus sortants mais par les citoyens qui ont trouvé là matière à imaginer et agir. En conséquence, l'organisation du travail des élus eux-mêmes a fait l'objet d'une transformation totale, actée dans les statuts et le règlement municipal, qui rend obligatoires les visites de quartier, l'existence de collectifs citoyens, etc... La loi locale a donc été rénovée pour s'adapter à la nouvelle donne car, après avoir tellement sollicité l'intervention citoyenne dans la préparation des élections municipales, il ne pouvait s'agir de renvoyer la population chez elle avec nos remerciements. L'expérience, sur deux ans, indique cependant que ce mode de vie reste en permanente gestation. Il connaît des hauts et des bas. La disponibilité des habitants est incontestable mais s'accommode mal des routines qui restent toujours à craindre. La citoyenneté, au-delà du mot déjà un peu galvaudé, demande à être toujours activée, réactivée, développée. L'équipe municipale a prévu de procéder à l'analyse de son expérience avec les citoyens, comme pour une sorte de " rapport d'étape ". Il est certain que la situation particulière de notre ville, limitrophe de l'aéroport d'Orly, nous incite à porter une attention, non factice, à ces questions de démocratie, tant il est vrai que les problèmes auxquels Villeneuve-le-Roi est confronté sont nombreux et nécessitent une intervention permanente de la population et de ses élus. D'autant que le traitement des questions liées hélas à l'activité aéroportuaire ne s'encombre jamais de concertation.
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Le développement d'une ville liée à l'activité aéroportuaire
En quels termes peut s'organiser la coexistence entre l'aéroport et le trafic aérien, activité économique indispensable et mode de transport moderne, et un site urbanisé ? La décision, fort peu opportune, a été prise dans les années 1960. Un demi-siècle plus tard, les contradictions ont pris une ampleur telle qu'elles obligent Villeneuve, particulièrement, mais plusieurs communes environnantes également, à intervenir, en terme de luttes auprès des pouvoirs publics, afin que le point de vue de la population soit pris en compte. Les " cahiers pour agir " ont lancé l'action et quelques points ont été marqués. Le plus intéressant porte sans doute sur l'amorce de prise en considération, par les pouvoirs publics et aéroports de Paris, que nous sommes tous placés devant une situation particulière qu'il faut gérer de façon particulière. Le couvre-feu a été gagné, le plafonnement du nombre de vols aussi. Cet engagement sur une cause commune a donc porté ses fruits mais un autre point a peut-être été un peu négligé, celui des conséquences sur le développement même de la ville de la présence de l'aéroport. Les 2/5e du territoire de la commune sont occupés par l'aéroport lui-même et le territoire restant est grevé de servitudes réglementaires en matière d'urbanisme. Une situation qui a produit un recul de développement dont les effets sont extrêmement lourds: la ville a perdu une dizaine de places dans la graduation du potentiel fiscal qui marque la richesse communale par rapport aux 47 communes du Val-de-Marne et des ressources fiscales liées à la démolition de certains quartiers, sans parler d'une baisse démographique notoire.
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Toutes les villes concernées doivent participer à l'élaboration de solutions alternatives
L'assouplissement des règles de gestion du sol de la ville et la révision des retombées économiques de l'activité aéroportuaire méritent donc d'être discutés. Orly, comme les autres aéroports, est soumis à la réglementation générale en matière de fiscalité. Or, notre commune perçoit des ressources " symboliques " alors que son territoire est en très grande partie occupé par l'aéroport. Sur ces questions fiscales comme sur celles liées à l'environnement, les pouvoirs publics sont sollicités. Sans résultats pour l'instant. Toutes les zones urbaines voisinant avec les aéroports posent le problème de la compensation des immenses nuisances de cette proximité. C'est le cas pour Roissy où la taxe alimentant le fonds d'insonorisation des habitations va être augmentée, les plans de gêne sonores vont être élargis à des périmètres supplémentaires, un projet de loi devrait être déposé sur ces questions. Une ville comme Villeneuve-le-Roi n'a malheureusement jamais été impliquée dans la construction de solutions alternatives. Le constat des dégâts doit être entamé, des droits à réparation doivent être ouverts. Dans ces conditions, des lieux de débats restent à créer et il y a certainement encore beaucoup à réfléchir pour que l'exercice de la citoyenneté soit le fait de l'ensemble du corps institutionnel et non pas des seules pratiques politiques communales. Un vrai débat est nécessaire pour définir les termes du type de développement aéroportuaire et dans quel cadre économique il peut se réaliser, de telle façon que les villes concernées continuent à avoir droit à l'existence. Il y va également de la coordination des issues possibles à une situation qui intéresse toute l'Ile-de-France et n'est pas sans rapport avec les impératifs et les aspirations de la vie contemporaine, tout simplement. |
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* Maire de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne). |