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LETTRES ET RATURES Par Pierre Courcelles Et Xavier Delrieu |
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Voir aussi La SFP sur un plateau , Le CSA sur la sellette |
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La littérature sur le petit l'écran
Il y eut, dans des temps anciens, "Lectures pour tous", de Pierre Dumayet, émission mythique dont, à l'occasion de quelque décès, on peut revoir des séquences. Avec, en héritage, un tel modèle que " Apostrophes " engrangea, les chaînes nationales auraient dû être tentées d'offrir davantage d'émissions spécifiquement dédiées aux livres. Il n'en est rien, même si le livre est, à la télévision, favorisé par rapport aux arts plastiques et au théâtre, la musique et le cinéma s'en tirant plutôt pas trop mal à l'intérieur des grilles de programmes. On parle de livres un peu partout, dans des émissions qui ne lui sont pas dédiées, à "Bouillon de culture", à "Nulle part ailleurs". Il y a, bien sûr, la superbe émission de Jean-Michel Mariou sur France 3 " Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ", mais dont le propos dépasse, heureusement, l'actualité éditoriale, comme " Histoire personnelle de la littérature " sur La Cinquième qui propose aussi " Droit d'auteur"; il y a, sur France 2, l'instantané " Un livre, des livres ", sur TF1, " Ex-Libris " de Patrick Poivre d'Arvor, qui vient de fêter les dix ans de son émission, au départ hebdomadaire et en deuxième partie de soirée, aujourd'hui mensuelle et vers minuit; mais PPDA est un privilégié, il est aussi à la tête d'une autre émission sur LCI, " Place au livre ". Sur les " locales ", Paris Première propose l'émission conçue par Jean-Edern Hallier, " le Gai savoir ", reprise par Franz-Olivier Giesbert à la mort de son créateur. Le directeur de la rédaction du Figaro a lancé une proposition qui ne devrait pas rester sans réponse: " Il devrait y avoir une émission littéraire par chaîne, cela devrait figurer dans le cahier des charges du CSA. Notre slogan c'est quelque chose comme "faire d'une émission de télévision une arme pour l'écrit" "..
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TF1 et les trois doigts
Le scandale cathodique qu'a suscité la tricherie présumée lors d'" Intervilles " n'en finit pas d'embarrasser TF1. Olivier Chiabodo a-t-il triché ou non, la justice finira par en décider. Cette suspicion est significative de la bataille que peuvent se livrer les villes et les personnalités médiatiques autour de l'enjeu que représente l'accès à la télévision. Comme l'indiquait dans le Monde du 28 septembre, Edouard Landrain, député-maire d'Ancenis, la ville qui était opposée au Puy-du-Fou lors de ce fameux 2 juillet, " deux cent cinquante mille francs pour passer trois heures à la télévision, c'est rien du tout ". Mais n'a-t-on pas découvert que la finale de 1996 était, elle aussi, pour le moins suspecte ? C'est la responsabilité des journalistes qui est ici mise en cause. Sommes-nous très éloignés de "ce sommet de l'iceberg" mis à jour il y a quelque temps avec l'affaire PPDA ? Les voyages de presse et les avantages en nature ne sont-ils pas une manière de faciliter l'accès aux médias de certaines personnes ? La communication est le fer de lance de toute activité économique et l'acte fondateur de toute notoriété publique.urquoi serait-elle la seule à échapper à la corruption ? |
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La SFP sur un plateau
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La Société française de production (SFP), l'une des sociétés nées de la suppression-éclatement de l'ORTF en 1974, regroupe d'importants moyens de production audiovisuelle. Ses compétences sont reconnues et enviées au-delà des frontières du pays (c'est la SFP, par exemple, qui assure la retransmission du Tour de France, un modèle de savoir-faire télévisuel). C'est cette branche maîtresse de la production que le précédent gouvernement avait décidé de transférer au secteur privé, en juillet 1996. Comme pour d'autres privatisations, un incertain feuilleton se met en place que les pouvoirs publics ne contrôlent pas, tant l'affaire semble mal préparée, et tant les personnels de la Société se battent pour qu'il n'aille pas à sa fin. Dès le 30 avril, le nouveau gouvernement suspend le processus de privatisation. Le 3 octobre dernier, il a été définitivement abandonné. Pour autant, la SFP n'est pas sortie de ses difficultés. Les règles économiques de l'UE étant ce qu'elles sont, le Commissaire européen chargé de la concurrence, le redoutable Karel Van Miert, a exigé du gouvernement français qu'il fasse la preuve de " la viabilité de l'entreprise " en présentant un " plan de restructuration draconien ", ce qui, en langage explicite, signifie supression d'emplois. La SFP, en 1974, employait 3 000 personnes, entre 1988 et 1990 les " restructurations " en emportaient 1 500, en juillet 1996 elle comptait 1 067 salariés que le plan de privatisation devait réduire à 400. La SFP emploie aujourd'hui environ un millier de personnes, fabrique 1 700 heures de programmes pour un chiffre d'affaires de 500 MF. Le Syndicat national de la radiotélévision CGT (SNRT-CGT) a souligné que si " la bataille contre la privatisation est gagnée ", continue celle " du service public de l'audiovisuel dans toutes ses composantes ".n |
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Le CSA sur la sellette
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Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a été créé par la loi du 17 janvier 1989, il succédait à la CNCL (Commission nationale de la communication et des libertés) de 1986, laquelle venait après la Haute Autorité installée en 1982 pour " mettre fin à trente ans de tutelle de tous les gouvernements sur l'audiovisuel français ", objectif fixé également au CSA et à la CNCL. Pourtant, les changements de dénomination ont toujours correspondu à des élections gagnées et à une volonté gouvernementale d'avoir la majorité au sein de ces instances où se prennent les décisions majeures de l'audiovisuel public et privé. Mais la liberté de la communication et le pluralisme dépendent en dernière instance du pouvoir économique. Le 8 octobre dernier, le CSA présentait son rapport d'activité...pour 1996: 6 avis au gouvernement, 54 auditions et 854 décisions dont un certain nombre ont été sérieusement contestées. Ainsi, la décision d'accorder, en 1996, lors du renouvellement de l'autorisation d'émettre de TF1, deux minutes de publicité supplémentaires, c'est-à-dire un " cadeau " estimé, selon les sources, entre 300 millions et un milliard de francs. Hervé Bourges, président du CSA, s'est défendu d'avoir fait ce cadeau, bien entendu. TF1 " n'a pas obtenu le droit de diffuser davantage de publicité, a-t-il expliqué, mais a seulement rejoint le régime commun " et sa décision, a-t-il ajouté, n'a permis à la chaîne qu'" une augmentation de son chiffre d'affaire publicitaire de 58 millions de francs ". Sans convaincre.n |