Regards Novembre 1997 - Vie des réseaux

Series
Made in USA

Par Xavier Delrieu


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Depuis la rentrée, les téléspectateurs qui ne disposent que des chaînes hertziennes peuvent, enfin, serait-on tenté de dire, regarder Friends tous les jours à 18 h 15 sur France 2. Et la preuve est ainsi faite au public français, qui avait pourtant bien des raisons d'en douter, qu'un sitcom ne s'adresse pas nécessairement à un public pré-pubère, pour qui la cafet' représente le fin du fin en matière d'émotion intensive. Les six acteurs principaux jouent très bien, c'est assez rare pour être noté. Leurs personnages sont particulièrement bien vus: des New-Yorkais, d'environ 25 ans et habitant le même immeuble, dont le QI semble tout à fait respectable (la présence d'affiches françaises sur les murs de leurs appartements est un signe très clair dans l'imaginaire américain). L'histoire est assez banale même si les histoires de coeur laissent ici bien souvent la place à ce qu'il est convenu d'appeler des histoires de cul. Mais c'est l'humour qui a fait le succès de Friends: il est décapant et très souvent décalé, comme dans presque toutes les autres séries américaines du moment. Nous sommes très très loin de l'image bien lisse et politiquement correcte d'Hélène et les garçons. Seul point négatif: le doublage qui frise souvent le ridicule. Pour les amateurs de VO la quatrième saison ne devrait pas tarder à démarrer sur Canal Jimmy.

Toujours sur France 2, une autre série tend à prouver que, ces derniers temps, la production télé américaine est bien en forme. Urgences vient de faire entrer le monde des hôpitaux sur nos petits écrans. Le succès de cette série est d'autant plus étonnant que son aspect " défilé d'ambulances à la suite d'un carambolage sur l'autoroute " est à peine estompé par la bluette sentimentale qui sous-tend les rapports entre infirmières, internes et chirurgiens. Il faut dire aussi que le pathos propre à la question " survivra, survivra pas " a, pour une fois, toute sa raison d'être dans un service des urgences. Chacun peut alors, jusqu'à l'indigestion parfois, combler ses pulsions de morbidité sans pour autant faire preuve d'un voyeurisme excessif.

Avec la rentrée des classes, les petits hommes verts ont à nouveau envahi les samedis sur M6: X Files est de retour. Voici typiquement le genre de série que l'on apprécierait si elle ne dégageait un tel sentiment de malaise. Les amateurs de fantastique et de paranormal sont en effet ravis de la qualité de la réalisation et des scénarios. Tout est bien ficelé et les personnages sont attachants dans leur combat seul contre tous. Néanmoins, même si nous sommes ici dans une tradition typiquement américaine, une double paranoïa se dégage d'X Files. La première, " tout le monde nous ment ", ne serait qu'un des aspects de la structure dramatique si elle n'était renforcée par la seconde, " la maladie et le danger viennent de l'extérieur ". Inquiétant, dès lors que la narration est assez réaliste.

Enfin, la cerise sur le gateau, la diffusion en VO sur Série Club de la meilleure série, Twin Peaks. Le monde enchanté de David Lynch, où les anges planent, où les nains dansent dans un au-delà de velours rouge et où les rêveurs s'égarent dans les forêts de sycomores, en compagnie de l'inspecteur du FBI le plus mystique de la planète.

 

 


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Après Jean-Paul II qui, en mars 1996, préconisait un " certain jeûne " télévisuel, Télérama vient de nous faire le coup du programme télé recommandant à ses lecteurs d'éteindre le poste durant tout un week-end, afin que chacun puisse se désintoxiquer de ce que 14% des Français considèrent comme une drogue. Rien d'étonnant de la part d'un journal qui aime à manier la provocation culturellement correcte. Cependant, la télévision se nourrit de ses propres contradictions: par exemple, la même proportion de Français, 66%, pensent que, grâce à la télévision, les gens ont des choses à partager mais aussi qu'elle détruit les relations au sein de la famille. La problématique implique différents comportements: ces choses ne sont-elles partagées qu'en dehors du cercle familial ? Le partage d'une expérience culturelle est-elle antinomique avec la vie de famille ? Est-ce la nature de cette expérience culturelle qui détermine la qualité du contenu du dialogue ? Partage-t-on une chose sans dialogue ? Autant de questions qui nous rappellent l'urgence de developper la recherche sur la télévision, afin de pouvoir interpréter ce style d'enquête. Constater ne constitue en rien une explication.

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