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Tibet: la voie du milieu Par Luc Degroise et François Mulhouse |
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Voir aussi Des chiffres et des dates |
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Renonçant à l'indépendance, le Dalai Lama ouvre une nouvelle voie, vers une autonomie revendiquée pour près de six millions de Tibétains.
Il suggère un référendum qui provoque des débats parmi les 135 000 exilés.
Nous ne devons pas organiser ce référendum ". L'homme s'est levé et les conversations se sont tues." Le résultat lierait l'ensemble du peuple tibétain. Les Tibétains sont six millions. Seuls les 125 000 vivant en exil pourront participer au vote. Nous ne pouvons pas décider pour ceux qui vivent au Tibet ou dans les autres provinces chinoises." Le délégué du Tibetan Youth Congress de Bangalore se rassoit. Soixante personnes sont réunies depuis quelques dizaines de minutes dans une salle des bains municipaux proches de la gare de Bangalore, principale ville du sud de l'Inde. Tous sont des exilés tibétains, nés pour la plupart dans des camps de réfugiés, vivant et travaillant dans la mégalopole indienne. Ils sont venus pour discuter du projet de référendum dont ils entendent parler sans cesse depuis quelques mois déjà. La réunion est organisée par l'office local du gouvernement tibétain en exil. Un autre homme lève la main et se dresse dans le même mouvement." Nous devrions organiser ce référendum ", commence-t-il. Il réfléchit un instant." Le référendum permettrait à chacun de donner son avis et de clarifier la situation. Je serais fier de mon peuple si nous organisions cette consultation. Ce serait un vrai symbole de démocratie."
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Autonomie de la gestion intérieure ou indépendance totale
L'idée d'un référendum a été lancée par le Dalai Lama, il y a environ trois ans. Les discussions avec la Chine sont alors bloquées, inexistantes. Le Dalai Lama veut redonner de l'espoir à son peuple. Il suggère au gouvernement tibétain en exil d'organiser une vaste consultation populaire. Lors de son passage à Trieste, le 12 septembre dernier, il a notamment déclaré: " Le plus important pour moi est d'assurer la survie du peuple tibétain et de sa culture, ce qui pourrait se réaliser dans le cadre d'une autonomie véritable qui sauvegarderait l'essentiel. La possibilité de l'autonomie existe dans la constitution chinoise et serait de l'intérêt des deux peuples, mais elle n'a jamais été appliquée." Il a également indiqué qu'il était prêt à se rendre sans délai " à Pékin.(...) Qu'ils l'admettent ou non, les responsables chinois sont eux aussi soumis à la loi du changement ". Depuis près d'un an, les réunions se succèdent, en Inde et au Népal, dans la communauté des exilés tibétains. Pour le moment, ils ont le choix entre quatre options; la voie du milieu, l'indépendance, l'autodétermination et le Satyagraha. L'option principale, la voie du milieu, correspond à la politique menée depuis quelques années par le gouvernement tibétain en exil, sous la tutelle du Dalai Lama. Elle consiste à refuser le recours à la violence et à tenter de négocier une autogestion du Tibet avec la Chine. Les Chinois resteraient alors maîtres de la défense et des relations extérieures du Tibet et accorderaient en contrepartie une réelle autonomie dans la gestion des affaires intérieures. Les partisans de la voie du milieu observent donc aujourd'hui avec une grande attention la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Ils avouent même espérer que le principe " un pays, deux systèmes ", appliqué par les Chinois à l'ancienne île britannique, fonctionne; il pourrait inspirer une solution réaliste et pragmatique. En choisissant la voie du milieu lors d'un éventuel référendum, les Tibétains renonceraient de fait à revendiquer l'indépendance du Tibet. Si le discours et l'action du Dalai Lama vont dans ce sens depuis quelques années, l'idée reste difficile à accepter pour la population. Un principe rejeté en bloc par le Tibétan Youth Congress (TYC), la principale organisation non gouvernementale tibétaine, très populaire auprès des jeunes." Depuis quarante ans, nous combattons pacifiquement pour la liberté et nous n'avons rien obtenu. Maintenant, les Tibétains croient que s'ils ne demandent plus l'indépendance, ils pourront peut-être l'obtenir plus facilement. C'est une illusion complète ", clame Tseten Norbu, président du TYC qui, au contraire, prône la lutte pour une indépendance totale du Tibet.
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Autodétermination et Satyagraha
Face à ces deux options politiques, les deux dernières propositions inscrites dans le projet de référendum apparaissent en retrait, voire un peu anecdotiques. Dawa Norbu, professeur à l'Université Nehru de Delhi, défend, lui, le principe de l'autodétermination." Le peuple tibétain a une histoire distincte, un héritage culturel riche, une langue nationale, une religion, une unité territoriale et des traditions de vie communes. Il peut donc se prévaloir du droit à l'autodétermination reconnu à tous les peuples par les Nations unies." Enfin défendue par le président de l'Assemblée nationale du peuple tibétain en exil, Samdhong Rinpoche, le Satyagraha prône la désobéissance civile, la non-coopération avec les autorités et la résistance passive.
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L'énorme influence de la personnalité du Dalai Lama
Dans la salle des bains municipaux de Bangalore, tout le monde s'est levé. Le débat est terminé et les Tibétains continuent de s'interroger sur la nécessité de ce référendum." Il me semble toujours inutile, confie Tenzin Dolma, qui vend depuis quelques mois des vêtements dans les rues de la ville. Moi, j'espère vraiment rentrer au Tibet d'ici trois ans. Un Tibet libre. Bien sûr ". Partisan de l'indépendance, le jeune homme s'en remet pourtant totalement au Dalai Lama et à ses choix politiques: " Lui seul est en mesure de faire avancer notre cause. Donc nous le suivrons, quoi qu'il décide." Pema Khangtetsang écoute en hochant la tête. Ce proche du Dalai Lama, membre du Parlement tibétain en exil, a animé des dizaines de réunions sur le référendum depuis le lancement effectif du projet. La réunion de Bangalore, comme toutes celles qui l'ont précédée en Inde et au Népal, s'est achevée par un vote sous forme de questionnaire. Chacun indique s'il est favorable ou non au référendum et, si ce dernier a lieu, quelle option il soutiendrait. Le résultat est, ici aussi, identique à celui des autres consultations: une écrasante majorité des personnes se contente d'écrire qu'elle suivra l'avis du Dalai Lama. Quel qu'il soit. |
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Des chiffres et des dates
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1913: Proclamation de l'indépendance
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