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Sommet de Hanoi
Par Myriam Barbera |
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Voir aussi Madagascar, besoin d'histoire |
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Nguyen Khac Vien, médecin, écrivain, polémiste qui vient de disparaître reçut le premier Grand prix de la francophonie attribué dans son pays par l'Académie française, en 1992 :
"Quand j'use d'un ordinateur dernier cri, je n'ai pas besoin de savoir si ces engins sont français ou japonais, ces produits de la technologie étant à vrai dire transnationaux, comme les firmes qui leur ont donné naissance et qui en tirent puissance et profit. Mais quand un Vietnamien savoure les Fleurs du mal, s'extasie devant un tableau de Gauguin, se passionne pour les oeuvres de Proust, c'est la France elle même qui se fait présente, avec ses goûts et ses couleurs, son passé et ses perspectives, c'est le peuple français lui-même qui est là, avec sa sensibilité et son génie propres. Ni le pacte colonial, ni la concurrence et la course au profit ne viennent s'interposer entre les deux peuples.(...) Dans le sens inverse, des Français et des Vietnamiens avaient aussi oeuvré pour que le public français prenne connaissance des acquis de la culture vietnamienne. Des préjugés européocentristes avaient jeté une ombre sur ce travail, il n'en reste pas moins que l'oeuvre de ces chercheurs (...) a été considérable. Nous disposons d'un legs historique appréciable. Après des années de rupture, vient aujourd'hui le moment de renouer avec cette tradition bénéfique et d'intensifier le travail.(...) Littérature contemporaine, sciences humaines, il reste beaucoup de domaines à défricher dans les deux sens." Rappelant le temps où il fut responsable politique de la colonie vientamienne en France, puis, de retour au Vietnam, chargé de communiquer à l'étranger la voix de son pays, Nguyen Khac Vien se souvient: "Il faut voir au delà du domaine politique, présenter aux autres peuples notre histoire, notre littérature nationales, la beauté de notre terroir et de nos oeuvres d'art", lui disait-on en haut lieu. Lui: "J'étais surtout poussé par l'élan de tout un peuple dressé pour reconquérir son indépendance et sa dignité, et plus ou moins consciemment j'avais repris à mon compte la devise des révolutionnaires français de 1789: Impossible n'est pas vietnamien! Des amis français m'avaient ouvert les portes de leurs publications, de La Pensée aux Temps modernes, de, la Nouvelle Critique à Europe, de Démocratie nouvelle au Monde diplomatique, des Editions sociales à Maspero, la Farandole, l'Harmattan, etc." Nguyen Khac Vien fut également longtemps directeur des Editions en langues étrangères de Hanoi. A ce titre il a impulsé la publication de fleurons de la littérature française. Il est également l'auteur, en français, d'une anthologie de la poésie vietnamienne, de plusieurs ouvrages sur l'histoire du Vietnam et surtout d'une très subtile traduction du livre des livres vietnamien, le Kieu. Son dernier contact avec quelques lecteurs de Regards eut lieu à l'été 1995, dans la très francophile capitale impériale, Hué, pour un débat que ceux qui eurent la chance d'y participer n'oublieront pas de si tôt. |
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Madagascar, besoin d'histoire
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Mars 1947, des émeutes éclatent en différents points de l'île de Madagascar.
Marius Moutet, ministre des Colonies affirme alors: " La présence d'unités métropolitaines, dotées d'un armement moderne et réparties sur les principaux centres de l'île (...) épaulera la politique de ralliement autour de notre drapeau ".
Dans le contexte de la victoire sur le fascisme et avec un gouvernement composé des forces issues de la Résistance, les dirigeants indépendantiste malgaches élus à l'Assemblée constituante avaient réclamé l'indépendance au sein de l'Union française.
La réponse fut une répression sanglante qui fit plusieurs dizaines de milliers de morts.
Pour le cinquantenaire de cet événement, l'Association française d'amitié et de solidarité avec les peuples d'Afrique (AFASPA) a co-organisé avec l'Université Paris-VIII un colloque, les 8, 9 et 10 octobre, sur le thème: " 1947-1997, il y a cinquante ans à Madagascar, un peuple soulevé, un peuple muselé ".
Il s'est agi, avec de larges participations universitaires et syndicales, françaises, malgaches et autres, de rappeler les faits; mais aussi d'aider à écrire l'histoire des événements de 1947 dans la grande île et de leur origine, parfois séculaire, de les faire connaître au grand public, de combattre l'oubli.
Par Francine Perrot
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