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Resnais l'enchanteur enchanté Par Marcel Martin |
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En août 1944, dans son bureau de l'Hôtel Meurice, le général Von Choltitz écoute au téléphone Hitler qui vocifère son ordre impératif: Paris doit être détruit ! Un temps de réflexion puis, devant ses adjoints médusés, il se met à pousser la chansonnette avec la voix de Joséphine Baker: " J'ai deux amours, mon pays et Paris..." Dans la foulée, on se retrouve aujourd'hui chez Odile (Sabine Azéma) et Claude (Pierre Arditi), vieux couple désaccordé, où la passivité du mari est apostrophée par un couplet de l'épouse chanté avec une voix d'homme, enchaînement prometteur sur l'époustouflante ouverture.
A l'heure où se multiplient les films de la jeune génération que l'on reçoit en plein visage, et en plein coeur, tranches de vie réalistes ou polars corrosifs, Alain Resnais, 75 ans, déboule lui aussi avec un film d'auteur, On connaît la chanson, qui fait un peu figure d'extraterrestre sous un titre inattendu de sa part mais explicitement évocateur: c'est en effet un hommage à la chanson française, dont il nous propose une sélection de 36 tubes de l'avant et de l'après-guerre. Resnais dit avoir constaté que " les chansons populaires accompagnent nos actes les plus quotidiens ". Enchanté de l'apport d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri à la réussite de Smoking et No Smoking, il leur a demandé un scénario sur une idée à lui, inspirée par l'humour de l'Anglais Dennis Potter, à qui le film est dédié, dont les personnages de téléfilms " se lancent périodiquement dans des chansons populaires interprétées en play-back "; c'est le principe de ce film en chanté, comme eut dit Jacques Demy, où les comédiens passent librement du récitatif à la vocalise pour entonner de courts extraits de chansons insérés dans leurs dialogues." Nous voulions que les chansons arrivent dans les scènes sans aucune préparation ", précise le réalisateur et en vérité, même passée la première surprise, c'est chaque fois un nouvel émerveillement devant l'à-propos de l'intrusion et la perfection du travail de play-back des comédiens sur les enregistrements originaux où les amateurs reconnaîtront au passage les voix de nombreux chanteurs célèbres. Il ne s'agit pas d'une comédie musicale, comme Resnais tient à le souligner, mais d'un mélo sans mélodrame illustré et enjolivé par des bribes de chansons " ancrées dans un climat quotidien ". Quoi de plus quotidien en effet que le psychodrame qui réunit les participants autour d'Odile et de Claude ? Nicolas (Jean-Pierre Bacri) ressurgit dans la vie d'Odile, qui a peut-être été naguère sa maîtresse; Camille (Agnès Jaoui), soeur d'Odile, conduit des visites guidées que Simon (André Dussolier) dérange en fournissant les informations avant elle aux touristes qui la suivent; lequel Simon, agent immobilier d'occasion sous les ordres de Marc (Lambert Wilson), fait visiter à Odile un superbe appartement dont elle s'entiche et qu'elle décide d'acheter, sans s'imaginer être la victime d'une odieuse manipulation qui va déclencher le drame final. Tous sont en proie à des problèmes: Odile souffre d'un trop plein d'énergie qui la conduit à foncer tête baissée dans les situations impossibles, Claude a une maîtresse et songe à quitter sa femme, Camille est en état de dépression permanente mais s'énerve qu'on la materne, Nicolas, malade imaginaire, court de médecin en médecin et reçoit des diagnostics contradictoires; quant à Simon, il est amoureux de Camille sans s'apercevoir qu'elle est la maîtresse de Marc. Cet imbroglio existentiel et sentimental est pittoresquement dédramatisé par les chansons avec, chaque fois, un effet drolatique irrésistible. Depuis Mélo, avec I want to go home et Smoking-No Smoking, Alain Resnais s'est brillamment converti vers la comédie de moeurs sans rien perdre de sa créativité: s'il n'expérimente plus, comme jadis, il continue à inventer des formes d'expression spécifiquement filmiques qui transcendent le quotidien en poésie pour notre plus grande délectation. |
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* Dont Amnesty International, la Fédération internationale des droits de l'Homme, la LDH, L'AIJD (Association internationale des juristes démocrates), l'Observatoire international des prisons, l'Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, les anciens de Montluc, le MRAP, l'UFF, la FDIF (Fédération démocratique internationale des femmes), France Libertés, de l'Assistance médicale franco palestinienne, du Comité pour les Libertés et les droits de l'Homme, du Cededim, de la Cimade, France Palestine, Parlement international des écrivains, etc. |